LES POITRINES DES HOMMES LIBRES SONT LES TOMBEAUX DES SECRETS صدور الأحرار قبور الأسرار

vendredi 24 février 2017

Les Mystères de l’Athanor par Y. B.







 











Le texte suivant est le seul article (communiqué par Y.B. en juillet 2002) dont nous ne possédons qu’un extrait – considéré  par ce dernier comme étant à l’état de « brouillon ». Il existe encore une autre étude inédite (La figure de l’Archéomètre) que nous mettrons en ligne ultérieurement pour compléter les messages consacrés à cet auteur disparu en 2015. (Voir ci-dessous : L'Alchimie humaine et les quatre éléments, 25/01/216 et Métaphysique et Sciences traditionnelles, 06/02/2016.)    














Les Mystères de l’Athanor.






(…)

Un autre symbole marqué par la prédominance d’un élément féminin est celui du « cycle de la Vierge » (al-‘adhrâ’). Son symbolisme zodiacal se rapporte à l’équinoxe d’automne et à l’ouest ; c'est-à-dire à une orientation où l’axe solsticial est secondaire par rapport à l’axe équinoxial dont la prédominance fait référence à « la position du centre atlantéen ». (Formes traditionnel et cycles cosmique, éd. Gallimard 70, p. 47.)

Selon l’enseignement d’Ibn ‘Arabî,

« Après avoir existencié les mondes subtil et grossier, disposé le Royaume et préparé le Degré suprême, (Allâh) fit descendre, au début du cycle de la Vierge, le Calife (1). C’est pourquoi Il assigna - qu’il soit glorifié ! – (à ce cycle) dans ce bas monde une durée de 7000 ans à la fin de laquelle Il nous enveloppera dans un état d’extinction, entre sommeil  et assoupissement (2) ; nous serons transportés ainsi dans le monde intermédiaire [barzakh] qui réunit toutes les formes traditionnelles particulières (ṭarâ’iq) et où les réalités “subtiles” domineront les autres. » (C. A. Gilis ; Les sept étendards du Califat, p. 172)



Les mondes subtils et grossiers, ainsi que le Royaume se rapportent aussi au symbolisme des « trois mondes » dont le Khalifât, c’est-à-dire le « vicaire » ou le « substitut », pour reprendre les expressions de Guénon (Symboles de la Science Sacrée, chap. XLV), est le Maître par excellence. Il tire son inspiration de la même source que celle des Envoyés parce qu’il réunit les deux pouvoirs royal et sacerdotal dont l’« union » n’a rien d’ « inactuelle » comme le suggère l’auteur (p. 17) qui avait déclaré par ailleurs que l’exercice des deux pouvoirs relevant du Centre suprême avait pris fin avec l’Islam (Le Coran et la fonction d’Hermès, p. 20).

En outre, M. Gilis prétend que les « Cieux » représentent les modalités subtiles et corporelles de l’être (C.F.H., p. 15 et S.E.C., p. 308), et, la sphère du Soleil, l’« Escabeau » et la « Maison visitée », le centre de l’état humain (Marie en Islam, p. 63, 68, 69), bien qu’il s’agisse de degrés de réalité différents, en rejetant l’application macrocosmique des sphères planétaires sous prétexte, semble-t-il, que les « Cieux » font « partie de ce bas-monde et disparaîtront avec lui » (Les sept étendards du Califat, p.171), alors que, en réalité, cette notion de « bas-monde (dunyâ) peut très bien représenter la manifestation toute entière. Du reste, conformément au verset coranique : « Nous avons présenté le dépôt de confiance aux Cieux, à la Terre et aux montagnes… », ce sont bien les Montagnes et non pas les Cieux qui symbolisent le « monde intermédiaire » ; et la répartition ainsi évoquée est comparable à celle que l’on retrouve dans L’Ésotérisme de Dante :

« (…) les Cieux sont bien réellement les états supérieurs, et non pas seulement leur reflet dans l’état humain, dont les prolongements les plus élevés ne constituent que la région intermédiaire ou le Purgatoire, la montagne au sommet de laquelle Dante place le Paradis terrestre » (Ch. VI) ; « Qui est encore effectivement une partie du “cosmos”, mais dont la répartition est pourtant virtuellement “supra-cosmique”. » (Symboles de la Science Sacrée, ch. LIII.)



