LA FIN DES TEMPS MODERNES

LES POITRINES DES HOMMES LIBRES SONT LES TOMBEAUX DES SECRETS صدور الأحرار قبور الأسرار

lundi 17 février 2025

ACCUEIL ET PRESENTATION / Février 2025 – 2026

 

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Le mot « fin » des temps modernes peut se comprendre à la fois comme finalité, terme et conclusion. Notre intention est d’inviter ceux qui gardent en eux le sens des vérités traditionnelles à mettre un terme au temps spécial par lequel subsiste la mentalité du monde moderne. Envisager une quête spirituelle dans un climat matérialiste  comme le notre implique de prendre en considération la nature de la dérive occidentale et d’en tirer toutes les conséquences. Lesprit de notre blog se réfère principalement à l’autorité spirituelle de la Révélation coranique et à l’autorité doctrinale de l’enseignement de René Guénon – le shaykh ‘Abd al-Wâhid Yahyâ – ainsi quau « Sceau de la walayah mohammadiyyah », le plus grand des maîtres, Mohyîd-dîn Ibn al-‘Arabî. Nous nous référons également aux deux autres religions du Livre et à toutes les traditions orientales.

Le temps des «  temps modernes » est un cas particulier dérivé du Temps sacré de la Tradition. Sa fonction est d’enfermer les esprits dans la linéarité temporelle qui se veut rectiligne et insignifiante. Le concept imaginaire et maintenant institué d’un « temps historique » qui aurait raison de tout, ne repose que sur la négation du temps cyclique traditionnel : 

« La véritable représentation du temps [qui] est celle qui est fournie par la conception traditionnelle des cycles, conception qui, bien entendu, est essentiellement celle d’un temps « qualifié » ; d’ailleurs, dès lors qu’il est question de représentation géométrique, qu’elle soit réalisée graphiquement ou simplement exprimée par la terminologie dont on fait usage, il est évident qu’il s’agit d’une application du symbolisme spatial, et ceci doit donner à penser qu’on pourra y trouver l’indication d’une certaine corrélation entre les déterminations qualitatives du temps et celles de l’espace. C’est bien ce qui arrive en effet : pour l’espace, ces déterminations résident essentiellement dans les directions ; or la représentation cyclique établit précisément une correspondance entre les phases d’un cycle temporel et les directions de l’espace ; il suffit, pour s’en convaincre, de considérer un exemple pris parmi les plus simples et les plus immédiatement accessibles, celui du cycle annuel, qui joue, comme on le sait, un rôle très important dans le symbolisme traditionnel (1), et dans lequel les quatre saisons sont mises en correspondance respective avec les quatre points cardinaux ».

 

(1) Nous nous bornerons à rappeler ici, d’une part, la portée considérable du symbolisme du Zodiaque, surtout au point de vue proprement initiatique, et, d’autre part, les applications directes d’ordre rituel auxquelles le déroulement du cycle annuel donne lieu dans la plupart des formes traditionnelles.

 

(R. G., RQST, § V) 

 

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Depuis le début de ce siècle, la situation générale s’est considérablement dégradée au point que l’humanité toute entière n’a plus d’autre alternative que de subir les conséquences de sa dissolution qui ne cesse de s’accélérer dans tous les domaines. Il n’y a pas lieu de nous en étonner si l’on s'en tient aux conséquence « infra-humaines » de la tendance mondialisante qui s’impose bon gré mal gré en dépit de toutes les réactions qu’elle suscite. Ceux qui connaissent la nature du « règne de la quantité » n’ont en leur pouvoir que le constat de « ce qui est, et qui ne peut pas ne pas être, ni être autre que ce qui est »... Lorsque l’on est averti d’un danger, il ne reste que les bonnes mesures à prendre afin dy échapper. C’est dans cet état d’esprit que nous publions ici ce qui nous parait essentiel de rappeler par des écrits d'inspiration traditionnelle.

