LES POITRINES DES HOMMES LIBRES SONT LES TOMBEAUX DES SECRETS صدور الأحرار قبور الأسرار

lundi 1 juillet 2024

René Guénon : comptes-rendus d'ouvrages sur l’Islâm / La revue France-Asie

 




 

 

Comptes-rendus de René Guénon

parus dans la Revue de Philosophie  *

 

 

 

 

 

Septembre-octobre 1921

 

I. GOLDZIHER, professeur à l’Université de Budapest. – Le Dogme et la Loi de l’Islam : Histoire du développement dogmatique et juridique de la religion musulmane. Traduction de F. Arin. Un vol. in-8° de 315 pages. P. Geuthner, Paris, 1920.

 

 

Cet ouvrage offre les qualités et les défauts qui sont communs à presque tous les travaux germaniques du même genre : il est fort consciencieusement fait au point de vue historique et documentaire, mais il ne faudrait pas y chercher une compréhension bien profonde des idées et des doctrines. Du reste, d’une façon tout à fait générale, ce qu’on est convenu d’appeler aujourd’hui « science des religions » repose essentiellement sur deux postulats que nous ne pouvons, pour notre part, regarder que comme de simples préjugés. Le premier, que l’on pourrait nommer le postulat « rationaliste », consiste à traiter toute religion comme un fait purement humain, comme un « phénomène » d’ordre psychologique ou sociologique ; l’importance accordée respectivement aux éléments individuels et aux facteurs sociaux varie d’ailleurs grandement suivant les écoles. Le second, qui s’affirme ici dès le sous-titre du livre, est le postulat « évolutionniste » : le « développement » dont il s’agit, en effet, n’est pas simplement le développement logique de tout ce que la doctrine impliquait en germe dès l’origine, mais une suite de changements radicaux provoqués par des influences extérieures, et pouvant aller jusqu’à des contradictions. On pose en principe que les dogmes ont « évolué », et c’est là une affirmation qui doit être admise sans discussion : c’est une sorte de dogme négatif, destiné à renverser tous les dogmes positifs pour leur substituer la seule croyance au « progrès », cette grande illusion du monde moderne. Le livre de M. Goldziher comprend six chapitres, sur chacun desquels nous allons présenter quelques observations.

I. Mohammed et l’Islam. – On connaît la thèse, chère à certains psychologues, et surtout aux médecins qui se mêlent de psychologie, de la « pathologie » des mystiques, des prophètes et des fondateurs de religions ; nous nous souvenons d’une application particulièrement répugnante qui en fut faite au Judaïsme et au Christianisme (1). Il y a ici quelque chose de la même tendance, bien que l’auteur y insiste moins que d’autres ne l’ont fait ; en tout cas, c’est l’esprit « rationaliste » qui domine dans ce chapitre. On y rencontre même fréquemment des phrases comme celle-ci : « Mohammed s’est fait révéler telle ou telle chose » ; cela est extrêmement déplaisant. L’« évolutionnisme » apparaît dans la distinction, on pourrait même dire l’opposition, que l’on veut établir entre la période de la Mekke et celle de Médine : de l’une à l’autre, il y aurait eu un changement, dû aux circonstances extérieures, dans le caractère prophétique de Mohammed ; nous ne croyons pas que ceux qui examinent les textes qorâniques sans idée préconçue puissent y trouver rien de semblable. D’autre part, la doctrine enseignée par Mohammed n’est pas du tout un « éclectisme » ; la vérité est qu’il s’est toujours présenté comme un continuateur de la tradition judéo-chrétienne, en se défendant expressément de vouloir instituer une religion nouvelle et même d’innover quoi que ce soit en fait de dogmes et de lois (et c’est pourquoi le mot « mahométan » est absolument rejeté par ses disciples). Ajoutons encore que le sens du mot Islam, qui est «  soumission à la Volonté divine », n’est pas interprété d’une façon parfaitement correcte, non plus que la conception de l’« universalité » religieuse chez Mohammed ; ces deux questions se tiennent d’ailleurs d’assez près.

II. Développement de la loi. – Il faut louer l’auteur d’affirmer l’existence, trop souvent méconnue par les Européens, d’un certain « esprit de tolérance » dans l’Islam, et cela dès ses origines, et aussi de reconnaître que les différents « rites » musulmans ne constituent nullement des « sectes ». Par contre, bien que le côté juridique d’une doctrine soit assurément celui qui se prête le plus à un développement nécessité par l’adaptation aux circonstances (mais à la condition que ce développement, tant qu’il reste dans l’orthodoxie, n’entraîne aucun changement véritable, qu’il ne fasse que rendre explicites certaines conséquences implicitement contenues dans la doctrine), nous ne pouvons admettre la prépondérance attribuée aux considérations sociales et politiques, qui sont supposées avoir réagi sur le point de vue proprement religieux lui-même. Il y a là une sorte de renversement des rapports, qui s’explique par ce fait que les Occidentaux modernes se sont habitués, pour la plupart, à regarder la religion comme un simple élément de la vie sociale parmi beaucoup d’autres ; pour les Musulmans, au contraire, c’est l’ordre social tout entier qui dépend de la religion, qui s’y intègre en quelque sorte, et l’analogue se rencontre d’ailleurs dans toutes les civilisations qui, comme les civilisations orientales en général, ont une base essentiellement traditionnelle (que la tradition dont il s’agit soit religieuse ou qu’elle soit d’une autre nature). Sur des points plus spéciaux, il y a un parti pris manifeste de traiter d’« inventions postérieures » les hadîth, c’est-à-dire les paroles du Prophète conservées par la tradition ; cela a pu se produire dans des cas particuliers, reconnus du reste par la théologie musulmane, mais il ne faudra pas généraliser. Enfin, il est vraiment trop commode de qualifier dédaigneusement de «  superstition populaire » tout ce qui peut être gênant pour le “rationalisme”.

III. Développement dogmatique. – Ce chapitre débute par un essai d’opposition entre ce qu’on pourrait appeler le « prophétisme » et le « théologisme » : les théologiens, en voulant interpréter les révélations des prophètes, y introduiraient, suivant les besoins, des choses auxquelles ceux-ci n’avaient jamais songé, et c’est ainsi que l’orthodoxie arriverait à se constituer peu à peu. Nous répondrons à cela que l’orthodoxie n’est pas quelque chose qui se fait, qu’elle est au contraire, par définition même, le maintien constant de la doctrine dans sa ligne traditionnelle primitive. L’exposé des discussions concernant le déterminisme et le libre arbitre trahit une certaine erreur d’optique, si l’on peut dire, due à la mentalité moderne : loin de voir là une question fondamentale, les grands docteurs de l’Islam ont toujours regardé ces discussions comme parfaitement vaines. D’un autre côté, nous nous demandons jusqu’à quel point il est bien juste de regarder les Mutazilites comme des « rationalistes » ; en tout cas, c’est souvent une erreur de traduire aql par « raison ». Autre chose encore, et qui est plus grave : l’anthropomorphisme n’a jamais été inhérent à l’orthodoxie musulmane. L’Islam, en tant que doctrine (nous ne parlons pas des aberrations individuelles toujours possibles) n’admet l’anthropomorphisme que comme une façon de parler (il s’efforce même de réduire au minimum ce genre de symbolisme), et à titre de concession à la faiblesse de l’entendement humain, qui a le plus souvent besoin du support de certaines représentations analogiques. Nous prenons ce mot de « représentations » dans son sens ordinaire, et non dans l’acception très spéciale que lui donne fréquemment M. Goldziher, et qui fait songer aux théories fantaisistes de ce qui, en France, s’intitule l’« école sociologique ».

