EXTRAITS
DOCTRINAUX
DE
LA
CORRESPONDANCE GUÉNON / GENTY
(aout 1932 - avril 1938)
Le Caire, 12 août 1932.
Vos questions au
sujet de l’Islam demanderaient de bien longues explications ; mais, en ce qui
concerne le retour du Christ (qui d’ailleurs, en arabe, est appelé couramment El-Messiha), je m’étonne que vous n’en
ayez rien su, car c’est là un point très connu et qui est tout à fait du
domaine exotérique. Il y a même eu déjà, dans l’Inde, Ahmed El-Qâdiâni qui
s’est donné pour le Christ revenu ; de là est née la secte des Ahmediyah, qui s’est répandue un peu
partout, grâce d’ailleurs à l’appui que lui donne le gouvernement anglais pour
des raisons qui, bien entendu, n’ont rien de spirituel… – Je ne sais d’où vient
la phrase que vous citez, mais elle est forcément apocryphe et ne serait
acceptée par aucun musulman, car Jésus, aussi bien que Mohammed (et aussi Moïse),
est considéré comme rasûl,
c’est-à-dire plus que prophète (nabî).
De plus, on lui reconnaît certaines qualités toutes particulières : naissance
virginale, don des miracles, etc. ; il est aussi le seul dont la mission
se soit manifestée avant l’âge de 40 ans. Mais il est haram (interdit) de discuter sur la question d’une supériorité
absolue d’un rasûl sur un autre :
chacun a sa mission propre, mais tous sont d’une même essence ; maintenant,
qu’on appelle cette essence « « principe christique », ou qu’on
l’appelle rûh mohammediyah, ce n’est
là, au fond, qu’une question de vocabulaire. Il s’agit, en tout cas, d’un
principe qui n’est pas de l’ordre humain (ni même de l’ordre angélique), mais,
pour plus de précision, il faudrait expliquer ce qu’on doit entendre par amr Allah, par âlam el-amr, etc., et cela n’est pas possible en peu de mots ;
il y faudrait plutôt des volumes… – J’ajoute aussi que l’Islam est seul, avec
la tradition hindoue, à reconnaître explicitement que toutes les Écritures
sacrées sont d’inspiration divine ; cela est bien loin de l’exclusivisme
judaïque, dont le Christianisme ordinaire semble malheureusement avoir hérité
quelque chose ! Vous avez d’ailleurs tout à fait raison ; il y a dans le
Christianisme, en réalité, bien autre chose que ce qu’on veut y voir
communément ; mais allez donc dire cela aux Chrétiens actuels, ou du moins
à ceux qui se prétendent tels !… Il est bien évident que l’initiation est une
au fond, quelles que soient les formes extérieures sur lesquelles elle
s’appuie, puisque son but est précisément de conduire au delà de ces
formes ; en somme, ce sont les méthodes qui diffèrent, surtout au point de
départ, et cette diversité est d’ailleurs nécessaire pour s’adapter aux
différences de nature qui existent parmi les hommes. –
Le Caire, 5 décembre
1933.
D’après ce que vous m’en dites, il
semble faire exception au parti pris habituel avec lequel, consciemment ou
inconsciemment, les Occidentaux parlent de l’Islam ; et, comme ils ont ce
parti-pris « a priori », c’est bien ce qui les empêche d’y rien comprendre… –
Il est exact que Rasûl signifie
littéralement « envoyé » ; mais le mot Malak existe aussi en arabe avec le sens d’« ange » (je
pense que, en grec, il doit y avoir une certaine différence de sens entre
apostolos et angelos, bien que les deux mots puissent se traduire par « envoyé ») ;
et il peut y avoir des Rusul « min el-malaïkah wa min en-nâs »,
c’est-à-dire d’entre les anges et d’entre les hommes. – L’expression « ed-dîn el-hanîf » désigne la
religion d’Abraham ; justement, il était question ici, il y a quelque
temps, du sens de ce mot hanîf, et on
envisageait différentes significations ; finalement, on a été d’accord
pour admettre celle que je donnais : hanîf
= tâher, c’est-à-dire « pur ». Les hunafâ sont donc littéralement les « purs » (comme les
Cathares, ce qui est assez curieux) ; ce sont ceux d’entre les Arabes qui
avaient conservé intacte la religion d’Abraham, car il y en a toujours eu
jusqu’à l’Islam (certains ont pu être prophètes, mais non pas tous) ; et
Mohammed lui-même, avant sa mission, était hanîf.
– Quant à une équivalence des Sufis avec les Esséniens, je ne crois pas qu’on
puisse l’envisager, d’abord parce que les Esséniens formaient une organisation
qui devait naturellement comporter des degrés divers, y compris les plus
inférieurs, tandis que le mot Sufi doit être réservé à ceux qui possèdent la
Sagesse divine (le véritable Sufi est « el-ârif billah », c’est-à-dire celui qui tire sa connaissance
directement du Principe même), ensuite parce que, dans le Judaïsme, l’initiation
(kabbalistique) ne semble pas avoir jamais appartenu exclusivement aux
Esséniens (sur lesquels on ne sait d’ailleurs pas grand’chose de bien précis),
si bien que ceux-ci représenteraient plutôt l’équivalent d’une tarîqah particulière, tout simplement.