 

 





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Textes disponibles en format PDF :

[Contact : /Findestempsmodernes72@gmail.com/]

 

Yûsuf Bragard 

L’ALCHIMIE HUMAINE ET LES QUATRE ÉLÉMENTS

MÉTAPHYSIQUE ET SCIENCES TRADITIONNELLES

APERÇUS SUR LE « RETOURNEMENT »

 Alpha-Ta

LA FIGURE DE L'ARCHÉOMÈTRE

            Fulan 

 FUÇÛÇ AL-HIKAM 

(en ordre inverse)


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 TEXTES  ARABES DE RENÉ GUÉNON

publiés dans la revue  « al-ma'rifah »


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MR

L'ISLAM ET LE SIGNE ZODIACALE DE LA BALANCE

GEOMANCIE II


  

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Le site  recommandé :

« Œuvre de René Guénon » des Editions Kalki  https://oeuvre-de-rene-guenon.org/ 

 « Ce site a vocation de favoriser l’accès à l’œuvre de René Guénon, sous la forme la plus complète et la plus exacte possible, en gardant comme souci premier le respect des volontés de son auteur ».


Le blog recommandé :

« Œuvre de René Guénon » https://oeuvre-de-rene-guenon.blogspot.fr

Comporte des articles et de nombreuses mises au point. 


Sur F. Book : « LA PAGE TRADITIONNELLE »  https://www.facebook.com/share/g/1A36Crg3bE/?mibextid=wwXIfr







dimanche 5 janvier 2025

SHEYKH MUHAMMAD AL-HIBRI / Les « Dossiers Guénon » / Houris -

 



 

LETTRE DU SHEYKH MUHAMMAD AL-HIBRI (1)

A SES DISCIPLES

 

 

Mes frères, je vous donne une recommandation qui vous profitera en cette vie et dans l’autre : tenez-vous en à l’invocation d’Allâh en secret et en public ; votre invocation doit s’accomplir avec la concentration dans la méditation (fikra), car le dhikr est lumière et la fikra est son rayon, et toute clarté dépourvue de rayonnement ne permet aucune vision. Vous pouvez le constater chez les dévots reclus, qui prient pendant des mois ou des années : ils ne récoltent que la stérilité car ils ne se soucient pas du rayonnement de leur invocation (c’est-à-dire la fikra).

 Ibn ‘Atâ’ Allâh (2) disait à ce propos :

« Ce n’est pas la pluie qu’on souhaite d’un nuage, mais plutôt les fruits ! »

Toute invocation sans méditation (fikra) est stérile, éteinte. Par contre, une invocation réfléchie est capable de prendre racine et de fleurir sur un roc.

 « La plus noble des sciences est celle qu’on reçoit en compagnie de la méditation »

disent les maîtres,

« le rejet des passions favorise l’afflux de la méditation »,

disait en ce sens le sheykh Darqâwî (3),

« celle-ci favorise l’acquisition de la science inspirée (al-’ilm al-wahbî), et cette dernière aboutira à la grande certitude (al-yaqîn al-kabîr) ; celle-ci, enfin, chassera définitivement tout doute ou illusion et conduira directement son détenteur à la présence du Seigneur omniscient ».

Ramenez votre concentration sur votre propre être et ne vous en éloignez pas, car on y trouve toute chose. Du sheykh  Muhammad al-Harrâq (4), nous avons ces vers :

« De “moi-même” j’ai bu mon propre vin, et m’en suis désaltéré.

De moi-même s’élevait mon soleil, sans que j’en sois conscient. »

Et du sheykh Shushtari (5) :

« Ô toi, égaré, éloigné de ton propre mystère !

Regarde ! Tu découvriras tout l’univers en toi-même.

Ne trouves-tu pas en toi le Royaume divin et son trône,

Et les mondes supérieurs et inférieurs ?

En toi gravitent les sphères célestes,

Se lèvent et se couchent les soleils comme les lunes !

Pénètre-toi du sens des lignes inscrites en toi ! »

 

Ceci ne peut être perçu que par l’être qui a réalisé l’extinction de l’extinction (fanâ’ al fanâ) et s’est établi définitivement dans la quintessence de l’éternité (baqâ’ al baqâ‘). Personne ne peut d’ailleurs accompagner les initiés, à moins d’avoir affranchi son extérieur des tentations et purifié son intérieur de tout ce qui peut le détourner. L’invocation réelle du Seigneur et l’acquisition de ce qu’on vient de dire ne peuvent être réalisées qu’à ces deux dernières conditions. Disparaissez en Allâh (al-ghayba) !  Et que votre cœur soit la maison d’Allâh [la Ka‘ba], votre corps La Mecque et votre conscience intime (sirr) son enceinte sacrée (haram) ! Vigilants, gravitez autour de Sa maison sacrée [votre cœur], honorez Sa Mecque [votre corps], et déambulez dans Son haram [votre sirr].