Et, c’est probablement une des raisons pour laquelle le Coran dit très précisément que le Khâlifa est établi dans la terre (fî-l-ard), sa fonction s’identifiant, en quelque sorte, à cette montagne du Purgatoire entre le Ciel et la Terre, comme le Wang de la tradition extrême-orientale ; ou plus exactement encore, à la « caverne » qui est dans la « montagne », puisque tel est bien la situation du Pouvoir suprême depuis l’ « âge de fer » et non pas depuis « le califat de Dawûd » (p. 218) qui, au contraire, est caractérisé par sa ré-extériorisation, comme nous l’avons vu précédemment, à propos de la relative « autonomie » de L’Empereur. En effet, l’Agarttha

« est devenu souterrain “il ya plus de six mille ans” et il se trouve que cette date correspond avec approximation très suffisante, au début du Kali-Yuga ou “âge noir” » (Le Roi du Monde, p. 67).

En fait, on pourrait dire que le Khâlifa est terrestre avec Adam, « intermédiaire » avec Dawûd et « céleste » avec Muhammad, bien que la « Station Louangée » (maqâm mahmûd), mentionnée dans le texte par le terme barzakh, peut-être assimilée à la Jérusalem céleste qui deviendra le Paradis terrestre du prochain Manvantara. Mais il faut bien reconnaître que M. Gilis n’est pas en reste avec L’Ésotérisme de Dante, et qu’il envisage le caractère intermédiaire du symbolisme de la montagne en se référant à La divine comédie : « les Cieux planétaires se répartissent alors sur l’axe qui relie la base de la montagne à son sommet, où il correspond, du point de vue initiatique, à différentes “phases” des Petits Mystères » (p. 173). En fait,

« il faut dire (…) que cette identification avec l’axe, si elle est regardée comme pleinement effective, appartient plus proprement à l’“ homme transcendant”, tandis que l’“homme véritable” ne s’identifie effectivement qu’à un point de l’axe, qui est le centre de son état, et virtuellement par là, à l’axe lui-même ». (La Grande Triade, ch. XIV)

Cette nuance est importante pour comprendre le « voyage céleste » du prophète Mohammad, car on peut dire que le « point » est à la ville de la Mecque, symbole du centre de l’état humain, ce que l’« axe » est à la ville de Jérusalem, symbole du Centre du Monde ; la « Maison visitée », al-bayt al-ma‘mûr, étant également en correspondance avec ce dernier mais sous un autre rapport.

Dans ses Études complémentaires sur le Califat, M. Gilis écrit : « Commentant le premier verset de la sourate du Voyage Nocturne : “Gloire à Celui qui a fait le Voyage Nocturne avec son serviteur, de nuit, depuis la Mosquée sacrée jusqu’à la mosquée Eloignée…” (Cor. 17,1) [c’est-à-dire de la Mecque à Jérusalem], Michel Vâlsan écrivait : “ il est permis de considérer ce voyage initiatique, dans son aspect fonctionnel… comme étant le voyage du Pôle de l’Islâm vers le Pôle suprême de la Tradition primordiale et de toutes les traditions particulières, dont il reçoit par délégation son pouvoir” » (p. 106, note 15). Mais nous ne voyons pas le rapport entre Jérusalem et des traditions comme le Bouddhisme tibétain, l’Hindouisme ou le Taoïsme.

En fait, la ville de Jérusalem peut-être considérée comme le « pôle terrestre » pour le Catholicisme et l’Islam :

« Le centre de l’état humain peut donc être représenté comme le pôle terrestre, et celui de l’Univers total comme le pôle céleste ; et l’on peut dire que le premier est ainsi le “lieu” de l’“homme véritable”, et le second celui de l’“homme transcendant”. En outre, le pôle terrestre est comme le reflet du pôle céleste, puisque, en tant qu’il est identifié au centre, il est le point où se manifeste directement l’“Activité du Ciel” ; et ces deux pôles sont joints l’un à l’autre par l’“Axe du Monde”, suivant la direction duquel s’exerce cette “Activité du Ciel”. C’est pourquoi des symboles stellaires, qui appartiennent proprement au pôle céleste, peuvent être rapportés aussi au pôle terrestre, où ils se réfléchissent, si l’on peut s’exprimer ainsi, par “projection” dans le domaine correspondant. Dès lors, sauf dans les cas où ces deux pôles sont expressément marqués par des symboles distincts, il n’y a pas lieu de les différencier, le même symbolisme ayant ainsi son application à deux degrés différents d’universalité ; et ceci, qui exprime l’identité virtuelle du centre de l’état humain avec celui de l’être total, correspond aussi, en même temps, à ce que nous disions plus haut, que, du point de vue humain, l’“homme véritable” ne peut être distingué de la “trace” de l’“homme transcendant”. » (La Grande Triade., ch. XXV)