Le Caire, 6 janv. 1934.
Quant à Ur en Kaldée, je serais assez embarrassé
pour vous en définir exactement la situation ; je n’ai ici aucune carte à
laquelle je puisse me reporter ; mais il me semble bien qu’en tout cas
cela doit être assez loin du Caucase (lequel n’est certainement pas la montagne
de Qâf, quoi qu’en prétende Ahmed
Zaki pacha). Une autre chose curieuse, ce sont les Yéménites : ils ne
ressemblent pas du tout aux Arabes, mais aux Abyssins ; du reste, d’après
leur propre tradition, les deux peuples, autrefois, n’en auraient fait qu’un,
qui était le peuple de la reine de Saba ; il serait à supposer, d’après
cela, que les Abyssins auraient émigré en Afrique à une époque postérieure à
celle de Salomon. L’ancienne langue yéménite, qui n’est plus parlée
actuellement, n’a aucun rapport avec l’arabe ; on se demande quelle peut
être l’origine de ce peuple, qui était probablement en Arabie avant les
descendants d’Abraham. Je savais qu’Abdul-Hâdi avait fait paraître quelque
chose autrefois dans l’« Initiation », mais je crois que c’est peu
étendu ; je ne sais pas à quelle date cela remonte, mais cela doit être
plusieurs années avant la « Gnose » – Quant à la traduction d’Ali
Zaki bey annoncée dans la « Voie », je crois bien qu’elle n’a jamais
paru ; du moins, je n’en ai jamais entendu parler.
Le Caire, 11 février
1934.
– Quant aux Hassidim, je n’ai pas de renseignements précis sur leur état actuel ;
par ailleurs, il doit bien exister encore quelques véritables kabbalistes, mais
ils ont toujours été très difficiles pour transmettre quoi que ce soit, même à
des Juifs, et il est certain que cela ne fait encore que se fermer de plus en
plus comme beaucoup d’autres choses. Oui, la crainte inspirée par les forgerons
et métallurgistes semble avoir été assez générale, et il y a là quelque chose
de bien curieux, qui se rattache sûrement à Thubalcaïn et aux mystères des
Kabires ; tout cela n’est d’ailleurs pas facile à éclaircir. – Vous parlez
à ce propos de st Patrice ; justement, il y a eu des mystères kabiriques
en Irlande. Je ne sais si c’est vraiment la ville d’Ur qu’on a retrouvée, comme on l’a dit, dans les fouilles
récentes ; il est possible, en somme, que cette ville ait été, à une
certaine époque, la localisation d’un centre traditionnel ; du reste,
Abraham ne pouvait venir originairement que d’un centre secondaire, sans quoi
sa rencontre avec Melchissédec et l’investiture qui lui est donnée par celui-ci
ne se comprendraient pas. – Ce que vous dites pour la montage de Qâf est tout à fait exact ; elle a
d’ailleurs beaucoup de noms ; elle est appelée notamment El-Jebel el-abiad, la « Montagne
blanche », et aussi Jebel el-Awliâ,
la « Montagne des Saints » (ce qui est la même chose que la
« Montagne des Prophètes », mais avec un sens plus étendu, puisque wali est un degré spirituel au-dessous
de celui de nabi) ; et il est
dit aussi qu’on ne peut l’atteindre « ni par terre ni par mer » (lâ bil-barr wa lâ bil-bahr). – L’Alborj, chez les Perses, est également
la même chose ; Alborj et Elbrouz ne sont d’ailleurs que deux
formes du même nom ; la forme ancienne est Berezed ou Berezaiti. Il
me semble que la forme Alborj soit
due à une assimilation à un mot arabe : el-borj, c’est « la tour » ou « la forteresse »
(et c’est aussi le nom donné aux signes du zodiaque) ; il est assez
curieux que ce mot se retrouve exactement en allemand (Burg) ; à vrai dire, je crois qu’il n’est pas arabe d’origine,
mais vient du grec πυργη, qui a aussi le même sens. – Pour en revenir à l’Alborj, il importe peu, au fond, que ce
nom, comme d’autres d’ailleurs, ait été appliqué ultérieurement à telle ou
telle montagne ; c’est bien, à l’origine, la Montagne polaire. C’est là
que se trouve le Haoma blanc (auquel
le Haoma jaune fut substitué par la
suite, lorsque ce premier séjour fut perdu) ; et c’est là aussi que
vit le Simurg, qui est la même chose
que le Phénix, et qui, dit-on, ne
peut toucher la terre en aucun autre lieu. Pour l’article d’Abdul-Hâdi publié
dans l’« Initiation », il est possible que lui-même ne l’ait jamais
achevé, comme c’est arrivé pour plusieurs choses commencées dans la « Gnose ».