 Soyez fermes et constants dans l’invocation du Nom suprême Totalisateur, le Nom de Majesté Allâh, jusqu’à ressembler au lion animé d’un souffle puissant et soutenu. L’invocation de ce Nom est indispensable durant toutes les étapes de la voie ! Celui qui l’invoque en permanence, à tel point qu’il en imprègne sa peau, son sang, ses os et ses nerfs, voit se dissiper les voiles qui recouvrent toute chose. S’il dit à une chose « Sois ! (kun) », son ordre se réalisera instantanément, avec la permission d’Allâh. Celui qui est absorbé dans la Présence, en renonçant à toute chose, devient lui-même la Réalité intime de toute chose.


(Traduit de l’arabe par Abdelbaqî MEFTAH)

 


 

 

NOTES

 

(1) Mort en 1939 J.-C. ; le sheykh Hibrî est l’un des maîtres de la tarîqa Darqâwiyya Shâdhiliyya de la première moitié du XXe siècle. Le siège (zâwiya) de sa confrérie se trouve au Maroc, près de la frontière algérienne, à l’ouest de Tlemcen. Après sa mort en 1939, trois sheykhs lui ont succédé : son fils Ahmad jusqu’en 1951, puis Ibn Ibrâhîm jusqu’en 1972, la zâwiya de ce dernier se trouvant du côté de Saïda, dans l’ouest algérien. Le troisième fut Sidi Muhammad Belqâ’id de Tlemcen, décédé en 1998.

(2) Mort en 708 H. (1309 J.-C.).

(3) Mort en 1239 H. (1823 J.-C.).

(4) Mort en 1261 H. (1845 J.-C.).

(5) Mort en 668 H. (1269 J.-C.).

(6) On peut rappeler à ce propos des paroles de l’Évangile : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux leur appartient ». Ce « renoncement à tout » est ce qu’on appelle « El-Faqr » dans l’ésotérisme islamique. Cette « pauvreté spirituelle » est le détachement à l’égard de la manifestation, qui implique la dépendance totale de l’être vis-à-vis de son Créateur, du Principe hors duquel il n’y a absolument rien qui existe.

  


 

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Charles-André Gilis : Introduction à l’Enseignement et au Mystère de René Guénon, Les Éditions de l’Œuvre, 1985.

 

Gilis a le mérite d’avoir traduit intégralement les Fuçûs al-hikam. Cette activité de traducteur dans laquelle il excelle ne se limite pas à ce dernier ouvrage. De nombreux extraits des écrits du shaykh al-akbar se retrouvent dans son abondante production (Le Pèlerinage à la Maison d’Allâh, Les trente-six Attestations coraniques de l’Unité, Le Livre du Mîm, du Wâw et du Nûn, Le Cheikh Abd al-Qâdir A-Gilânî etc.) ; L’ensemble de son œuvre publiée constitue un apport important à la connaissance de l’enseignement d’Ibn ‘Arabî. Cependant, les commentaires et les considérations personnelles à l’égard de son shaykh Mustafa Vâlsan viennent souvent brouiller ce que Guénon a clairement exposé. Par ailleurs, Vâlsan ayant déclaré que « Guénon ne s’est jamais présenté spécialement au nom de l’Islâm, mais au nom de la conscience traditionnelle et initiatique d’une façon universelle », son « disciple zélé » n’a pas manqué d’affirmer que « l’œuvre guénonienne telle qu’elle s’est développée après la Première Guerre mondiale ne peut être dissociée entièrement d’une certaine finalité islamique ». On trouve ici la signature d’une préoccupation confessionnelle récurrente dans la production gilisienne qui ne correspond pas aux intentions traditionnelles et métaphysiques de Guénon. Emporté par un enthousiasme religieux, il en arrive même à trahir la clarté des écrits de celui qu’il nomme « notre maître » et en oublie la rigueur terminologique qu’il peine parfois à transposer comme nous allons le constater.