Dans L’eschatologie musulmane dans la Divine Comédie, M. A. Palacios écrit : « Ibn Arabî suppose deux voyageurs distincts (3), le philosophe et le théologien… tandis que Dante en suppose un seul, guidé successivement par deux mentors, Virgile et Béatrice, qui symbolisent respectivement la philosophie et la théologie (4). Il y a une autre différence à noter : Virgile, ou la philosophie, ne guide pas Dante dans son ascension aux cieux astronomiques, auxquels monte, cependant, le philosophe de l’allégorie musulmane ; mais cela vient que dans le système cosmologique d’Ibn Arabî, les sphères des astres qui appartiennent au monde physique ou corporel, ne transcendent pas les forces naturelles de la spéculation philosophique » (p. 90). Mais cela n’explique pas la raison pour laquelle celui qui suit la tradition prophétique, c’est-à-dire le Saint qui se conforme à la Science sacrée, rencontre les prophètes dans les différentes « sphères des astres » qui livrent seulement leur « génie » au philosophe, si ce n’est que le premier suit la voie des « Grands mystère » et le second, celle des « Petits mystères » ; en d’autres termes, que Dante envisage les deux voies en succession, et Ibn Arabî en simultanéité. Ces « deux voies du monde manifestée » sont fondamentales dans l’œuvre de ce dernier (cf. M. Chodkiewicz, Le sceau des saints, ch. X ; Les Illuminations de la Mecque, pp. 228 à 231, 544 et 578) ; et seule la référence à l’œuvre de Guénon permet de rendre leurs caractéristiques intelligible.



Dans sa Clé spirituelle de l’Astrologie Musulmane, T. Burckhardt prétend lui aussi que « le monde intermédiaire comprend les sept cieux planétaires » (p. 40). Mais toute la difficulté ne réside-t-elle pas dans l’extraordinaire importance accordée par Ibn Arabî à ce barzakh ? Il affirme aussi que « le ciel sans étoile (falak al-atlas) est aussi le ciel des douze tours (burûj) ou “signes” du zodiaque ; ceux-ci ne sont donc pas identiques aux douze constellations zodiacales contenues dans le ciel des étoiles fixes (falak al-kawâkib ou falak al-manâzil) mais représentent des “déterminations virtuelles” (maqâdir) de l’espace céleste et ne se différencient que par rapport aux “stations” ou “mansions” (manâzil) planétaires projetée sur le ciel des étoiles fixes (p. 15-16). Or, les signes du zodiaque qui enveloppe sa représentation symbolique du cosmos akbarien (p.23-24) – dans lequel l’axe équinoxial apparaît plus fondamental que l’axe solsticial pour déterminer les courants « ascendant » et « descendant » de la force cosmique (p.46-47) – ont également une correspondance symbolique avec les sept planètes qui pourraient être considérées comme les « déterminations virtuelles » des sept degrés qui leurs correspondent dans la hiérarchie symbolique des 28 lettres de l’alphabet arabe qui représentent les degrés de l’existence.

Arrivé au ciel de Saturne, le « philosophe » doit redescendre et se conformer à la « Révélation », c’est-à-dire recevoir l’initiation sacerdotale ou le « mandat céleste » qui en procède et qui correspond à sa nature. Cette redescente n’est rien d’autre que la « descente aux enfers » qui se produit lorsque le centre subtil correspondant au cœur, symbole microcosmique de la « maison visitée » (al-bayt al-ma‘mûr), commence à se régénérer. La remontée qui suit cette « descente » s’opère par un changement qualitatif de la direction parcourue qui doit marquer le « terme » des « Petits mystères ». Ce « terme » correspond précisément à l’« Escabeau » (al-kursî) dans la sphère des étoiles fixes (falak al-kawâkib) qui est l’endroit ou Dieu pose Ses « pieds » quant Il est assis sur le trône (al-‘arsh) dans la sphère sans étoiles (falak al-atlas) qui correspond aux « Grand mystères » ; et il faut préciser que dans cette représentation à neuf degrés, les sept planètes et les deux cieux, ce n’est plus la sphère du Soleil, mais celle de Mars qui apparait la plus centrale. Ors, si celui qui suivait la tradition sapientale se conforme désormais à la tradition prophétique, il ne fait aucun doute qu’il ne verra plus les degrés parcourus de la même façon que précédemment, puisqu’il y sera accueilli par les différents prophètes.