IV. Ascétisme et Sûfisme. – Nous aurions beaucoup à dire sur ce chapitre, qui est loin d’être aussi net qu’on pourrait le souhaiter, et qui renferme même bien des confusions et des lacunes. Pour l’auteur, l’ascétisme aurait été tout d’abord étranger à l’Islam, dans lequel il aurait été introduit ultérieurement par des influences diverses, et ce sont ces tendances ascétiques surajoutées qui auraient donné naissance au Sûfisme ; ces affirmations sont assez contestables, et, surtout, le Sûfisme est en réalité tout autre chose que de l’ascétisme. Du reste, ce terme de Sûfisme est employé ici d’une façon quelque peu abusive dans sa généralité, et il faudrait faire des distinctions : il s’agit de l’ésotérisme musulman, et il y a bon nombre d’écoles ésotériques qui n’acceptent pas volontiers cette dénomination, actuellement tout au moins, parce qu’elle en est arrivée à désigner couramment des tendances qui ne sont nullement les leurs. En fait, il y a fort peu de rapports entre le Sûfisme persan et la grande majorité des écoles arabes ; celles-ci sont beaucoup moins mystiques, beaucoup plus purement métaphysiques, et aussi plus strictement attachées à l’orthodoxie (quelle que soit d’ailleurs l’importance qu’elles accordent aux pratiques extérieures). A ce propos, nous devons dire que c’est une erreur complète de vouloir opposer le Sûfisme en lui-même à l’orthodoxie : la distinction est ici entre l’ésotérisme et l’exotérisme, qui se rapportent à des domaines différents et ne s’opposent point l’un à l’autre ; il peut y avoir, dans l’un et dans l’autre, orthodoxie et hétérodoxie. Il ne s’est donc pas produit, au cours de l’histoire, un « accommodement » entre deux « systèmes » opposés ; les deux domaines sont assez nettement délimités pour que, normalement, il ne puisse y avoir ni conflit ni contradiction, et les ésotéristes n’ont jamais pu, comme tels, être taxés d’hérésie. Quant aux origines de l’ésotérisme musulman, l’influence du néo-platonisme n’est nullement prouvée par une identité de pensée à certains égards ; il ne faudrait pas oublier que le néo-platonisme n’est qu’une expression grecque d’idées orientales, de sorte que les Orientaux n’ont pas eu besoin de passer par l’intermédiaire des Grecs pour retrouver ce qui, en somme, leur appartenait en propre ; il est vrai que cette façon de voir a le tort d’aller à l’encontre de certains préjugés. Pour l’influence hindoue (et peut-être aussi bouddhiste) que l’auteur croit découvrir, la question est un peu plus complexe : nous savons, pour l’avoir constaté directement, qu’il y a effectivement, entre l’ésotérisme musulman et les doctrines de l’Inde, une identité de fond sous une assez grande différence de forme ; mais on pourrait faire aussi la même remarque pour la métaphysique extrême-orientale, et cela n’autorise point à conclure à des emprunts. Des hommes appartenant à des civilisations différentes peuvent bien, à ce qu’il nous semble, être parvenus directement à la connaissance des mêmes vérités (c’est ce que les Arabes eux-mêmes expriment par ces mots : et-tawhîdu wâhidun, c’est-àdire : « la doctrine de l’Unité est unique », elle est partout et toujours la même) ; mais nous reconnaissons que cet argument ne peut valoir que pour ceux qui admettent une vérité extérieure à l’homme et indépendante de sa conception, et pour qui les idées sont autre chose que de simples phénomènes psychologiques. Pour nous, les analogies de méthodes elles mêmes ne prouvent pas davantage : les ressemblances du dhikr musulman et du hatha-yoga hindou sont très réelles et vont même encore plus loin que ne le pense l’auteur, qui semble n’avoir de ces choses qu’une connaissance plutôt vague et lointaine ; mais, s’il en est ainsi, c’est qu’il existe une certaine « science du rythme » qui a été développée et appliquée dans toutes les civilisations orientales, et qui, par contre, est totalement ignorée des Occidentaux. Nous devons dire aussi que M. Goldziher ne paraît guère connaître les doctrines de l’Inde que par les ouvrages de M. Oltramare, qui sont à peu près les seuls qu’il cite à ce sujet (il y a même pris l’expression tout à fait impropre de « théosophie hindoue ») ; cela est vraiment insuffisant, d’autant plus que l’interprétation qui est présentée dans ces ouvrages est jugée fort sévèrement par les Hindous. Il faut ajouter qu’il y a aussi une note dans laquelle est mentionné un livre de Râma Prasâd, écrivain théosophiste, dont l’autorité est tout à fait nulle cette note est d’ailleurs rédigée d’une façon assez extraordinaire, mais nous ne savons si cela doit être imputé à l’auteur ou au traducteur. Il y aurait lieu de relever en outre bien des erreurs qui, pour porter sur des détails, ont aussi leur importance : ainsi, et-tasawwuf n’est pas du tout « l’idée sûfie », mais bien l’initiation, ce qui est tout différent (voir par exemple le traité de Mohyiddin ibn Arabi intitulé Tartîbut-tasawwuf, c’est-à-dire « Les catégories de l’initiation »). Les quelques lignes qui sont consacrées aux Malâmatiyah en donnent une idée complètement erronée ; cette question, qui est fort peu connue, a pourtant une portée considérable, et nous regrettons de ne pouvoir nous y arrêter. Beaucoup des conceptions les plus essentielles de l’ésotérisme musulman sont entièrement passées sous silence : telle est, pour nous borner à un seul exemple, celle de l’« Homme universel » (El-Insânul-kâmil), qui constitue le fondement de la théorie ésotérique de la « manifestation du Prophète ». Ce qui manque aussi, ce sont des indications au moins sommaires sur les principales écoles et sur l’organisation de ces Ordres initiatiques qui ont une si grande influence dans tout l’Islam. Enfin, nous avons rencontré quelque part l’expression fautive d’« occultisme musulman » : l’ésotérisme métaphysique dont il s’agit et les sciences qui s’y rattachent en tant qu’applications n’ont absolument rien de commun avec les spéculations plus ou moins bizarres qu’on désigne sous le nom d’« occultisme » dans le monde occidental contemporain.

V. Les sectes. – L’auteur s’élève avec raison contre la croyance trop répandue à l’existence d’une multitude de sectes dans l’Islam ; en somme, ce nom de sectes doit être réservé proprement aux branches hétérodoxes et schismatiques, dont la plus ancienne est celle des Khâridjites. La partie du chapitre qui est consacrée au Chiisme est assez claire, et quelques-unes des idées fausses qui ont cours à ce sujet sont bien réfutées ; mais il faut dire aussi que, en réalité, la différence entre Sunnites et Chiites est beaucoup moins nettement tranchée, à part les cas extrêmes, qu’on ne pourrait le croire à la lecture de cet exposé (ce n’est que tout à fait à la fin de l’ouvrage qu’il se trouve une légère allusion aux « nombreux degrés de transition qui existent entre ces deux formes de l’Islam »). D’autre part, si la conception de l’Imâm chez les Chiites est suffisamment expliquée (et encore faut-il faire une réserve quant au sens plus profond dont elle est susceptible, car l’auteur ne paraît pas avoir une idée très nette de ce qu’est le symbolisme), il n’en est peut-être pas de même de celle du Mahdî dans l’Islam orthodoxe ; parmi les théories qui ont été formulées à cet égard, il en est qui sont d’un caractère fort élevé, et qui sont bien autre chose que des « ornements mythologiques » ; celle de Mohyiddin ibn Arabi, notamment, mériterait bien d’être au moins mentionnée.