– Quant à la traduction des « Entretiens du Prophète » (c’est-à-dire
d’un choix de hadîth), je ne vois pas
comment je pourrais savoir quelque chose à ce sujet ; l’auteur n’était pas
égyptien, mais turc, et je crois qu’il est mort depuis longtemps déjà. Au sujet
de Kasimirski, voici une histoire que vous ne connaissez peut être pas ;
je transcris textuellement : « Kasimirski se fit musulman pour être
admis à El-Azhar. Il était assez
considéré par ses camarades pour qu’ils l’invitassent à faire la prière en
qualité d’imâm. Tout en étant un
érudit en théologie musulmane, ses convictions n’étaient pas assez profondes
pour le retenir dans la religion qu’il avait embrassée. C’est ainsi que, ses
études terminées, il écrivit une poésie pour un but qu’il désirait atteindre.
Il pria, il jeûna. Son désir réalisé, il ne jeûna ni ne pria plus jamais. »
Je me suis toujours demandé aussi s’il y avait un rapport quelconque entre les
Sabéens et le peuple de la reine de Saba ; cela paraît difficile à
éclaircir. – Certains disent que le nom des Nosaïris
ou Ansaïriyah viendrait de Nazaréens ;
cela non plus n’est pas bien sûr ; mais il est probable, en tout cas,
qu’ils doivent leur origine à une secte chrétienne. – Pour les Mandaïtes ou Mandéens, c’est bien la
même chose ; c’est un mot syrien qui veut dire « disciples » ;
mais le nom complet est Mendayeh de –Yahia, c’est-à-dire disciples de Jean. –
Sûrement, il n’est pas commode de mettre un peu d’ordre dans tout cela ;
en Syrie tout particulièrement, il y a toutes sortes de choses qui sont fort
mal connues, à commencer par les Druses. Je ne vois pas qu’il y ait, dans les
initiations « abrahamiques », quelque chose qu’on puisse assimiler à
l’éveil de Kundalinî ; on
pourrait peut-être établir quelques rapprochements, mais très partiels. – Quant
à des relations entre les 50 portes de Binah
et les 49 flammes d’Agni, j’avoue que
je ne vois pas du tout si cette idée peut se justifier ; il semble qu’il y
ait un rapport beaucoup plus manifeste entre les 7 langues d’Agni et les 7 dons du Saint-Esprit (cf. les langues de feu de la Pentecôte).
Le Caire, 27 novembre
1934.
Quant à la question
des Hassidim, il est bien possible qu’il y ait eu là un ésotérisme, de
caractère proprement kabbalistique, et que l’aspect mystique, le plus apparent,
ne représente que l’exotérisme ; il resterait à savoir si le côté ésotérique a
subsisté jusqu’à nos jours. – Toute cette partie de la tradition juive donc
vous parlez existe sûrement ; mais je ne crois pas plus que vous que
Vulliaud la connaisse, et, en tout cas, il est bien sûr qu’il n’y comprend
rien.
Au fond, nous sommes
bien d’accord quant à la différence qui existe entre l’astrologie
traditionnelle et l’astrologie moderne ; maintenant, on peut se demander
jusqu’à quel point les résultats obtenus par celle-ci peuvent lui être
attribués en tant que « science » proprement dite, ou quelle part il
faut y faire aux facultés propres des astrologues ; vous reconnaissez
d’ailleurs vous-même qu’il faut que ceux-ci soient doués pour cela ; et
n’y a-t-il pas beaucoup de moyens « divinatoires » dont la valeur
intrinsèque n’intervient guère dans les résultats ? Pour ce qui est de
l’astrologie, l’intervention d’Uranus, Neptune, etc., me paraît
particulièrement sujette à objection ; si ce n’est pas là une confusion
avec le point de vue astronomique profane, je ne vois vraiment pas trop ce que
cela peut être…
La Caire 1 janvier
1935
Toutes les indications
contenues dans la tradition hindoue la rattachent à quelque chose venant du
Nord et non pas de l’Ouest ; cela est tout à fait net ; par contre,
il est bien entendu que la racine Heber
indique une origine occidentale ; mais l’Atlantide elle-même n’avait
qu’une tradition dérivée par rapport à celle de l’Hyperborée, qui est la seule
primordiale, celle qui remonte au point de départ du présent Manvantara (et c’est d’ailleurs pourquoi
le Mêru s’identifie au Pôle nord).
Pour votre article, que Clavelle m’a
envoyé en effet, il est bien certain que ce n’est pas votre faute si la
terminologie occidentale est si embrouillée et si peu fixée ; ne
pourrait-on pas essayer cependant de mettre un peu plus de clarté là dedans ?