Ceci étant dit, se référant à l’ouvrage précité d’Asin Palacios, à propos de l’Enfer islamique, M. Vâlsan écrivait : « René Guénon dit, dans l’Ésotérisme de Dante, ch. V, que l’Isrâ’[correspondant à la réintégration initiatique horizontale] est une descente aux régions infernales ; de fait, d’après les textes des hadîths qui en parlent, ce voyage correspond par certains de ses épisodes aux thèmes initiatiques de l’Enfer de Dante, mais son trajet ne comporte pas dans lesdits textes une descente proprement dite vers l’intérieur de la Terre avec une sortie du côté opposé. » (L’Islam et la fonction de René Guénon, p.58, note 9) (5). Seulement, au chapitre VI du même ouvrage (p. 46, c’est nous qui soulignons en italique), Guénon précise :

« Il faut bien remarquer, d’ailleurs, qu’il ne peut être question pour l’être de retourner effectivement à des états par lesquels il est déjà passé ; il ne peut explorer ces états qu’indirectement, en prenant conscience des traces qu’ils ont laissés dans les régions les plus obscures de l’état humain lui-même ; et c’est pourquoi les Enfers sont représentés symboliquement comme situés à l’intérieur de la Terre » (…).



Y. B.







Notes

(Inserties entre parenthèse dans le corps du texte, nous les avons rejetées en notes.) 





(1) C’est-à-dire Adam.

(2) Caractéristique de l’état de contemplation.

(3) Cf. le chapitre 167 des Futûhât traduit par S. Ruspoli sous le titre L’Alchimie du Bonheur parfait.

(4) Virgile représentant le pouvoir temporel et Béatrice, le pouvoir spirituel ; c’est-à-dire, plus exactement : la tradition sapientale et la tradition prophétique.

(5) Signalons tout de même que si fonction il y a, celle de Guénon ne peut en aucun cas être subordonnée à une tradition formelle.










*    *

*















À propos du dernier point de cet extrait, Y. B. a mentionné dans la note 128 de ses APERÇUS SUR LE « RETOURNEMENT »*:



(…)

Ailleurs, Guénon donne encore les précisions suivantes :

  « (…) si l’on part d’un point quelconque de la surface d’une sphère, le bas y est toujours la direction allant vers le centre de cette sphère ; mais on a remarqué que cette direction ne s’arrête pas au centre, qu’elle se continue de là vers le point opposé de la surface, puis au-delà de la sphère elle-même, et on a cru pouvoir dire que la descente devait se poursuivre de même, d’où on a voulu conclure qu’il n’y avait pas seulement une “descente vers la matière” , c'est-à-dire en ce qui concerne notre monde,  vers ce qu’il y avait de plus grossier dans l’ordre corporel, mais aussi une “descente vers l’esprit”, si bien que, s’il fallait admettre une telle conception, l’esprit aurait lui-même un aspect “maléfique”. En réalité, les choses doivent être envisagées d’une tout autre façon : c’est le centre qui, dans une telle figuration, est le point le plus bas, et, au-delà de l’Enfer en continuant à suivre la même direction suivant laquelle se descente s’était effectuée tout d’abord, ou du moins ce qui parait géométriquement être la même direction, puisque la montagne du Paradis terrestre est situé, dans son symbolisme spatial, aux antipodes de Jérusalem.

 (Notes de l’auteur : Voir L’Ésotérisme de Dante, chap. VIII ; Nous faisons cette réserve parce que le passage même par le centre ou le point le plus bas implique en réalité un “redressement” (représenté chez Dante par la façon dont il contourne le corps de Lucifer), c’est-à-dire un changement de direction, ou, plus précisément encore, un changement de direction du sens “qualitatif” dans laquelle cette direction est parcourue.)