VI. Formations postérieures. – Il y a, au commencement de ce dernier chapitre, une interprétation de la notion de Sunna comme « coutume héréditaire », qui montre une parfaite incompréhension de ce qu’une tradition est véritablement, dans son essence et dans sa raison d’être. Ces considérations conduisent à l’étude de la secte moderne des Wahhâbites, qui prétend s’opposer à toute innovation contraire à la Sunna, et qui se donne ainsi pour une restauration de l’Islam primitif ; mais c’est probablement un tort de croire ces prétentions justifiées, car elles ne nous semblent pas l’être plus que celles des Protestants dans le Christianisme ; il y a même plus d’une analogie curieuse entre les deux cas (par exemple le rejet du culte des saints, que les uns et les autres dénoncent également comme une « idolâtrie »). Il ne faudrait pas non plus attribuer une importance excessive à certains mouvements contemporains, comme le Bâbisme, et surtout le Béhâïsme qui en est dérivé, M. Goldziher dit par progrès, nous dirions plutôt par dégénérescence. L’auteur a vraiment grand tort de prendre au sérieux une certaine adaptation « américanisée » du Béhâïsme, qui n’a absolument plus rien de musulman ni même d’oriental, et qui, en fait, n’a pas plus de rapports avec l’Islam que le faux Vêdânta de Vivekânanda (que nous avons eu l’occasion de mentionner au cours de notre étude sur le théosophisme) n’en a avec les véritables doctrines hindoues : ce n’est qu’une espèce de « moralisme » quasi-protestant. Les autres sectes dont il est question ensuite appartiennent à l’Inde ; la plus importante, celle des Sikhs, n’est pas proprement musulmane, mais apparaît comme une tentative de fusion entre le Brâhmanisme et l’Islam ; telle est du moins la position qu’elle prit à ses débuts. Dans cette dernière partie, nous avons encore noté les expressions défectueuses d’«  Islam hindou » et de « Musulmans hindous » : tout ce qui est indien n’est pas hindou par là même, puisque ce dernier terme ne désigne exclusivement que ce qui se rapporte à la tradition brâhmanique ; il y a là quelque chose de plus qu’une simple confusion de mots.

Naturellement, nous avons surtout signalé les imperfections de l’ouvrage de M. Goldziher, qui n’en est pas moins susceptible de rendre des services réels, mais, nous le répétons, à la condition qu’on veuille y chercher rien de plus ni d’autre que des renseignements d’ordre historique, et qu’on se méfie de l’influence exercée sur tout l’exposé par les « idées directrices » que nous avons dénoncées tout d’abord. Certaines des remarques qui précèdent montrent d’ailleurs que, même au point de vue de l’exactitude de fait, le seul qui semble compter pour les « historiens des religions », l’érudition pure et simple ne suffit pas toujours ; sans doute, il peut arriver qu’on donne une expression fidèle d’idées qu’on n’a pas comprises vraiment et dont on n’a qu’une connaissance tout extérieure et verbale, mais c’est là une chance sur laquelle il serait préférable de ne pas compter outre mesure.

 

Note

 

(1) L’auteur auquel nous faisons allusion et son livre relatif au Christianisme furent, pendant la guerre, la cause d’incidents extrêmement fâcheux pour l’influence française en Orient (voir Mermeix, Le commandement unique : Sarrail et les armées d’Orient, pp. 31-33).

 

 

 

Novembre-décembre 1923

 

Augustin PERIER. – Yahyâ ben Adî : un philosophe arabe chrétien duXe siècle. – Petits traités apologétiques de Yahyâ ben Adî. – Deux vol.in-8° de 228 et 136 pp., J. Gabalda et P. Geuthner, Paris, 1920.         

 

Le plus grand reproche que nous adresserons au travail de M. l’abbé Périer, c’est qu’il a vraiment un peu trop l’aspect extérieur d’une « thèse » au sens universitaire de ce mot ; c’en est une, en effet, mais est-il bien nécessaire que la présentation s’en ressente à ce point ? Cela ne peut que nuire à un ouvrage qui, par l’incontestable intérêt des renseignements qu’il apporte sur un sujet fort peu connu, mériterait pourtant de ne point passer inaperçu. L’œuvre de Yahyâ ben Adî, du moins dans ce qui en est parvenu jusqu’à nous (car ses nombreux traités proprement philosophiques sont malheureusement perdus), apparaît surtout comme une utilisation de la doctrine aristotélicienne à des fins apologétiques. Ce qu’il y a de curieux, d’ailleurs, c’est que, à cette époque, toutes les écoles musulmanes et toutes les sectes chrétiennes (jacobites, melchites, nestoriens et autres) prétendaient s’appuyer également sur Aristote, où chacune croyait trouver une confirmation de ses théories particulières. M. Périer pense que « c’est sur le prolongement de l’Ecole d’Alexandrie qu’il faut chercher le point de jonction entre l’aristotélisme et la philosophie arabe » ; c’est là une question qu’il pourrait être intéressant d’examiner de plus près. Après une vue d’ensemble sur les idées philosophiques de Yahyâ ben Adî telles qu’elles se dégagent de fragments assez peu cohérents dans leur état actuel, M. Périer donne une analyse très développée, avec de larges extraits, de ses grands traités théologiques : le Traité de l’Unité, le Traité de la Trinité et le Traité de l’Incarnation ou de l’Union. Cette partie, que nous ne pouvons songer à résumer ici, est de beaucoup la plus importante : les procédés dialectiques mis en oeuvre par le philosophe arabe pour répondre aux objections de ses contradicteurs sont tout à fait dignes d’attention et souvent fort originaux. Nous nous permettons une critique de détail : M. Périer n’a pas compris ce que les Arabes, tant musulmans que chrétiens, entendent par « l’homme universel » (qui n’est pas du tout « l’espèce humaine », et qui n’est pas davantage une « abstraction ») ; et il trouve « puérile », précisément faute de la comprendre, une conception d’une très haute portée métaphysique. Et pourquoi juge-t-il bon, à ce propos, de professer un certain dédain pour les « subtilités scolastiques », et de laisser transparaître un « nominalisme » qui n’avait rien à voir avec le rôle d’historien auquel il entendait se borner ?

Le second volume comprend le texte et la traduction de huit petits traités apologétiques de Yahyâ ben Adî, plus la traduction seule d’un neuvième traité. Nous ne pouvons que rendre hommage au labeur fort pénible qu’a dû s’imposer M. Périer pour éditer un texte, pour la première fois, avec des manuscrits très défectueux. Quant à sa traduction française, il dit « qu’il s’est efforcé de la rendre fidèle et claire », et il nous paraît y avoir fort bien réussi.

 

 

 

Lothrop STODDARD. – Le Nouveau Monde de l’Islam. Traduit de l’anglais par Abel Doysié. – Un vol. in-8° de 323 pp., Payot, Paris, 1923.

 

Bien que cet ouvrage traite surtout des questions d’ordre politique et social, il est intéressant aussi à d’autres points de vue. L’auteur, disons-le tout de suite, est loin d’être impartial : il est imbu de tous les préjugés occidentaux en général, et de ceux du protestantisme anglo-saxon en particulier ; il réédite tous les clichés courants sur l’« obscurantisme » et sur le « progrès » ; il ne trouve à louer que ce qui lui paraît, à tort ou à raison, avoir une teinte de « puritanisme » ou de « rationalisme » ; et il a une tendance, assez naturelle dans ces conditions, à exagérer l’importance du rôle des « réformateurs libéraux » et surtout celle de l’influence occidentale. Il prend pour une « élite » ces rares éléments européanisés qui, au point de vue oriental, sont plutôt tout le contraire, et, trop souvent, des apparences tout extérieures l’empêchent de voir la réalité profonde, qu’il est d’ailleurs très probablement incapable de saisir. En effet, on pourra se faire une idée suffisante de son manque absolu d’intellectualité (défaut bien américain) pas ces deux exemples : les doctrines purement métaphysiques de certaines écoles arabes ne sont pour lui que « superstition et mysticisme puéril », et l’enseignement traditionnel, basé sur l’étude des textes sacrés, est « une ineptie qui pétrifie l’intelligence » !