A propos de ce livre, Yûsuf Bragard remarque en effet (à la page 77) que son auteur « établit une distinction entre la doctrine de la Wahdat al-Wujûd exposé par Guénon qui « la comprend uniquement comme une désignation de l’“Unicité de l’Existence” » et la doctrine concernant Al-Wujûd qui « se rapporte ici [c’est-à-dire, dans la doctrine de l’ésotérisme islamique], en effet, non pas au domaine infra-ontologique auquel Guénon fait référence, et qui est celui de l’existence universelle, mais bien à la réalité supra-ontologique de la pure essence principielle ». À vrai dire, ajoute Bragard, cette manière de voir les choses exprime parfaitement la conception que Mr Gilis se fait de la métaphysique. La doctrine de l’Unicité de l’existence est probablement celle qui caractérise le mieux les doctrines islamiques car, en raison de l’importance que celles-ci accordent à l’ « Extérieur » et qui implique un « Retournement » de point de vue, l’Unité métaphysique y est envisagée dans sa relation avec la multiplicité. Cependant, à partir du moment où il est question d’unicité (wahdat) on ne peut pas affirmer, à proprement parler, que nous nous trouvons dans le domaine « infra-ontologique », puisque l’Existence universelle est envisagée du point de vue de son Unité à partir de laquelle s’opère la distinction entre la non-manifestation et la manifestation universelle ; et comme celle-ci n’a elle-même de réalité que par rapport aux possibilités de non-manifestation dont elle tire son existence, le point de vue « ontologique » peut très bien être adopté pour exposer les réalités métaphysiques à condition de n’être pas affecté par l’esprit de système. Si Guénon n’adopte pas le point de vue « islamique » d’al-wujûd, c’est parce que cette doctrine est universelle, et selon l’enseignement du Cheikh al-akbar, al-wujûd nûr, c’est-à-dire « al-Wujûd est lumière » (Les Sept Etendards du Califat, p. 50) ; à cet égard, Guénon a exposé une doctrine analogue à travers le symbolisme d’autres formes traditionnelles que l’Islam. Seulement, nous reconnaissons volontiers à Mr Gilis l’arrogance de se montrer plus érudit que Guénon, non pas sur les doctrines de l’Islam, mais sur la terminologie akbarienne, « et on sait avec quel succès ». À la suite de ces dernières considérations, Mr Gilis conclut « qu’il n’y a aucune divergence entre l’enseignement d’Ibn ‘Arabî et celui de René Guénon », non sans souligner au passage et sans en avoir l’air, l’insuffisance métaphysique de Guénon à l’égard d’al-Wujûd (« Il y a une nuance importante à observer ici entre “unicité” [wahdat] et “unité”[ahad] : la première enveloppe la multiplicité comme telle, la seconde en est le principe », cf. L’homme et son devenir selon le Vêdantâ, ch. VI).

Il nous faut insister quelque peu sur la notion de « Possibilité universelle », car l’exposé de Mr Gilis sur cette question ne reproduit pas exactement celui de René Guénon. La Possibilité universelle, en tant qu’« aspect de l’Infini, dont celle-là ne se distingue que par notre façon de l’envisager, comprend toutes les possibilités particulière de manifestation et de non-manifestation » (Les Etats Multiples de l’Être, ch. I, p. 18). Elle « contient nécessairement la totalité des possibilités, et on peut dire que l’Être et le Non-Être sont ses deux aspects (…) L’Être contient donc tout le manifesté ; et le Non-Être contient tout le non-manifesté, y compris l’Être lui-même ; mais la Possibilité universelle comprend à la fois l’Être et le Non-Être » (ibid., ch. III, p. 31-32).