Du reste, il suffit de réfléchir un instant pour se rendre compte qu’autrement la représentation ne saurait être cohérente, car elle ne s’accorderait nullement avec le symbolisme de la pesanteur, dont la considération est particulièrement importante ici (…) » ; «  Lucifer symbolise l’“attrait inverse” de la nature, c’est-à-dire la tendance à l’individualisation, avec toutes les limitations qui lui sont inhérentes ; son séjour est (…) le centre de ces forces attractives et compressives qui, dans le monde terrestre, sont représentées par la pesanteur ; et celle-ci, qui attire les corps vers le bas (lequel est en tout lieu le centre de la terre), est véritablement une manifestation de tamas (...) tandis que dans cette application, sattwa représente “les forces d’expansion et de dilatation” » (cf. L’Ésotérisme de Dante, chapitre VIII, p.71) ; « (…) Ce qui est vrai seulement, c’est que le point d’arrêt de la descente ne se situe pas dans l’ordre corporel, car il y a très réellement de l’“infra-corporel” dans les prolongements de notre monde ; mais cet “infra-corporel”, c’est le domaine psychique inférieur, qui non seulement ne saurait être assimilé à quoi que ce soit de spirituel mais qui est même précisément ce qu’il y a de plus éloigné de toute spiritualité (…) ». (Symboles de la Science Sacrée, ch. LXI, p. 348)



En ce qui concerne Dante, plutôt que de s’interroger sur les influences extérieures dont il pu bénéficier, il serait peut-être plus opportun de se pencher sur la « communication directe » (L’Ésotérisme de Dante, chapitre V, p. 44) et se demander pourquoi il a une « vision » analogue à celle d’Ibn Arabî, car il est bien évident que les relations entre les initiés du Temple et les initiés musulmans étaient subordonnées à cette « même influence spirituelle » suprême qui présida au « testament du moyen-âge » (…).



Y. B.





* Cette note 128 prolonge des considérations sur l’orientation du corps de d’Hiram dans la « chambre du Milieu » de la loge maçonnique. Nous mettrons en ligne des extraits de ce long texte, lorsqu’à l’occasion, se présenteront des aspects doctrinaux que Y. B. n’a pas repris dans ses articles (publiés ici et sur le blog « Œuvre de René Guénon »). 












mardi 27 décembre 2016

AL-BÎRÛNÎ : LIVRE DE LA COMPREHENSION DES BASES DE L’ART ASTROLOGIQUE









AL-BÎRÛNÎ



Le ’ilm al-nujûm, littéralement « la Science des étoiles », provient de la tradition sémite Chaldéenne dont la cosmologie intégrait le mouvement des corps célestes à l’activité des divinités. Ainsi, le dieu Shamash dont la racine du terme se retrouve dans la langue araméenne et arabe, désignait aussi l’astre solaire*.
C’est avec les savants grecs qu’apparaîtra le système de la Domification, c'est-à-dire la répartition en 12 secteurs, appelées Maisons, qui se définit par le calcul du mouvement de la sphère céleste, durant un cycle complet de 24 heures, coordonné à l’espace symbolique de l’Horizon et du Méridien.
Durant les conquêtes d’Alexandre, la « Science des étoiles » arrive en Égypte. Les pythagoriciens la transmirent plus tard jusqu’à ce qu’elle se synthétise après Ptolémée dans le Corpus Hermétique pour s’intégrer enfin durant la période médiévale à l’ésotérisme Juif, islamique et chrétien.

Abû Rayhân al-Bîrûnî nait en Perse en 362 de l’hégire (973 A. D.) durant le règne des Califes Abbassides qui favorisèrent une grande activité chez les lettrés et les savants ; l’Almageste de Claude Ptolémée reçoit sa version arabe sous le règne du Calife Harûn al-Rashîd.
Dans les extraits du traité que nous présentons ici, al-Bîrûnî a recueilli une bonne part des connaissances Babyloniennes, mais les apports de la science grecque y sont plus importants que ceux des autres traditions. D’une façon générale, on peut considérer que l’astrologie arabo-musulmane s’est constituée à partir des sources babyloniennes, alexandrines, persanes, gréco-byzantines et hindoues. C’est ainsi que, par la translatio studiorum, le christianisme latin en reçu l’héritage**.