Cependant, ce livre mérite d’être lu, parce qu’il est généralement bien informé ; aussi ne peut-on que regretter que l’auteur, au lieu de s’en tenir à l’exposé des faits, y mêle constamment des appréciations tendancieuses, aggravées par une multitude d’épithètes injurieuses, ou tout au moins blessantes pour les Orientaux. Il y a là, sur la politique anglaise en Orient au cours de ces dernières années, un certain nombre de vérités qu’il serait extrêmement utile de répandre. La partie la plus intéressante de l’ouvrage est peut-être celle qui est consacrée au « nationalisme » ; on y voit assez bien la différence des idées que ce même mot sert à désigner, suivant qu’il s’agit de l’Occident ou de l’Orient ; sur les rapports de la « nationalité » et de la « race », il y a aussi des considérations dignes d’être remarquées, bien qu’elles manquent un peu de précision. Disons encore que le titre ne donne pas une idée exacte de l’ouvrage dans son ensemble, car il y est question, non seulement de la situation actuelle du monde musulman, mais aussi de celle de l’Inde ; cette étude embrasse donc à la fois ce que l’on peut appeler le Proche et le Moyen Orient. L’auteur est très prudent dans ses conclusions, ce dont on ne peut que l’approuver ; il s’abstient soigneusement de formuler la moindre prévision sur le cours ultérieur des événements. Enfin, malgré sa partialité évidente, il ne peut s’empêcher de reconnaître que, si certains dangers menacent l’Occident, celui-ci y a une large part de responsabilité. La traduction est littérale au point d’en être parfois incorrecte, et elle est déparée par des bizarreries de langage qu’il eût été bien facile d’éviter. Ainsi, en français, on ne dit pas « bribe », mais « corruption » ou « vénalité » ; on ne dit pas un « papier », mais un « article » sur tel ou tel sujet ; « practically » ne se traduit pas toujours par « pratiquement », et ainsi de suite. Il y a aussi une confusion entre «  indien » et « hindou », dont nous ne savons si elle est imputable à l’auteur ou au traducteur. Et, puisque nous en sommes à la forme, il est un peu ridicule en France, sinon en Amérique, de donner à la dernière guerre la dénomination apocalyptique d’ « Armageddon ».

 

 

 

Baron CARRA DE VAUX. – Les Penseurs de l’Islam. – I. Les souverains, l’histoire et la philosophie politique. – II. Les géographes, les sciences mathématiques et naturelles. – Deux vol. in-16° de 384 et 400.

 

Ces volumes sont les deux premiers d’une série qui doit en comporter cinq et qui a pour but de donner un aperçu d’ensemble sur l’intellectualité musulmane dans toutes les branches où s’est exercée son activité. « Nous avons voulu, dit l’auteur, faire ici, non un catalogue, mais un choix. Notre intention n’a pas été de tout dire, mais de mettre en relief les figures principales, de faire connaître les œuvres maîtresses, de donner le sentiment de quelques idées essentielles, la vue de certains sommets ». Le besoin se faisait grandement sentir, en effet, d’un tel ouvrage, donnant les indications nécessaires pour se reconnaître parmi la multitude des travaux de détail auxquels se complaisent d’ordinaire les orientalistes. Le titre général peut prêter à une critique, car il ne semble pas parfaitement exact ; du moins le mot de « penseurs » y est pris dans une acception très large. On peut s’en rendre compte par les sous-titres : les personnages dont il est question jusqu’ici, sauf un petit nombre d’exceptions, ne sont pas des penseurs au sens où on l’entend habituellement ; sans doute l’emploi de ce mot sera-t-il plus justifié pour les volumes qui doivent suivre. Quoi qu’il en soit, il y a là des exposés fort intéressants, notamment dans le second volume, plus particulièrement important en ce qui concerne l’histoire des sciences ; on ne sait pas assez, en Europe, tout ce qu’on doit aux Arabes, par qui se sont conservées et transmises en grande partie les connaissances de l’antiquité, sans compter tout ce qu’eux-mêmes y ont ajouté, notamment dans l’ordre mathématique. C’est ce qui ressort très nettement de cet ouvrage, dont l’auteur fait preuve, à cet égard, de beaucoup d’impartialité ; malheureusement, il n’en est pas de même lorsque vient à se poser la question des origines : il veut que la science arabe se soit inspirée à peu près exclusivement de la science grecque, ce qui est vraiment excessif. Que les derniers néo-platoniciens se soient réfugiés en Perse, et que de là ils aient exercé une certaine influence sur le monde musulman, cela est fort admissible ; mais enfin il y a eu autre chose, et, en Perse même, le Mazdéisme n’était pas un élément négligeable (notons d’ailleurs, à ce propos, ce fait trop généralement ignoré, que les musulmans honorent Zoroastre comme un prophète). En astronomie, les Perses devaient sans doute beaucoup plus aux Chaldéens qu’aux Grecs ; et, d’un autre côté, il ne nous paraît pas que la secte arabe des Sabéens, qui fournit beaucoup de savants dans les quatre premiers siècles de l’Islam, puisse être regardée comme se rattachant proprement au néoplatonisme. D’ailleurs, celui-ci, au fond, n’était-il pas plus oriental que grec sous bien des rapports, et n’est-ce pas pour cela, précisément, que les Orientaux accueillirent volontiers parmi eux ses représentants ? Mais c’est surtout quand il s’agit de l’Inde que le parti pris devient par trop manifeste : quand les Arabes eux-mêmes appliquent à quelque chose l’épithète de hindi, « cela ne tire pas à conséquence », et il suffit que l’influence indienne «  ne soit pas évidente » pour qu’on l’écarte résolument, tandis que, par contre, on fait valoir en faveur de l’influence grecque les coïncidences les plus insignifiantes. Il y aurait beaucoup à dire sur certains points, comme l’origine des chiffres, celle de l’algèbre, la question des périodes astronomiques, et aussi, pour la Chine, l’invention de la boussole ; mais nous ne pouvons y insister davantage. Ajoutons seulement une dernière remarque : il est pour le moins singulier de présenter l’empereur mogol Akbar comme « un des pères du théosophisme moderne » ; si peu orthodoxe qu’ait pu être le syncrétisme religieux de ce souverain, il ne méritait vraiment pas cette injure, car c’en est bien une, encore que l’auteur ne semble pas du tout la considérer comme telle. Mais ces diverses réserves, qui ne portent pas en somme sur ce qu’il y a de plus essentiel, ne doivent pas nous faire méconnaître la réelle valeur d’un ouvrage fort consciencieusement fait et qui peut rendre de très grands services.

 

 


(Inédit jusqu’à sa parution dans le n° 126 de VLT) :

 

 

Baron CARRA DE VAUX. – Les Penseurs de l’Islam. – III. L’exégèse, la tradition et la jurisprudence. – Un vol. in-16 de 424 pp., P. Geuthner, Paris, 1923.

 