Il se peut que les « cieux » aient un sens plus vague et plus étendu
parfois que, par exemple, dans la doctrine hindoue ; mais la même chose
est-elle vraie aussi pour les Anges ? En y réfléchissant encore, je me demande
s’il n’y a pas là une équivoque : des êtres exerçants une fonction par
rapport à tel monde ne sont pas forcément des êtres appartenant à ce monde par
leur nature ; ils peuvent appartenir à un monde supérieur ; n’est-ce
pas le cas quand on envisage les fonctions des anges par rapport aux mondes
subtil et grossier ? D’autre part, le monde subtil n’est pas « spirituel »,
mais « psychique », ce qui n’est pas du tout la même chose ;
quant au monde grossier, c’est celui qui tombe sous les sens. Les êtres des « autres
terres » ne sont pas perceptibles par nos sens ; alors, peut-on dire
qu’ils appartiennent au monde sensible ou grossier ? Vous dites qu’on peut
les considérer comme « matériels », mais ce n’est pas tout à fait la
question, d’autant plus que, au fond, je ne sais pas très bien ce qu’il faut
entendre par « matériel », ni même si ce mot est susceptible d’avoir
un sens bien défini… – Peut-être pourriez-vous tenir compte de ces quelques
réflexions pour le début de votre article, car, quel que soit le flottement
dans l’emploi du mot « Ange », il ne me semble pourtant pas qu’il ait
jamais pu être si élargi.– Quant à la question des « corps » des
Anges (p. 4), j’avoue que je n’ai jamais très bien compris ce que cela voulait
dire ; il semble que ce soit simplement une expressions défectueuse de la
théorie aristotélicienne d’après laquelle tout être est mélangé de puissance et
d’acte, Dieu seul étant acte pur ; le corps étant à l’esprit dans le
rapport de la puissance à l’acte, il a pu s’établir là une assimilation qui, en
réalité, n’est exacte que dans le cas des êtres du monde grossier, puisque, par
définition même, le corps n’est pas autre chose que la forme grossière ;
et cela montre encore que toutes ces notions n’ont jamais été parfaitement
nettes en Occident.
Le Caire 15 novembre
1935
L’article de Massignon
est intéressant si vous voulez par certains côtés, mais il semble que vous
n’ayez pas vu qu’il y a là surtout, au fond, des intentions très perfides, à
commencer par l’idée de réduire l’arabe à n’être qu’une « langue
liturgique », alors qu’il est en réalité une « langue sacrée ».
Il y a une belle différence entre les 2 choses : le latin est bien aussi
une langue liturgique, mais il n’a certes jamais été une langue sacrée ! – On
dit que l’arabe a eu d’abord 22 lettres, avant d’en avoir 28, et même, en fait,
les 2 systèmes sont employés dans le Jafr ;
mais rien n’indique que l’un soit considéré comme plus secret que l’autre ;
ils correspondent seulement à 2 périodes traditionnelles différentes.
Le Caire, 2 avril
1936.
Ce que vous me dites
quant aux principes de l’Islam est tout à fait exact ; et, d’autre part,
l’initiation islamique n’est incompatible avec l’étude d’aucune autre
tradition, et cela se comprend facilement dès lors qu’on admet l’inspiration de
toutes les Écritures sacrées. – La circoncision est obligatoire dans le
Judaïsme, mais elle ne l’est nullement dans l’Islam, où elle ne relève que de
la sunnah, que chacun suit seulement
dans les limites possibles et raisonnables (il n’en est pas question dans le
Qoran) ; on la déconseille même généralement pour les adultes, d’abord
parce qu’elle peut être dangereuse dans certains cas, et aussi conformément à
l’exemple du Prophète qui ne l’a jamais imposée à ses compagnons ; les 3
premiers Khalifes, notamment, n’ont jamais été circoncis.
Le Caire 11 août 1936
(…) Dans le Soufisme, au moins dans son état
actuel, il n’y a pas de distinction de grades très nettement tranchée en fait ;
la transmission accomplie, tout le reste dépend surtout des aptitudes et du
travail intérieur de chacun…
Le Caire, 2 septembre
1936.
Je ne comprends pas
qu’on puisse parler d’un créateur du Shiisme ; ce mot, en réalité,
s’applique simplement aux partisans d’un des 3 modes possibles de désignation
du Khalife. Quant à l’histoire d’Abdallah ibn Saba, pour autant que je sache,
elle est uniquement en rapport avec l’origine des Ismaïliens. Dans la version
arabe des Évangiles, la désignation du Paraclet est Ahmed, ce qui est le nom
céleste du Prophète (Mohammed étant son nom terrestre, et Mahmûd son nom
paradisiaque). À cause de cela, l’empereur Héraclius fut tout près de
reconnaître la mission du Prophète ; il en fut seulement détourné par
certains membres du clergé grec qui prétendirent qu’il y avait là une erreur
d’interprétation. – Si on fait venir « Çûfî
» de « çafâ », ce qui est une des
nombreuses dérivations envisagées, il est l’équivalent exact de « Cathare » ;
c’est bien en tout cas une des idées qu’il contient ; et il y a aussi,
dans le même sens, la désignation des « Ikhwân
eç-Çafâ » ; évidemment, tout cela est assez concordant… Ce qui est
moins clair, c’est la question du Manichéisme ; que sait-on au juste d’à
peu près sûr là-dessus ?
Le Caire 1décembre
1936
Pour ce qui est de la
réflexion qu’il vous a faite, la vérité est que la soi-disant bataille de
Poitiers n’a jamais existé, et que, plus de 2 siècles plus tard, les Arabes
occupaient encore toute la région du sud-est, les Alpes, la Savoie et une
partie de la Bourgogne ; l’histoire a été singulièrement falsifiée… Cela
vaut les Gaulois représentés comme des sauvages vivant dans les forêts !