René Guénon a restitué les principes essentiels de son symbolisme dans plusieurs articles (repris dans les recueils posthumes), ce qui nous permet aujourd’hui, en approfondissant ses principales applications, de mieux comprendre la portée ésotériques de l’œuvre de Dante ou d’Ibn ‘Arabî, pour ne citer que ces deux grands maîtres.

* Dans l’astrologie musulmane, les Noms divins et les « Sagesses prophétiques » sont l’équivalent cosmologique et métaphysique de ces divinités ; Voir les messages « Aperçus sur les Fuçûs al-hikam » (libellé « Ibn ‘Arabî »).
** La philosophie médiévale, Alain de Libera ; Puf 93.




*   *   *









LIVRE DE LA COMPREHENSION DES BASES
DE L’ART ASTROLOGIQUE
Kitab al-tafhîm li awwâil sinâ‘h al-tanjîm
Extraits de la section astrologique
(à partir du fasl 347, II vol.)

Abû al-Rîhân Mohammad bin Ahmed al-Bîrûnî












347 Tabâyi‘ al-burûj kaîfa hiyâ
Les natures des Signes

Nous allons d’abord traiter de la relation des Signes entre eux avec les caractéristiques des quatre éléments, séparément et dans leurs combinaisons.
Si nous transcrivons l’ensemble des Signes sur deux rangées de telle sorte que le premier et le second se situent l’un en dessous de l’autre, et ainsi de suite deux à deux jusqu’au douzième, nous aurons dans la rangée supérieure tous les Signes chauds et dans la rangée inférieure, tous les Signes froids ; nous constatons alors que ces [six] ensembles pairs sont alternativement secs et humides



Sec
Humide
Sec
Humide
Sec
Humide
Chaud
Bélier
Gémeaux
Lion
Balance
Sagittaire
Verseaux
Froid
Taureau
Cancer
Vierge
Scorpion
Capricorne
Poissons


Il sera possible, par conséquent, de connaître les qualités actives d’un Signe selon qu’il est chaud ou froid et les qualités passives selon qu’il est sec ou humide. Cela nous révèle à quel élément particulier du monde et à quelle humeur particulière du corps sont reliés chaque Signe.
Les Signes chauds et secs relèvent de l’élément Feu et indiquent le tempérament bilieux ; les Signes froids et secs, de l’élément Terre et le tempérament nerveux ; les Signes chauds et humides, de l’élément Air et le tempérament sanguin et les signes froids et humides, de l’élément Eau et le tempérament lymphatique.
Les hindous considèrent comme humide les Poissons, la seconde partie du Capricorne et la première partie du Verseau, pour des raisons auxquelles nous avons fait allusion antérieurement en décrivant leurs significations, à savoir que la partie finale du Capricorne est à l’égal du Poisson ainsi que celle du Verseau (qui lui est conjointe). De même, ils ne comptent pas le Scorpion comme un signe d’Eau mais comme un Signe d’Air tandis que le Cancer est tenu dans une situation intermédiaire, Eau ou Air, selon les circonstances.


348 Famâ al-dhakar minhâ wa al-unthâ jamî‘ al-burûj.
Masculin et féminin

Tous les Signes chauds sont masculins et tous les Signes froids, féminins. Les planètes sont puissantes dans les Signes de même nature et de même genre qu’elles ; mais comme elles participent de la nature du Signe dans lequel elles se situent, une planète masculine va tendre à devenir féminine dans un signe féminin. Les hindous disent que tous les Signes impairs, c'est-à-dire les Signes masculins, sont malchanceux et les Signes féminins, bénéfiques.


349 Famâ al-nahârî minhâ wa mâ al-laylî
Diurne et nocturne

Il y accord général pour dire que tous les signes masculins sont diurnes et les féminins nocturnes. Les planètes diurnes sont puissantes dans les Signes diurnes et les nocturnes, dans les Signes nocturnes. Dans le Bizidhaj grec, il est établi que le Bélier, le Capricorne, le Lion et le Sagittaire sont des Signes diurnes et que leurs nadirs, c’est-à-dire la Balance, le Cancer, le Verseau et les Gémeaux sont nocturnes, tandis que le reste des Signes participent à la fois du jour et de la nuit. Les hindous croient que le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Sagittaire et le Capricorne sont puissants la nuit et les six autres durant le jour.