Nous avons déjà parlé ici (n° de novembre-décembre 1923) des deux premiers volumes de cet ouvrage ; nous pouvons, à propos du troisième, répéter ce que nous disions alors : ce travail est appelé à rendre de grands services à ceux qui, sans avoir le temps ou la possibilité de se livrer à des recherches multiples, désirent se faire une idée d’ensemble de l’intellectualité musulmane. En dépit du sous-titre, la plus grande partie du troisième volume est en réalité consacrée à un résumé historique des origines de l’Islam, où apparaissent malheureusement les défauts et les préjugés inhérents à la mentalité de notre époque. La lecture de certaines pages, comme celles où est discutée la question de savoir si le Coran a toujours constitué un « livre » (pp. 156-163), serait à conseiller à ceux qui sont tentés de prendre trop au sérieux les résultats de la « critique » moderne. Il est bon aussi d’enregistrer cet aveu, qu’une interprétation religieuse « n’a point de sens pour la critique » (p. 158) ; ne pourrait-on pas renverser la proposition, et dire tout aussi bien que les arguments « critiques » n’ont point de sens pour quiconque se place au point de vue religieux ou, plus généralement, traditionnel ? En effet, la « critique », ainsi entendue, n’a jamais été au fond autre chose qu’une arme de guerre antireligieuse ; ceux qui croient devoir prendre à son égard une attitude plus ou moins conciliante et « opportuniste » sont victimes d’une bien dangereuse illusion. Passons à quelques observations de détail ; et, tout d’abord, regrettons que l’auteur écrive assez souvent « mahométan » au lieu de « musulman » ; le mot est d’usage courant, sans doute, chez les Européens, mais il n’en est pas moins fautif pour bien des raisons. Une autre inexactitude, et qui est plus grave, est celle qui consiste à parler de l’Islam, ou encore du monde arabe, comme d’une « nationalité ». – Conserver une phrase qu’on reconnaît soi-même erronée, sous le prétexte qu’elle « fait bien littérairement » (p. 100), cela semble peu sérieux et risque de déconsidérer un ouvrage qui, pourtant, vaut mieux que cela dans son ensemble. – Il y a aussi quelques affirmations plus ou moins contestables, comme celle qui attribue au blason une origine exclusivement persane (p. 10) ; ne sait-on pas que, dès l’antiquité, il existait aussi ailleurs qu’en Orient, et notamment chez les peuples celtiques ? – Avant de se moquer d’une tradition dans laquelle il est question de « géants » (p. 78), il serait bon de savoir que ce mot et ses équivalents étaient employés très généralement pour désigner des hommes puissants, des peuples guerriers et conquérants, sans aucun égard à leur stature réelle. – Notons encore une erreur sur les termes nabî (prophète) et rasûl (législateur), dont le rapport hiérarchique est renversé (p. 153), et une opinion peu justifiée, pour ne pas dire plus, sur la signification des lettres qui sont placées au début de quelques sourates du Coran (p. 176). Les derniers chapitres contiennent de bons exposés sur la tradition (hadîth), sur la jurisprudence, et enfin sur les commentaires du Coran.

 

 

RENÉ GUÉNON

 

 

 

* Monsieur Brecq et moi-même avions fait paraître ces cinq comptes-rendus dans le numéro 126 de la revue Vers La Tradition consacré à l’Islâm ;  « René Guénon publia dans la Revue de Philosophie une version abrégée, en 15 chapitres, du Théosophisme, de janvier à août 1921 » (P. B.).

 

 

 

 

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Seul texte à retenir d’un numéro de la revue France-Asie, en hommage à Guénon, paru en janvier 1953 deux ans après sa mort.




Sens d’un hommage

 

Jusqu’à sa mort René Guénon n’était pour nous qu’une voix sans visage. Sûre d’affirmer la vérité, si claire qu’elle a condamné au ridicule tous les idiomes philosophiques, cette voix refusait les injonctions subjectives qui révèlent l’homme sous l’auteur. La signature elle-même ne venait pas affirmer orgueilleusement une individualité, mais elle estampillait l’ouvrage, permettait à ses amis de le distinguer dans le maelström des publications. Aussi n’insisterons nous pas ici sur la floraison nécrologique de biographies et de portraits. Elle aurait été trahison si, en notre époque de réclame, la diffusion même limitée d’une œuvre n’avait exigé une assez nette manifestation de sympathie. C’est dans ce sens et dans ce sens seulement qu’un témoignage sur Guénon peut avoir une signification. Autant il serait vain de paraphraser et dangereux de « vulgariser » en la simplifiant une œuvre où rien n’est inutile, autant il serait imprudent de prétendre discerner dès aujourd’hui une influence qui doit se manifester en profondeur. Les vrais « guénoniens » ont renoncé à tout le côté spectaculaire de la vie moderne pour suivre en silence une voie de spiritualité traditionnelle. Comment en espérer des confidences alors que l’exhibitionnisme contemporain en a trop répandu le principe pour ne pas le rendre suspect ? Ce qu’ils affirmeront sans doute, c’est la nécessité de l’œuvre de Guénon, son implacable logique débarrassée de tout poncif sentimental, surtout son attitude transcendante qui lui assure une permanente actualité.

Par la méditation des principes traditionnels et de la place qu’ils tiendront dans notre vie, nous rendrons à René Guénon le seul hommage qui lui soit dû : l’hommage du silence — un silence fécond au fond duquel l’homme doit retrouver son vrai visage.

Le reste est littérature.

 

Pierre Michel

 

 

 

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mardi 11 juin 2024

LES FRÈRES DE LA PURETÉ - extrait - / SEM et CHAM & JAPHET

 24

 

 

RASA‘IL IKHWÂN AL-ÇAFA

 

(Extrait)

 


Et sache que... le but des philosophes de la sagesse dans l’étude des sciences mathématiques et de la formation de leurs disciples est (essentiellement) de voyager en  suivant le chemin de ces sciences vers les sciences de la nature (al-tabî‘iyât). Et leur perspective dans l'étude de ces dernières est de s'élever et croître en sciences divines (al-‘ulûm al-ilahiyah) qui reste le but ultime des sages philosophes par le moyen des connaissances directes (bi-l-ma‘ârif al-haqîyah).

 Donc, le premier degré d’étude en sciences divines  consiste à connaître la substance de la nafs et à rechercher son principe et son origine avant sa composition (ta‘alluq) avec le corps (jasad) ; où était-elle ? Et rechercher (fahs) sa fin ultime (résurrection – ma‘âd) après s'être séparée du corps, ce qu’on appelle la mort, et, la récompense pour les bonnes actions dans le monde des esprits et la rétribution des actes des malfaiteurs (agresseurs – المسيئين) : quelle est-elle au  Jour dernier ?

Et un autre but aussi de cette étude dans les sciences spirituelles implique celle du moment où l’être humain a été élu pour [connaître] son Seigneur (mandûban ilâ rabbihi) sans le moyen de connaître son Seigneur si ce n’est par celui de se connaître soi-même. Comme Allâh تعال l’a dit : « Qui donc ressent de l’aversion pour la Régle (ملة) d’Ibrâhîm sinon celui qui s’égare lui-même ? » (Al-baqara, 130) ; à savoir celui qui ignore tout de lui-même (jahila al-nafs). De même, on dit : « Qui se connaît connaît par conséquent son Seigneur », comme on a dit également : « La plus haute connaissance de soi-même est la plus haute connaissance de son Seigneur ». Il incombe à toute personne dotée de raison de rechercher la connaissance de soi (c’est-à-dire) la connaissance de sa propre substance et de la purifier.

Comme Allâh تعالى l’a dit : « Par l’âme et Ce[lui] qui l’a ordonné harmonieusement. Il lui a inspiré son libertinage et sa piété. Bienheureux qui la purifie. Et malheureux qui l’avilit ! » (Al-shams, 7-10). Allâh تعالى, tout en rapportant l'histoire de l’épouse d’al-‘aziz [Putifar] dans l'histoire de Yûsuf عليه السلام qui a dit : « car l'âme incite fortement au mal, sauf si mon Seigneur fait miséricorde. » (Yûsuf, 53). Allâh تعال a dit : « Mais pour celui qui aura redouté de comparaître devant son Seigneur et qui aura préservé son âme de la passion, c’est le Paradis qui sera un refuge. » (Al-nâzi‘ât, 40). Allâh تعالى a dit : « Le jour où chaque âme viendra plaider pour elle-même, chacune sera rétribuée exactement pour ce qu'elle aura fait, et personne ne sera lésé. » (Al-nahl, 111). Allâh تعالى  a dit : «  Retourne vers ton Seigneur, agréante et agréée. » (Al-fajr : 28). Allâh تعالى a dit : «  Allâh reçoit les âmes au moment de leur mort ; Il reçoit aussi, dans leur sommeil, celles qui ne sont pas mortes. » (Al-zumar, 42). Il existe de nombreux versets coraniques [qui] sont des preuves démontrant (dalalat) l’existence de l’âme et la disposition de ses états (tasarruf halat). Ils constituent une preuve (hujjat) contre les gens suspects (al-jirmiyin) qui nient la nature intrinsèque de l’âme et sa conscience (ووجدانها). 