Le Caire 25 décembre
1936
Je n’avais pas encore
entendu parler de cette nouvelle traduction du Qorân que vous me signalez ; il est à souhaiter qu’elle soit
meilleure que les autres, mais je suis bien persuadé qu’il est impossible d’en
faire une qui soit réellement satisfaisante. – Le mot « Qorân » ne signifie littéralement pas autre chose que « lecture » ;
il vient de la racine QRA, qui est
tout à faire différente de QRN. Quant
au nom de Metatron, je pense que sa
signification se rapportant au Trône n’exclut pas forcément les autres :
c’est un de ces mots qui contiennent en quelque sorte une accumulation de sens
multiples… Il est bien vrai qu’il y a en Asie Mineure, et peut-être surtout en
Syrie, un extraordinaire amas de choses diverses et très difficiles à
débrouiller ; mais, pour ce qui est des Sabéens, il semble bien qu’ils
soient antérieurs à st Jean Baptiste ; certaines font venir leur nom de
celui de l’ancien royaume de Saba, mais cela même n’est pas bien sûr non plus…
L’absence de langue sacrée dans le Christianisme est en effet une chose bien
étrange ; tout ce que vous dites à ce propos me paraît très juste, mais la
question n’en est pas résolue : comment se fait-il que les Évangiles
n’aient pas été fixées dans leur langue originelle et que tout ce qu’on en a ne
représente en somme que des traductions ?
Pour la prétendue
bataille de Poitiers, voici ce qu’il en est : alors que l’armée arabe se
trouvait quelque part entre Tours et Poitiers, son chef, l’émir Abder-Rahman,
disparut sans qu’on ait jamais su comment ; l’armée se dispersa alors
d’elle-même et sans combat ; certains s’établirent dans la région même, les
autres retournèrent vers le Midi ou s’en allèrent plus loin vers l’Est… – Oui,
l’histoire est terriblement falsifiée ; ce que vous dites au sujet de
Jeanne d’Arc en est encore une preuve parmi tant d’autres…
Pour votre question
sur l’initiation maç/, le Rite Espagnol était bien, comme le Droit Humain, un
rite maç/ irrégulier ; il ne faut donc, en pareil cas, qu’une
régularisation et non une nouvelle initiation.
Le Caire 3 avril 1937.
La tradition islamique
admet tous les prophètes, hébreux et
autre ; ceux qui sont désignés nommément ont seulement, pour des raisons
diverses, une importance plus particulière. Ayûb (Job) est considéré comme un
prophète ; mais je crois que l’époque à laquelle il a vécu est bien
difficile à préciser ; certains le considèrent en effet comme très ancien,
mais antérieur à Abraham, c’est peut-être beaucoup dire tout de même… –
Quant aux Psaumes, je n’ai jamais rien vu qui puisse donner à supposer qu’il
s’agisse d’autre chose que de ce qui est connu habituellement sous ce nom ;
mais que sont exactement les Psaumes des Samaritains ?
La note que vous avez
transcrite au sujet d’El-Khidr est d’accord avec ce que dit Coomaraswamy dans
un article qu’il a fait paraître il y a quelques années dans une revue indienne
d’art musulman ; cette « source » est d’ailleurs évidemment plus
sûre que l’autre, car, d’après ce que j’en ai entendu dire ici, cette « Encyclopédie
de l’Islam » est encore, dans son ensemble, un bel exemple de la besogne
antitraditionnelle qui est, au fond, la véritable raison d’être des
orientalistes !
Le Caire, 5 mai 1937.
Sûrement, des ouvrages
comme l’Encyclopédire de l’Islam ou la Jewish Encyclopedia ne sont utiles qu’à
titre simplement « documentaire », et à la condition de ne pas
s’occuper des interprétations des auteurs. Mais la Jewish Encyclopedia
n’est-elle pas au moins rédigée en tout ou en partie par des Juifs, qui, même
s’ils sont « rationalistes », peuvent malgré tout avoir quelque
connaissance directe de ce dont ils parlent ? Pour ce qui est de l’Encyclopédie
de l’Islam, par contre, aucun Musulman n’y a collaboré ; même au seul
point de vue de l’exactitude des informations, cela ne constitue pas
précisément une garantie !
Le Messie, pour les Arabes,
est le Christ et aucun autre ; le Mahdi (qui est d’ailleurs beaucoup moins
qu’un prophète), ne doit être qu’un précurseur de son retour ; mais un
Samaritain peut évidemment avoir été mal renseigné sur la tradition islamique…
Job est regardé par
beaucoup comme un Arabe ; en ce cas, il ne pourrait pas avoir été
antérieur à Abraham ; mais l’époque de celui-ci est-elle bien fixée, et ne
serait-elle pas en réalité plus ancienne qu’on le dit habituellement ? Il y a
bien longtemps que je me demande cela, car, en fait, il n’y a pas de « chronologie
biblique » pour tout ce qui est avant Moïse et aussi, à ce propos, quelle
peut être la véritable signification du point de départ de l’ère judaïque ?
Une assimilation des
Sabéens aux Mandéens n’a certes rien d’impossible ; mais quel rapport
peut-il y avoir entre ces derniers et Mani ? Je ne le vois pas clairement ; la
similitude des noms des Mandéens et des Mazdéens ne pourrait elle pas être ici
la cause de quelque confusion ?