350 Famâ al-maqtu‘ah al-a‘dâ.
Les « mutilés »

Le Bélier, le Taureau, le Lion et les Poissons sont dits mutilés, les trois premiers parce que leurs pieds sont hors de leurs sabots ou de leurs griffes (pour le lion). Le Taureau, de plus, est un bœuf pour moitié, à partir du nombril, tandis que les Poissons sont dénués de membre.


351 Famâ al-mutasibah wa ghayr al mutasibah.
Dressés et autrement

Dans les kutûb, le Bélier, la Balance et le Sagittaire sont décris comme des Constellations dressées. Les autres ne sont pas définis de la sorte, mais les hindous disent malgré tout que le Bélier, le Taureau, le Cancer, le Sagittaire et le capricorne sont endormis et ils les représentent couchés, tandis que le Lion, la vierge, la Balance le Scorpion et le Verseau sont représentés dressés. Les Gémeaux et les Poissons reposent étendus sur le côté. Leur intention [à l’égard de ces représentations] m’est inconnue ; la position des figures dans les Constellations est de peu d’importance (et ils n’émettent aucun argument pour affirmer le contraire).


352 Famâ al-insiyyah wa ghayrhâ.
Les humains et les autres

Les Signes suivants sont représentés par un aspect humain : Gémeaux, Vierge, Balance, la moitié du Sagittaire et le Verseaux comme pour les figures décrites ci-dessus, à l’exception de la Balance. Lorsque celle-ci est représentée par l’acte de peser, un être humain ou un oiseau tient la balance ou bien celle-ci est simplement tenue par une main. Les figures à quatre pieds sont le Bélier, le Taureau et le Lion ; on y inclut les pattes arrière du Sagittaire et quelquefois la moitié de la tête du Capricorne. Il en va de même pour le Bélier et le Taureau qui ont des sabots fendus ; le Lion, des griffes et le Sagittaire des sabots. Par ailleurs, les gens du peuple, dès leur enfance, entretiennent certaines idées à l’égard des Signes tel que le lion, le Scorpion, le sagittaire et le Capricorne qui leur évoquent la bête de proie ; les Gémeaux, la Vierge, le Poisson et la dernière partie du Capricorne, l’idée d’oiseau ; le Cancer, le Sagittaire, le Scorpion, le Capricorne, de reptile ; le Cancer, le Scorpion et les Poissons, d’animaux aquatiques.
Les hindous entretiennent une surabondance d’interprétations de ce genre. Ils disent que les Signes humains dont les Gémeaux, la Vierge, la Balance, la première partie du Sagittaire et la partie postérieure du Verseaux, lesquelles sont décrites comme bipèdes, tandis que les quadrupèdes sont le Bélier, le Lion, la partie postérieure du sagittaire et la première partie du Capricorne. Leur référence s’établit selon l’élément Eau ou l’élément Air des Signes.


353 Famâ al-musawwitah minhâ wa ghayr al-musawwitah.
Avec voix et sans voix

Les Gémeaux, la Vierge et la Balance ont la vois haute, les gémeaux sont doués de la parole ; le Bélier, le taureau et le Lion parlent à demie-voix tandis que le Cancer, le Scorpion et les Poissons restent sans voix. La connaissance de ces Signes en relation avec voix et paroles est nécessaire si l’on veut être renseigné à leur égard sur l’aspect bénéfique ou maléfique de certaines significations ambigües.


354 Famâ al-walûd minhâ-l-‘aqîm wa ghayrhum
Féconds et stériles ; indication des Signes concernant la famille.

Les Signes d’Eau : Cancer, Scorpion, Poissons et la seconde partie du Capricorne sont favorables aux grandes familles ; le Bélier, taureau, Balance, Sagittaire et Verseau, aux petites familles ; la première partie du Taureau, le Lion, la Vierge et la première partie du Capricorne, indiquent la stérilité. La naissance de jumeaux revient aux gémeaux, également favorisée par la Vierge, le Sagittaire et les Poissons, quelquefois par le Bélier, la Balance et la dernière partie du Capricorne. La première partie du Capricorne et du Scorpion l’hermaphrodisme. En résumé, nous avons dit que le Bélier et la Balance participent des deux natures de même que le Capricorne et le Sagittaire. La Vierge est nommée la maîtresse des trois formes et les Gémeaux, de multiples possibilités car il n’indique pas seulement les jumeaux mais trois et plusieurs enfants.