 

 

(Traités des Frères de la Pureté (Rasa‘il ikhwan al-çafa, VIII - Xe siècles).


 

 

   




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TRADITION

ET

SIONISME

 

 

 

Tout système comportant de la contradiction est condamné par là même à sa propre destruction. C’est par l’irrégularité, le détournement et les inversions qu’arrive la ruine de ceux qui sont à l’origine des groupements anti-spirituels et anti-traditionnels.

 

 

 

SEM FILS DE NÛH selon la chronique de Tabarî

 

 « Or sache que toutes les créatures sont sorties, après Noé [ Nûh ], de Sem, de Cham et de Japhet. Les Arabes, les Persans, les hommes blancs de visage, les gens de bien, les jurisconsultes, les savants et les sages sont de la race de Sem ; et voici pourquoi : Un jour Noé était endormi, le vent souleva ses vêtements et découvrit ses parties sexuelles sans qu'il s'en aperçût. Japhet passa près de Noé, dont il vit les parties sexuelles ; il se mit à rire aux éclats et à tourner son père en ridicule, sans le recouvrir. Cham, frère de Japhet, arriva ensuite ; il regarda Noé, se mit à rire aux éclats et à plaisanter, et passa outre, sans couvrir son père. Sem vint après ses frères, et, voyant Noé dans une posture indécente, il détourna les yeux et cacha la nudité de son père. Noé se réveilla ensuite, et demanda à Sem ce qui s'était passé ; ayant appris que Cham et Japhet avaient passé près de lui et qu'ils avaient ri, il les maudit en disant : Que Dieu change la semence de vos reins! Après cela tous les hommes et les fruits du pays de Cham devinrent noirs (...). » (1)

 

 Dans cet extrait, Sem est reconnu comme l’héritier par son père de la tradition atlantéenne, tandis que Cham et Japhet en représentent les agents obscurs ; rappelons que la « contre-initiation »  étant présente dès le début du cycle de notre présente humanité, chaque cycle secondaire reproduisant les mêmes déterminations, la présence des deux frères de Sem telle qu’elle est décrite symbolise par conséquent l’activité contre-traditionnelle propre à la descente cyclique qui s’achèvera avec la fin du dernier âge (Kali-yuga).

On sait que du temps de Nûh et de Sem jusqu’à Ibrâhîm, la religion était chose inconnue. C’est à partir de Mûsâ que la « caste sacerdotale » du peuple hébreu adaptera pour son culte un point de vue accessible à tous, avec un dogme et une morale à la destination de ceux dont les capacités spirituelles se sont amoindries, réservant ainsi la connaissance complète de la Tradition à son élite. C’est sous cette forme, spécifiquement religieuse (2) que l’ésotérisme et la religion exotérique furent transmis au peuple Juif, à la Chrétienté et à l’Islâm. On sait également que Jérusalem, la « Cité de la Paix » (3), deviendra avec Sulîman dont le nom signifie « Pacifique », le centre traditionnel des israélites, des  chrétiens et des musulmans.

Au regard de ces seules considération, les divers groupements sionistes, par le nationalisme et le progressisme de leurs fondateurs et gouvernants successifs ne peuvent légitimement se réclamer de la tradition Juive puisque leur intention première relève des idéologies issues de la Révolution française. Du reste, Théodore Herlz, à l’origine du projet de nationalisation de la diaspora juive, qui a ouvert la voie politique permettant d’agir au sein du mondialisme occidental, était un idéologue aux conceptions modernes, athée comme il se doit, et héritier de l’ « ethnonationalisme » de Cecil Rhodes (4). Il serait difficile de concevoir quelque chose de plus opposé à la spiritualité des descendants de Sem. Les héritiers de Herlz n’ont cessé de déployer leur influence sur les puissances politiques successives des États-Unis et des États coloniaux dans le but d’obtenir une terre, en l’occurrence celle de la Palestine, et d’y établir un « foyer Juif » sans se soucier qu’il fallait pour cela en chasser le peuple qui y vivait depuis des siècles (5). Nous savons que les intentions à l’origines du sionisme sont là, dans une volonté de pouvoir et de domination (6) sur le monde traditionnel dans le but à peine dissimulée de le détruire en adoptant une visée délibérément expansionniste et ethnocidaire et non de rassembler le peuple Juif dans le respect et le maintien de la tradition du Judaïsme ; du point de vue traditionnel, c’est exclusivement cette transmission spirituelle qui aurait pu légitimement être qualifiée de sémite.

 La force armée et le terrorisme mis en œuvre dés les premières réalisations de ce projet est un fait connu de tout le monde et cependant occulté continuellement par la propagande médiatique de l’activisme sioniste. L’abjection des actions militaires qui ont été perpétré pour la création de l’« État d’Israël », et son maintien au détriment du peuple Palestinien chassé de ses Terres, ne rentrent pas dans notre propos qui est exclusivement de souligner ici l’idéologie mortifère d’une déviation religieuse mêlée à des intentions contre-traditionnelles, c’est-à-dire proprement sataniques. Nous ferons aussi remarquer que les agents militants de ce projet politique « national-sioniste » doivent à Edouard Drumont, sinon l’origine, du moins la popularisation du terme « antisémite » qui gagna les mentalités dans l’hexagone et en Europe durant le XIXe siècle dans l’ignorance la plus complète de ce qu’est la « tradition sémite » (7). Les termes « antisémite » et « antisémitisme » deviendront une arme de propagande, un redoutable outil de terreur psychique, une caricature d’« anathème » forgé au feu du nazisme et de ses conséquences. Il faut reconnaitre que cette origine n’est pas des plus saines. Il n’est pas inutile d’insister au risque de nous répéter que le véritable « sémitisme », dont la spiritualité des israélites, des arabo-musulmans et des chrétiens de la période médiévale (8) ont recueilli l’héritage, demeure étranger aux visées politiques de quelque mouvement dominateur et oppresseur que ce soit (9). Hier comme aujourd’hui, et encore plus actuellement, n’ayant aucun mandat légitime autre que celui de la force brute pour exercer sa volonté de puissance, l’« État hébreux », avec la détermination nationaliste de son idéologie « révisionniste » (10), s’accorde avec des courants déviés du Judaïsme véhiculant des conceptions eschatologiques confuses, aberrantes et dangereuses.

 D’un point de vue  spirituel, ce pouvoir politique, avec ses accès de fièvre criminelle (et de véritable démence comme celle de son gouvernement actuel), s’avère être dans ses actes exactement à l’inverse des déclarations de sa propagande et, aux yeux de toute personne saine d’esprit, il s’affirme comme délibérément anti-spirituel, anti-traditionnel et anti-religieux. Et, bien qu’il le mérite pleinement, nous laisserons à Drumont et aux fabricants de pseudo anathèmes le qualificatif fatal qui, du fait de son usage outrancier et falsificateur, n’a plus aucun sens si tant est qu’il en ait jamais eu un ; la mentalité et les intentions du monde moderne dans son ensemble procèdent entièrement de l’esprit de Cham et Japhet et non de celui représenté Sem, le fils et l’héritier spirituel du prophète Nûh.

Aller dans le détail de qui est impliqué dans ce bref rappel nécessiterait un travail conséquent et inutile puisque Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps de Guénon suffit pour comprendre et suivre dans leur globalité tous les facteurs apparents et cachés de notre destinée soumise à l’obscurantisme des États de l’Occident moderne dont la fonction est de nous conduire vers la fin inéluctable de notre monde. Ce blog a déjà abordé l’ensemble de ces questions et nous ne faisons ici que rappeler les intentions particulières d’un groupe ethnique qui viennent confirmer le désordre et la barbarie dominant progressivement tous les gouvernements actuels.

