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samedi 22 mars 2014

L’ARCHÉOMÈTRE DE SAINT-YVES D’ALVEYDRE (II)















Avant de poursuivre nos propos sur l’Archéomètre, il est important de rappeler ce qu’il représente métaphysiquement en tant qu’« Arche des symboles » excluant toutes formes exotériques. Sa représentation géométrique est « le lieu des possibles » : symbolisant expressément l’immutabilité des principes essentiels de la Tradition primordiale, elle est de l’ordre du continu*, tandis que la complexité des significations qu’elle renferme et qu’il nous est possible de commenter indéfiniment, fait naturellement intervenir l’ordre du discontinu ; celui-ci caractérisant les représentations liées aux conditions spatiales et temporelles propres à toutes les formes traditionnelles.
Comme cela est mentionné dans les textes sacrés de l’Inde, lorsque survient la fin d’un Manvantara, tout ce qui relève du monde formel, c'est-à-dire la manifestation dans son ensemble (désignée dans les traditions des Gens du Livre par tout ce qui est compris entre « les Cieux et la Terre »), est soumis à la dissolution (pralaya). Seul le continu supra-formel peut être assimilé au « germe » qui permettra le développement des possibilités du cycle futur. C’est d’ailleurs à cette réalité supérieure que se réfère la parole de l’Evangile : «  Le Ciel et la Terre passeront mais mes paroles ne passeront pas »**

* Le continu spatial tient sa permanence de la réalité de l’Être pur, lequel présuppose le « non-être ».
**Cf. L’Evangile selon Saint Marc ; 13, 31-37. Dans ce sens, on peut dire que la totalité de l’enseignement de Guénon, par sa conformité au principe métaphysique le l’Archéomètre, en est le plus profond des commentaires. Voir également, dans l’ésotérisme islamique, les notions de thubût et de ayân thâbita d’Ibn ’Arabî (p. 36 de l’Introduction de M. Chodskiewicz à l’ouvrage collectif « Les Illuminations de la Mecque » ; Sindbad, Paris 1988).


 La formation des triangles de Terre et d’Eau.

En raison de leurs diverses fonctions interdépendantes, tous les éléments constitutifs de l’Archéomètre sont produits simultanément par l’ensemble de toutes les variations possibles, comprises dans un cycle complet, des deux axes Nord-Sud et Est-Ouest déterminés par les triangles de Terre, d'Eau, de Feu et d'Air  sur les six directions de l’espace symbolisées par la Croix. Ces variations, afin d’être interprétées, doivent se distinguer les unes des autres, selon une représentation nécessairement discontinue, dont il ne faut jamais perdre de vue, comme nous venons d'y faire allusion, qu’elles réfèrent métaphysiquement à un « mouvement continu » et intemporel. Les couleurs du spectre sont également à envisager directement, au-delà de leurs représentations distinctives, dans leur variation continue de l’une à l’autre.
Dans la figuration primordiale de l’Archéomètre telle qu’elle est présentée ci-dessus, l’axe des solstices allant du Capricorne, au Nord, vers le Cancer, au Sud, coïncide précisément avec l’axe vertical de la Croix. Dans cette position initiale, chacun des deux Signes avec les deux planètes qui y sont domiciliées, les deux lettres des alphabets Watan et hébraïque, les Nombre et notes musicales respectives, correspondent avec les pointes des deux principaux triangles inverses l’un de l’autre ; ils font ainsi l’objet du premier commentaireproprement doctrinal de T. :






« 1° Le triangle droit, avec les couleurs jaune, bleu, et rouge ; il est appelé triangle du Verbe et de la Terre du Principe, et de l’Immanation des Vivants en Lui ; il correspond au nom de Jésus ;
2° Le triangle renversé, avec les couleurs verte, violette et orangée ; il est appelé le Triangle des Eaux Vives, des Origines, ou de la Réfraction du Principe Eternel dans l’Embryologie Temporelle ; il correspond au nom de Marie.
Le triangle de la Terre du Principe ou de la Terre Céleste (Swargabhoumi), correspond à la Montagne qui est au centre du Monde (le Mérou), dont le sommet est le séjour d’Ishwara (Mahâ-Dêva), dans la sphère de Sani ou de Saturne. Le diamètre vertical est l’axe nord-sud du Monde (1), qui va du sommet du Mérou (pôle nord, solstice d’hiver ou Capricorne, domicile de Saturne) au fond de l’Abyme des Grandes Eaux (pôle sud, solstice d’été ou Cancer, domicile de la Lune). La ligne horizontale représente la surface de l’Océan des Grandes Eaux (réservoir des possibilités, ou passivité universelle) ; le Mérou se réfléchit dans cet Océan, au milieu duquel il s’élève (1).
Le triangle de terre, droit, représente dans cette figure l’élément actif (le Verbe), et le triangle d’Eau, renversé, représente l’élément passif (Mariah ou Mâyâ) ; ces deux triangles forment le signe de la Création (sénaire) ; le triangle passif est le reflet du triangle actif, ce qui exprime la loi de l’analogie, formulée par Hermès : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, mais en sens inverse (2).
Les deux axes de la figure forment la croix, qui, par rotation autour de son centre, engendre le cercle ; par rotation dans trois plans formant un trièdre trirectangle, elle engendrera la sphère (Œuf du Monde) (3) ».


Afin de donner une meilleure lisibilité au contenu doctrinal des notes, nous avons choisi de les reproduire dans la même taille que le corps de texte :

Note (1) :
« On situe le Mérou au pôle nord, où le Soleil peut effectuer une révolution diurne tout entière, sans descendre au dessous de la ligne d’horizon, et où même, si le plan de l’Ecliptique coïncidait avec celui de l’Equateur, le Soleil ne quitterait jamais l’horizon (voir à ce sujet les textes védiques). Dans l’état de choses actuel, notre système solaire étant rapporté à la Terre (ces deux plans ne coïncidant pas), le Soleil accomplit sa révolution diurne avec la portion de l’Ecliptique où il se trouve pendant ce temps, et qui occupe sur la sphère céleste une longueur d’un degré ; le Soleil décrit donc ainsi chaque jour sur la sphère céleste sensiblement un cercle parallèle à l’Equateur (ce cercle n’est pas fermé en réalité), et, si ce cercle se trouve au dessus (ce qui a lieu pendant la moitié de l’année où le Soleil est au nord de l’Equateur), le Soleil ne cessera pas d’éclairer le pôle nord pendant tout ce temps ; par contre, pendant l’autre moitié de l’année, où le Soleil est au sud de l’Equateur, éclairant le pôle sud, le pôle nord restera plongé dans l’obscurité ».

Note (2) :
« Le triangle renversé est le symbole de la Yoni, l’emblème féminin ; au contraire, le triangle droit est le symbole masculin analogue au Linga ».

Note (3) :
« Dans l’Œuf du Monde (Brahmânda), la manifestation de Brahmâ (le Verbe créateur) comme Pradjapati (Seigneur des créatures, identique à (Adhi-Manou), qui est aussi appelé Virâdj, naît sous le nom d’Hiranya-Garbha (Embryon d’or), qui est le principe igné involué, que les Egyptiens regardaient comme la manifestation de Phthah (Hêphaïstos des Grecs) ».

*Ce commentaire trouve son aboutissement dans divers textes et articles de Guénon, notamment « L’ hiéroglyphe du Cancer », publié dans Le Voile d’Isis (juill. 1931) et repris dans l’ouvrage posthume Symboles fondamentaux de la Science sacré, Gallimard (1962).





(A suivre)











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