À propos de
confusions, l’identification d’El-Khidr à Élie, ou à Hénoch, ou même à st
George, en est une aussi ; ce qu’il y a de vrai, c’est que ces différents
prophètes sont considérés comme appartenant à une même « famille »
(ou à un même « ciel », si vous voulez), mais ce n’est pas une raison
pour ne pas les distinguer. – D’autre part, quel est le Phineas dont il s’agit
? La forme hébraïque du nom est Pinhas ; mais je ne sais jusqu’à quel point
cela peut régulièrement venir de pni-nahas, à cause de la disparition d’un noun
qui ne paraît pas très facile à justifier. – Je ne connais pas les sources du « Visage
Vert » ; mais le livre lui-même, que je viens justement de lire,
donne une impression tout à fait sinistre ; tout y est présenté d’une
façon vraiment dérisoire et caricaturale !
(….)
ll est exact
qu’Aghatîmûn est une déformation d’Agathodaimon, et qu’il est identifié à Sheth ;
mais n’ai-je pas justement dit cela dans mon article de décembre dernier, à
propos des Pyramides ?
Je ne connais pas du
tout cette « Christologie du Coran » dont vous parlez, ni son auteur ;
est-ce un ouvrage récent ? – La façon dont les rapports des 3 formes
traditionnelles sont exposés dans le passage que vous me citez n’est pas tout à
fait exacte : au point de vue islamique, ce sont bien en somme 3 stades
successifs d’une même tradition ; mais la place du Christianisme,
intermédiaire entre les 2 autres, est en relation avec son caractère spécial,
qui est de n’avoir pas proprement de « shariyah
» ; quant à dire qu’il aurait « remis en vigueur » la Loi de
Moïse, cela serait en contradiction avec les faits les plus évidents… –
Quant à la façon
d’envisager l’Évangile, elle est évidemment plus « principielle » et
moins « historique » que celle qu’on rencontre dans le Christianisme
actuel ; en tout cas, la considération des différents Livres sacrés comme
se complétant les uns les autres est admise par tout le monde. Pour ce qui est
des « textes » évangéliques existants, certains donnent une importance
particulière à l’Évangile de st Barnabé ; mais, n’ayant jamais eu
l’occasion de le voir, je ne saurais pas dire au juste en quoi il diffère des
autres ou peut représenter quelque chose de plus complet…
Le Caire, 14 juillet 1937.
Comment se fait-il que
des volumes de la « Jewish Encyclopedia » manquent à la Bibliothèque
Nationale ? Peut-être sont-ils simplement à la reliure ; en tout cas,
quand vous pourrez trouver quelque chose sur cette question de Job et ce qui
s’y rattache, vous serez bien aimable de m’en faire part. Il me semble que, si
on admet la version d’après laquelle Job aurait épousé la fille de Jacob, cela
le fait bien antérieur à Moïse ; tout cela est très confus…
Blochet, d’après ce que vous m’en dites,
semble avoir fait un certain gâchis : Shamhûrash n’est ni un ange ni un
archange, c’est le roi des Jinn muminîn,
ce qui est tout à fait différent ; quant à l’origine de son nom, je n’en
ai jamais vu aucune explication. Il paraît d’ailleurs qu’il est mort (passé à
un autre état) et que le roi actuel est Maïmûn, si bien que nombre de magiciens
qui ignorent ce changement s’entêtent à répéter en vain des formules qui ont
perdu toute leur efficacité !
Je n’arrive à trouver
l’expression « Seigneur de la Terre » dans l’Apocalypse ;
peut-être est-ce dans les prophètes, mais où ? En tout cas, il me semble
qu’elle ferait plutôt penser au « Pôle » qu’à toute autre fonction…
Clavelle m’a aussi
parlé dernièrement de la question de la communion au pain et au vin, qui, dans
l’Église romaine, aurait subsisté jusqu’au XIIIe siècle (elle existe toujours
dans l’Église orthodoxe) ; cela encore semblerait confirmer que le
Christianisme a été d’abord quelque chose de tout différent de ce qu’il est
devenu ensuite ; une confusion a dû s’y produire entre des domaines
différents, mais à quelle époque cela peut-il bien remonter ?
C’est bien Buddhi qui fait le lien entre les
différents états de l’être ; mais, par rapport à notre état, Buddhi est dans vijnânamaya-kosha, tandis que c’est ânandamaya-koha qui est le kârana-sharîra.
D’autre part, parmi les éléments d’ordre proprement individuel, ahankâra précède manas ; mais les deux se trouvent unis dans manomaya-kosha. Quant à jîvâtmâ, ce n’est pas un principe
spécial ; c’est l’apparence que prend Âtmâ
lui-même par rapport à l’individualité, tant que celle-ci existe comme
telle.