355 Famâ hâlhâ fî al-nikah
Au sujet du mariage.

Pour ce qui concerne le mariage, le Bélier, Taureau, Lion, Capricorne y sont extrêmement favorables, la même chose pour la Balance et le Sagittaire. Le Taureau, Lion, Scorpion, et Verseaux dénotent soit la réserve ou encore l’abstinence à l’égard des femmes ; le Bélier, Cancer, Balance et Capricorne, la corruption et la mauvaise conduite, tandis que les Gémeaux, Vierge, Sagittaire et les Poissons sont, à cet égard, entre les deux. De ces quatre, la Vierge est le [Signe] le plus vertueux.


356 Famâ al-burûj al-muzlimah dhawât al-hamm
Les Signes sombres et maléfiques.

Les Lion, Scorpion et Capricorne sont sombres et apportent des ennuis et on peut soupçonner également des soucis dans la Vierge et la Balance.


357 Famâ dalâlathâ ‘alâ jihâtal-’âlam
Relation avec les Directions.

Le Bélier indique le plein Est ; le Lion, la première Direction à droite vers le Nord et le Sagittaire, la première Direction à gauche vers le Sud, et ainsi de la même manière avec les autres Triplicités. Par conséquent, le Taureau indique le plein Sud ; la Vierge, la première Direction à droite vers l’Est et le Capricorne, la première Direction à gauche vers l’Ouest. Les Gémeaux indiquent le plein Ouest ; la Balance, la première Direction à droite vers le Sud et le Verseaux, la première Direction à gauche vers le Nord. Le Cancer indique le plein Nord ; le Scorpion, la première Direction à droite vers l’ouest et les Poissons, la première Direction à gauche vers l’est. [voir figure 1]


 Figure 1


358 Famâ dalâlathâ ‘alâ al-riyâh
Relation avec les vents

Selon que le vent provient d’une Direction particulière, un Signe lui est associé [conformément à sa Direction] ; le vent d’Est, avec le Bélier ; d’Ouest, avec les Gémeaux ; du Sud, avec le Taureau et du Nord, avec le Cancer ; de même avec les Directions intermédiaires : le vent du Sud-est, avec la Vierge ou le Sagittaire, selon qu’il se situe près du Sud ou de l’Est [etc.].



(À suivre)



*     *
*






Notes additives




A propos d’un ouvrage douteux sur l’astrologie, Guénon écrivait :

« (…) Il faut reconnaître d’ailleurs que, dans le cas de l’astrologie, l’état assez lamentable dans lequel elle est parvenue jusqu’à nous explique bien des confusions et des méprises sur son caractère ; ainsi, l’auteur* s’imagine que les “règles traditionnelles” qu’on observe ont été établies empiriquement ; la vérité est tout autre, mais on ne peut en effet s’y tromper, étant donnée la façon peu cohérente dont ces règles sont présentées, et cela parce que, en fait, ce que les astrologues appellent leur “tradition”, ne sont tout simplement que des débris recueillis tant bien que mal à une époque où la tradition véritable était déjà perdue pour la plus grande partie. Quant à l’ “astrologie scientifique” des modernes, qui, elle, n’est bien qu’une science empirique, elle n’a plus guère de l’astrologie que le nom ; et la confusion des points de vue conduit parfois à de singuliers résultats, dont nous avons ici un exemple assez frappant : l’auteur voudrait constituer une astrologie “héliocentrique”, qui serait en accord avec les conceptions astronomiques actuelles ; il oublie seulement en cela que l’astrologie, envisageant exclusivement les influences cosmiques dans leurs spécifications par rapport à la terre, doit, par là même, être nécessairement “géocentrique” ! »

* Il s’agit de Paul Serres (L’Homme et les Energies astrales - de l’astrophysique à l’astrologie - Éd. Adyar, Paris 1938). Cf. ARTICLES ET COMPTES RENDUS Tome I, Le Voile d’Isis / Etudes traditionnelles 1925 – 1950 ; Éd. Traditionnelles 2002 (p. 159).



*     *
*











Archives du blog