À la question de savoir, comment tout un peuple a pu sombrer dans une telle ignorance de son origine et de ses principes, aucune réponse n’apparait clairement. Reste le constat de la perméabilité extrême à toutes les idéologies progressistes caractérisant la mentalité des juifs modernisés. A cet égard, ceux qui sont sortis de leur tradition eurent au siècle dernier une influence décisive. Quant à ceux qui ont gardé une attache religieuse, ils ont majoritairement adhéré au nationalisme sans se soucier de ce qui se dissimulait derrière cette solidification dont ils ont pourtant subi jadis le plus épouvantable des méfaits. Il reste les fanatiques sectaires du « messianisme juif » qui, pour leur cause raciste, viennent mêler des éléments formels inhérents au Judaïsme. Ce sont les conceptions de ces derniers, détournées de leur sens spirituel qui de proche en proche tendent à cristalliser chez les sionistes – toutes obédiences confondues – le germe d’une spiritualité à rebours (11), c’est-à-dire une occurrence de la « contre-tradition ». Il est à craindre que l’« inversion messianique » à laquelle nous venons de faire allusion, revendiquée par des courants déviés issus de la Kabale juive (12), prenne de l’ampleur et soit appelée à véhiculer des influences occultes « contre-initiatiques » susceptibles d’entrainer les masses ignorantes sous la domination de l’« empire à rebours » annoncée par la Tradition.

 




NOTES

 

   

(1) Extrait de De la Création à David, vol. 1, Tabarî ; Les prophètes et les rois – 4 volumes – traduit par Hermann Zotenberg, Éd. Sindbad, Paris 1980 – (titre arabe : Târîkh al-Rusûl wa-l-mulûk).

(2) Un culte, un dogme et une morale, sont les caractéristiques qui distinguent les trois religions du Livre des doctrines orientales.

(3) Selon Burckhardt, durant le Moyen-âge, « La fusion de l’héritage cosmologique grec et le monothéisme d’origine sémitique s’est accompli à la faveur d’un échange interactif entre les esprits du monde chrétien, islamique et Juif ». Ces trois religions ont partagé la même « vision du monde » jusqu’à la fin de la période médiévale. On peut parler d’un esprit sémite partagé, esprit qui n’est pas lié à celui d’une race mais qui est celui d’une modalité de pensée et d’expression. Peu savent que les corporations de constructeurs qui élaborèrent l’architecture européenne du moyen-âge donnaient à leur art, en provenance du Proche-Orient, un sens symbolique en relation avec la science des nombres dont l’origine se rapportait aux bâtisseurs du Temple de Salomon. » (Titus Burckhardt, Cosmologia Perennis, Arché Milano 1986).

(4) Herzl, lors du troisième congrès de l’Organisation sioniste (Londres 1890) déclarait : « le problème asiatique devient de jour en jour plus grave et je crains qu’il ne devienne dans quelque temps sanglant. Les pays civilisés ont donc un intérêt d’autant plus grand à voir établir sur la route de l’Asie, une station de culture dont profiterait l’humanité évoluée » (Alain Gresh, Palestine un peuple qui ne veut pas mourir, Éditions Les Liens qui Libèrent, 2024, p. 33). Cette allusion accablante au « péril jaune » qui sera reprise plus tard par Henri Massis se passe de commentaire. Aujourd’hui, l’imposture de cette « avant-garde de la civilisation contre la barbarie », mise en avant par Herzl dans son ouvrage de propagande L’Etat des juifs paru en 1896, éclate au grand jour. 

(5) « J’ai entendu des Juifs dire que, si certains gouvernements soutenaient le Sionisme, c’est parce qu’ils y voyaient surtout un moyen de se débarrasser des Juifs pauvres en les envoyant en Palestine (on dit même qu’il y a des banquiers juifs qui le favoriseraient aussi pour la même raison) ; en tout cas, il est bien sûr que les Sionistes sont tout à fait occidentalisés et antitraditionnels. (…) La vérité est qu’il n’y a pas de place en Palestine pour les immigrants, et que les terres qu’on prétend leur donner sont déjà occupées ; les Musulmans et les Chrétiens sont d’ailleurs entièrement d’accord. » (R. Guénon, correspondance avec Patrice Genty, mars 1948.)

(6) La création du foyer juif en Palestine ne se serait jamais réalisée sans l’appui du Royaume unis dont les intentions anti-traditionnelles ne sont plus un secret.

(7) Gresh rapporte que T. Herzl rencontra le ministre russe de l’intérieur Viatcheslav Plehve (1846-1903), « antisémite déclaré qui ‟couvrit” les pogroms en Russie ; celui-ci a écrit (dans une lettre du 30 juillet 1903) que son pays ne pouvait qu’être favorable à ‟créer un état indépendant en Palestine” et à organiser l’émigration de Russie d’un certain nombre de ses sujets russes”, trop content de s’en débarrasser. Herzl note dans ses carnets : ‟l’antisémitisme […] ne sera pas nuisible pour les juifs, au contraire il aidera à forger leur caractère et leur éducation. […] L’éduction ne peut avoir lieu qu’à travers la souffrance, et les juifs s’adapteront”.» (A. Gresh, op. cit, p.166).

(8) On sait que pour ce qui concerne le Christianisme, la transmission initiatique s’est perdue à l’aube de la Renaissance  corrélativement de l’apparition du Protestantisme et de sa diffusion en Europe.

(9) Certains tentent de manipuler l’opinion publique (de plus en plus ignorante du caractère « orthodoxe » des trois religions du Livre) en affirmant que le sionisme ne peut se concevoir en dehors du Judaïsme et lui serait même substantiellement lié, alors que son fondement ne repose sur des conceptions essentiellement modernes. Cette volonté, raciste sur le fond, vise à justifier sa déviation parodique. Il est regrettable que Yûsuf Hindi semble concevoir le Judaïsme uniquement comme une religion de nature entièrement déviée, ce qui peut rendre confus son rappel historique des divers courants suspects ayant pris naissance récemment, dont il eut fallu préciser qu’ils sont irréguliers et en rupture avec la tradition Juive elle-même. Ce sont évidemment les agents de ces courants qui revendiquent le sionisme comme lié au Judaïsme.

(10) Vladimir Zeev Jabotinsky, à l’origine de ce mouvement idéologique que l’on appelle « révisionniste », est né le 18 octobre 1880 à Odessa, dans le gouvernement de Kherson de l'Empire russe, et mort le 4 août 1940 à Hunter, village de l'État de New York aux États-Unis. Il fut le fondateur de la Légion juive durant la Première Guerre mondiale et un leader de l’aile droite du mouvement sioniste. Ignorant profond de la tradition Juive, ce nationaliste raciste, ne répugnant pas à soutenir les actes terroristes, ne s’est préoccupé que de politique ethnocentrée et conquérante. Sa mentalité moderne et son idéologie, issus du climat dans lequel le matérialisme et les concepts de progrès industriels sont apparus, ne sont pas étrangères à ce qui a présidé à l’élaboration du Marxisme et du racisme National-Socialiste allemand, et, on peut noter que ce dernier courant politique et le sionisme se trahissent dans leur subversion par l’utilisation de symboles traditionnels dont ils ont profané le sens en les utilisant à rebours ; le swastika pour l’un et le « Sceau de Salomon » pour l’autre.