Le Caire, 29
avril 38
Certains regardent Cromwell comme le véritable fondateur ou organisateur de l’Intelligence Service, qui cependant, suivant d’autres, remonterait encore plus loin, à l’époque d’Elisabeth. En tout cas, il y a sur le compte de Cromwell une histoire de « pacte avec le diable » qui est assez significative, car c’est généralement là l’expression « exotérique » de rapports avec la contre-initiation…
Pour le symbolisme polaire, il faut remarquer, d’abord, que les deux pôles ne jouent jamais le même rôle (il y a un haut et un bas, si vous voulez), de sorte que ce n’est pas une dualité au même sens que lorsqu’il s’agit de deux termes symétriques ou situés à un même niveau ; ensuite, que la dualité est au point de départ même de la manifestation, de sorte que, là où il n’y a plus aucune sorte de dualité, on est forcément au-delà du manifesté, donc aussi, par là même, au delà de toute expression et de toute symbolisme…
(À suivre)…
Le Cheikh Ahmed Ibn
Mustafâ al-‘Alawî : L’Arbre aux
Secrets ou de la signification de la Prière sur le Prophète (‘s. wa s.),
Traduction et annotations : Nabîl Badrawî ; Ed. Albouraq, 2003.
L’enseignement du
grand murshîd Ahmed al-‘Alawî a béneficié
avec ce kitab de l’un des meilleurs
traducteurs en français des textes du taçawwuf
(que les lecteurs de notre blog le connaissent sous un autre nom et) dont la
particularité est de fournir des annotations soucieuses de réduire au mieux les imprécisions
inhérentes à toute traduction. Le sujet du titre
original (Dawhat al-asrâr fî ma‘nâ
aç-çalâh ‘alâ al-nabî al-mukhtâr), se traduit par « l’Arbre
aux secrets », mais l’arbre dont il est question ici est celui
d’une « grande futaie » ce que désigne précisément le terme arabe dawhah qui l’on ne trouvera pas dans le
Qorân comme le mot shajarah,
c’est-à-dire, l’arbre en général en tant qu’espèce. L’origine de ce texte vient d’un disciple qui s’est adressé au shaykh ‘Alawî lui demandant « de
bien vouloir rédiger quelques lignes pour expliciter les significations élevées
que recèle la salât ‘alâ-n-nabî ».
S’agissant d’un enseignement dispensé en vue d’un besoin spirituel, la
réponse du shaykh sous forme de commentaires possède une portée opérative. Le
shaykh enseigne que si la çalâh ‘alâ
al-nabî avait le sens d’une demande de miséricorde à son égard, comme le
conçoivent les croyants religieux, cela reviendrait à oublier qu’il fut et
qu’il est comblé par Sa Parole « Nous t’avons envoyé comme Miséricorde
pour les mondes » (al-anbiyâ’,
107). Le traducteur prévient que « la multitude n’est pas qualifiée pour
comprendre le sens profond des ‟données traditionnelles” » ; en
l’occurrence, cet enseignement fait appel à des connaissances qui se situent
au-delà du point de vue exotérique : « Quelque soit la chose relevant
de ce bas monde ou de l’autre, elle reste vaine au regard du prophète, à moins
d’être en rapport avec la contemplation des perfections de l’Essence et des
lumières des Attributs. » Il poursuit en évoquant les
« aspirations du Prophète », sa « contemplation des Beautés de
l’essence » dont l’auteur de la çalâh est
pleinement conscient. Ce dernier fait donc « la demande au très haut de
bien vouloir ‟prier” sur Mohammad selon un mode approprié à la dignité [de son
cas], disant :
– Allahuma « salli wa sallam »
par les variétés de
Tes perfections,
– dans toutes Tes
Théophanies,
Sur notre Seigneur
Muhammad,
– la première des
lumières s’épanchant à partir de l’Océan de l’incommensurabilité de
l’Essence, qui réalise et possède, dans les deux mondes du caché et du visible,
les significations des Noms et des Attributs. Il est le Premier à avoir loué et
adoré [son Seigneur] par l’ensemble des dévotions et des œuvres réintégratrices
(qurubât). [Lui] qui prodigue
l’assistance à tous les êtres dans les deux mondes, celui des Esprits et celui
des Formes.
Et sur sa famille et
ses compagnons,
Selon une salât qui écarte pour nous, dans les
songes comme dans les états de veille, le voile (nîqab) couvrant sa noble Face, et qui mène à vous connaitre, Toi
comme Lui, dans tous les degrés et les Présences.
Protège-nous par Ta
bienveillance (ultuf binâ)
– nous T’en supplions « au nom de la considération dont il bénéficie auprès de Toi » (bi-jâhihi) – dans les mouvements, les repos, les regards et les pensées adventices.
Gloire à Ton seigneur,
le Seigneur de la Puissance [qui est] au-dessus de ce qu’ils Lui attribuent ;
et que la Paix soit sur les Envoyés. La Louange appartient tout entière à
Allâh, le Seigneur des mondes.