 (11)  «  (…) il est facile de se rendre compte que la constitution de la ‟contre-tradition” et son triomphe apparent et momentané seront proprement le règne de ce que nous avons appelé la ‟spiritualité à rebours”, qui, naturellement, n’est qu’une parodie de la spiritualité, qu’elle imite pour ainsi dire en sens inverse, de sorte qu’elle paraît en être le contraire même ; nous disons seulement qu’elle le paraît, et non pas qu’elle l’est réellement, car, quelles que puissent être ses prétentions, il n’y a ici ni symétrie ni équivalence possible (...). Cette ‟spiritualité à rebours” n’est donc, à vrai dire, qu’une fausse spiritualité, fausse même au degré le plus extrême qui se puisse concevoir ; mais on peut aussi parler de fausse spiritualité dans tous les cas où, par exemple, le psychique est pris pour le spirituel, sans aller forcément jusqu’à cette subversion totale ; c’est pourquoi, pour désigner celle-ci, l’expression de ‟spiritualité à rebours” est en définitive celle qui convient le mieux, à la condition d’expliquer exactement comment il convient de l’entendre. C’est là, en réalité, le ‟renouveau spirituel  dont certains, parfois fort inconscients, annoncent avec insistance le prochain avènement, ou encore l’‟ère nouvelle” dans laquelle on s’efforce par tous les moyens de faire entrer l’humanité actuelle (...) » (Guénon, RQST, ch. XXXIX).

(12) L’auteur des Aperçus sur le « Retournement » a signalé « le caractère parodique » de certains spécialistes universitaires juifs, notamment à propos d’une étude de G. Ruchet (Considérations ésotériques sur les 12 fils de Jacob (Joseph), Paris, 1992) « qui participe à une volonté de ‟renversement” de la Kabbale amorcée par G. Scholem et poursuivie par Moshe Idel (cf. Le Golem, Paris, 1992) sous l’égide de l’Université hébraïque de Jérusalem ; renversement auquel la tradition hébraïque est tout particulièrement prédisposée puisque c’est elle qui a  ‟ordonné” la Chute. » (Yûsuf Bragard, Aperçus sur le « Retournement », p. 63, FTM, pdf.)

 

 

 


Complément des notes

 

Note 4

« Une station de culture dont profiterait l’humanité évoluée »... : l’ancien directeur du Mossad a admis qu’Israël a armé Al-Qaïda et d'autres groupes terroristes au Moyen-Orient. Un fait  délibérément ignoré les médias français. Cette confession est si contradictoire avec l’idée que diffuse les médias occidentaux sur le terrorisme dit « Islamique » que l’opinion générale ne soupçonnera jamais le gouvernement « Israélien » soutenant  ainsi la guerre en Syrie dans le but de chasser Assad du pouvoir et d'y installer son propre pion (comme en Jordanie). La manœuvre était pourtant cohérente relativement à l’ensemble des intentions et des actions politiques des sionistes à travers le monde, en l’occurrence, avoir ici un relai d’influence travaillant dans les l’intérêts de l’Etat d’Israël pour se protéger de l'Iran, de la même manière que la Jordanie l’a protégé des drones et des missiles iraniens, il y a quelques mois.

 Cette guerre en Syrie, ethnocidaire et dévastatrice, a provoqué la première vague d’un million de réfugiés vers l’Europe et dans le monde entier. Les « laissés pour compte » ont commencé à utiliser cette vague de réfugiés pour rejoindre les pays occidentaux. Ceci est une réalité que les Européens qui œuvrent contre les immigrés tout en soutenant le gouvernement actuel de l’Etat sioniste devraient logiquement savoir. Et il n’y a aucun doute que l’État français et les dirigeants des partis politiques savent de quoi il retourne à l’égard de ces faits soigneusement occultés en faisant (ou ne faisant pas) tout ce qu’il faut  pour que leurs électeurs les ignorent le plus complètement. En effet, comme l’a dit Guénon, lorsqu’un politique prend la parole, vous pouvez être certain que la vérité sera reléguée au dernier plan ; les seules paroles de vérité à retenir de leur part étant celles des critiques qu’ils profèrent les uns envers les autres. De ce point vu, il faut bien admettre que les politiciens du sionisme surpassent tous les autres.


Note 5

 « J’ai entendu des Juifs dire que, si certains gouvernements soutenaient le Sionisme, c’est parce qu’ils y voyaient surtout un moyen de se débarrasser des Juifs pauvres en les envoyant en Palestine (on dit même qu’il y a des banquiers juifs qui le favoriseraient aussi pour la même raison) ; en tout cas, il est bien sûr que les Sionistes sont tout à fait occidentalisés et antitraditionnels. – J’ai rencontré le grand mufti de Jérusalem il y a une quinzaine d’années ; c’est certainement un homme très énergique (il a été officier dans l’armée turque et n’est devenu mufti qu’à cause de la mort de son frère aîné qui l’était avant lui), mais il ne donne pas du tout une impression de “fanatisme”. Je me souviens que l’illustre Dardaud a fait paraître aussi quelques articles contre lui dans l’“Intransigeant”, à peu près à la même époque que celui qui me visait… La vérité est qu’il n’y a pas de place en Palestine pour les immigrants, et que les terres qu’on prétend leur donner sont déjà occupées ; les Musulmans et les Chrétiens sont d’ailleurs entièrement d’accord. » (Correspondance avec Patrice Genty, mars 1948.)

 

Note 10

 « (…) nous voulons parler de l’utilisation, que nous avons déjà signalée, d’éléments authentiquement traditionnels dans leur origine, mais détournés de leur véritable sens et mis ainsi en quelque sorte au service de l’erreur ; ce détournement n’est, en somme, qu’un acheminement vers le retournement complet qui doit caractériser la “contre-tradition” (et dont nous avons vu, d’ailleurs, un exemple significatif dans le cas du renversement intentionnel des symboles) ; mais alors il ne s’agira plus seulement de quelques éléments fragmentaires et dispersés, puisqu’il faudra donner l’illusion de quelque chose de comparable, et même d’équivalent selon l’intention de ses auteurs, à ce qui constitue l’intégralité d’une tradition véritable, y compris ses applications extérieures dans tous les domaines. On peut remarquer à ce propos que la « contre-initiation”, tout en inventant et en propageant, pour en arriver à ses fins, toutes les idées modernes qui représentent seulement l’‟antitradition”  négative, est parfaitement consciente de la fausseté de ces idées, car il est évident qu’elle ne sait que trop bien à quoi s’en tenir là-dessus ; mais cela même indique qu’il ne peut s’agir là, dans son intention, que d’une phase transitoire et préliminaire, car une telle entreprise de mensonge conscient ne peut pas être, en elle-même, le véritable et unique but qu’elle se propose ; tout cela n’est destiné qu’à préparer la venue ultérieure d’autre chose qui semble constituer un résultat plus “positif”, et qui est précisément la “contre-tradition”. C’est pourquoi on voit déjà s’esquisser notamment, dans des productions diverses dont l’origine ou l’inspiration “contre-initiatique” n’est pas douteuse, l’idée d’une organisation qui serait comme la contrepartie, mais aussi par là même la contrefaçon, d’une conception traditionnelle telle que celle du “Saint-Empire, organisation qui doit être l’expression de la “contre-tradition” dans l’ordre social ; et c’est aussi pourquoi l’Antéchrist doit apparaître comme ce que nous pouvons appeler, suivant le langage de la tradition hindoue, un Chakravartî à rebours (*).

(*) : Sur le Chakravartî ou “monarque universel », voir L’Ésotérisme de Dante, ch. VII, note 14, et Le Roi du Monde, ch. II, § 6. — Le Chakravartî est littéralement ‟celui qui fait tourner la roue”, ce qui implique qu’il est placé au centre même de toutes choses, tandis que l’Antéchrist est au contraire l’être qui sera le plus éloigné de ce centre ; il prétendra cependant aussi ‟faire tourner la roue”, mais en sens inverse du mouvement cyclique normal (ce que “préfigure d’ailleurs inconsciemment l’idée moderne du “progrès” ), alors que, en réalité, tout changement dans la rotation est impossible avant le ‟renversement des pôles”, c’est-à-dire avant le “redressement” qui ne peut être opéré que par l’intervention du dixième Avatâra ; mais justement, s’il est désigné comme l’Antéchrist, c’est parce qu’il parodiera à sa façon le rôle même de cet Avatâra final, qui est représenté comme le “second avènement du Christ” dans la tradition chrétienne. » (Guénon, op. cit.)

 


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