Pour l’essentiel, les commentaires du shaykh ‘Alawî reconduisent les çalawât évoquées dans ce traité vers leur principe : « la salât possède un sens trop précieux pour concerner tout à chacun individuellement, indépendamment des prophètes et des anges, à moins que ce ne soit par participation [à leur états] ». En note, la participation en question (tab‘iya) ne se conçoit que « par rattachement effectif (aux prophètes et aux anges), en vertu de liens traditionnels concrets et non de songes creux ». Il s’agit de glorifier son Seigneur, lequel par sa Réalisation descendante – la Réalisation descendante du rûh mohammadiyyah – offre aux serviteurs (foqarâ’) d’Allâh la Réalisation ascendante par la participation de sa transmission spirituelle*. Ce choix du terme « participation » traduit l’intention du Shaykh. Nous retenons encore de cet enseignement la remarque du shaykh sur l’« injonction de demander à Allâh en faveur de Mohammad » se traduisant par Sa parole : « Certes Allâh et Ses Anges ‟prient” sur le prophète » [al-âhzâb, 55] – Cette demande n’est pas appuyée dans ce verset : « À savoir : Il n’a pas dit : ‟Priez sur Lui d’une prière” [par contre] Il dit ‟Saluez d’un salut”. Badrawî, considérant à juste titre l’importance du contenu de ce verset note « que la formulation sallimu taslîman (‟saluez pleinement”) peut également se comprendre comme signifiant : ‟ soumettez-vous totalement (sans réticence aucune)” – selon le contexte même du verset, il s’agit de l’obéissance au Prophète et à sa famille. ‟Au Prophète” cela est évident immédiatement puisqu’il est explicitement nommé ; ‟à sa famille” se déduit aisément des hadhît, si l’on veut bien se souvenir que le prophète lui-même nous a ordonné d’associer le Livre et sa sunna pour avancer sur la Voie droite – ». Il était à propos de rappeler aussi que « lorsque ce verset fut révélé, les compagnons demandèrent au Prophète comment ils devaient ‟prier” [çallâ] sur lui. Ce dernier leur enseigna : ‟ Dites : ‟Allâhumma salli sur Mohammad et sur la famille de Mohammad””, puis il les mit en garde : ‟ne faites pas de votre salât une salât mutilée (batira) [i.e. incomplète et d’aucune efficacité]” – (…) C’est alors qu’il leur précisa : (il en serait ainsi) si vous oubliez de mentionner la famille ! ” D’ailleurs tous les musulmans utilisent cette formule dans la prière rituelle, où les ‟compagnons” ne sont absolument pas évoqués. (…) nous signalons de surcroît que ce verset – tout comme d’ailleurs la sourate CXII (al-Ikhlas) – s’écrit avec un total de 66 lettres. Le lecteur à l’esprit vigilent ne manquera pas de remarquer que ces deux passages coraniques se rapportent : l’un au Tawhîd (premier témoignage), l’autre à la reconnaissance de l’Envoyé (second témoignage) – [d’ailleurs si 66 est la valeur du Nom ‟Allâh”, 132 (ou 66 x 2) est celle du Nom ‟Mohammad” comme du mot ‟Islâm”] ».
« Al-nabî, le médiateur suprême entre le Vrai (al_haqq) et Ses créatures (khalqu-hu), selon sa parole [hadîth] : ‟J’étais Prophète alors qu’Adam se trouvait encore entre l’eau et l’argile” », est une réalité spirituelle ineffable. Le recours au symbolisme s’impose pour comprendre cette médiation : « (…) il devient évident que la Prophétie est [comparable à] une ligne circulaire. [Plus précisément] elle se présente comme un anneau (khâtim) composés de [nombreux] points juxtaposés représentant les divers prophètes. Le point de jonction qui unit les deux ‟extrémités” de la circonférence [formée par l’anneau] est [analogue] dans sa fonction à] Muhammad ». Le rûh mohammadiyah, la Lumière, le Temps, la Substance, c’est-à-dire la manifestation universelle, sont une Totalité dont le Principe suprême – Allâh –, au centre de la circonférence (Khâtim), ordonne tous les aspects et tous les mouvements. Les traductions à caractère symbolique exigent l’utilisation de termes sémantiquement justes. Si la salâh ‘alâ al-nabî est fondamentalement une participation aux réalités du « Médiateur suprême », elle relève d’avantage dans sa pratique de l’« incantation » que de la « prière » (du’â). Lorsque le shaykh al-akbar dit que tout acte d’adoration s’avère être au fond une « demande », il faut comprendre une demande dans l'intention de réaliser une participation aux réalités purement spirituelles ; c’est semble-t-il avec cette intention que le shaykh Ahmed ‘Alawî rédigea ce traité.
Allâhumma çallî ‘alâ sayyidinâ Mohammad
‘abdika wa rasûlika al-nabiyyî al-umiyî wa ‘alâ âlihi waçâbihi wa salim taslimân.
*
« (…) Ajoutons encore que la transmission verticale, qui est telle quand
on l’envisage de haut en bas comme nous venons de le faire, devient, si on la
prend au contraire de bas en haut, une ‟participation” de l’humanité aux
réalités de l’ordre principiel, participation qui, en effet, est précisément
assurée par la tradition sous toutes ses formes, puisque c’est là ce par quoi
l’humanité est mise en rapport effectif et constant avec ce qui lui est
supérieur. » (R.G., AI, ch. IX.)
Calligraphie : au centre : "lâ ilaha illâ Allâh muhammad rasûlullâh".
- « Muhammad n'est le père d'aucun homme parmi les vôtres, mais il est l'Envoyé d'Allâh et le Sceau des prophètes. Allâh est parfait connaisseur de toute chose. » (al-ahzab, 40) - ( From Alan Godlas : calligraphed in the bold thuluth (celi sülüs) script by Mehmed Nazif.)

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