Or, à propos de l’Être, Mr Gilis écrit : « Rappelons que celui-ci est uniquement le principe de la manifestation universelle, c’est-à-dire des possibilités de manifestation en tant qu’elles sont effectivement manifestées, alors que la mashi’a [c’est-à-dire l’énergie productrice] régit la totalité des possibilités particulières (…) elle n’est rien d’autre qu’une “hypostase” de la Possibilité Universelle qui, rappelons le, “embrasse à la fois dans son Infinité, le domaine de la manifestation et celui de la non-manifestation” » (Les Sept Etendards du Califat, ch. VII, p. 56-57). Seulement, l’Être n’est pas « uniquement » le principe de la manifestation universelle car en tant que tel « il est lui-même non-manifesté » (Les Etats Multiples de l’Être, ch. III, p. 31-32) ; autrement dit, « l’Unité primordiale n’est pas autre chose que le Zéro affirmé, ou, en d’autres termes, l’Être universel qui est cette unité n’est que le Non-Être affirmé » (Ibid., ch. V, p. 46 ; voir aussi L’homme et son devenir ) ; et on peut trouver une expression doctrinale analogue chez Ibn ‘Arabî : « La non-existenciation (‘adam) dans l’être contingent (mumkin) est plus puissante que l’existenciation (wujûd) car le rapport qui relie cet être à l’état de non-manifestation est plus étroit que celui qui le relie à l’état de manifestation » (Les Sept Etendards du Califat, ch. VIII, p. 65-66).

Pour en revenir à Guénon, rappelons que « si l’on parle corrélativement de l’Infini et de la Possibilité, ce n’est pas pour établir entre ces deux termes une distinction qui ne saurait exister réellement ; c’est que l’Infini est alors envisagé plus spécialement sous son aspect actif, tandis que la Possibilité est son aspect passif (cf. L’homme et son devenir selon le Vêdantâ, p. 91, note 1). La non-manifestation d’une possibilité est plus essentielle que sa manifestation mais c’est par cette dernière que sa puissance se réalise, même si elle ne modifie rien en apparence), mais, qu’il soit regardé par nous comme actif ou comme passif, c’est toujours l’Infini, qui ne saurait être affecté par ces points de vue contingents, et les déterminations, quel que soit le principe par lequel on les effectue, n’existent ici que par rapport à notre conception. C’est donc là, en somme, la même chose que ce que nous avons appelé ailleurs, suivant la terminologie de la doctrine extrême-orientale, la “perfection active” (Khien) et la “perfection passive” (Khouen), la Perfection, au sens absolu, étant identique à l’Infini entendu dans toute son indétermination ; et, comme nous l’avons dit alors, c’est l’analogue, mais à un autre degré et à un point de vue bien plus universel, de ce que sont, dans l’Être, l’“essence” et la “substance” » (Les Etats Multiples de l’Être, ch. I, p. 21-22).

Guénon donne encore des indications qui peuvent s’appliquer à Khouen à propos du symbolisme des deux chaos : « L’ensemble des possibilités formelles et celui des possibilités informelles sont ce que les différentes doctrines traditionnelles symbolisent respectivement par les “Eaux inférieures” et les “Eaux supérieures” ; les Eaux, d’une façon générale et au sens le plus étendu, représentent la Possibilité, entendue comme la “perfection passive”, ou le principe plastique universel, qui, dans l’Être, se détermine comme la “substance” (aspect potentiel de l’Être) ; dans ce dernier cas, il ne s’agit plus que de la totalité des possibilités de manifestation, les possibilités de non-manifestation étant au-delà de l’Être » (Les Etats Multiples de l’Être, ch. XII, p. 94-95) ; et ailleurs, il précise encore : « si l’on dit que le monde a été formé à partir du “chaos”, c’est qu’on l’envisage uniquement au point de vue substantiel, et alors il faut d’ailleurs considérer ce commencement comme intemporel, car, évidemment, le temps n’existe pas dans le “chaos”, mais seulement dans le “cosmos”. Si donc on veut se référer à l’ordre de développement de la manifestation, qui, dans le domaine de l’existence corporelle et du fait des conditions qui définissent celle-ci, se traduit par un ordre de succession temporelle, ce n’est pas de ce côté qu’il faut partir, mais au contraire de celui du pôle essentiel, dont la manifestation, conformément aux lois cycliques, s’éloigne constamment pour descendre vers le pôle substantiel. La “création”, en tant que résolution du “chaos”, est en quelque sorte “instantanée”, et c’est proprement le Fiat Lux biblique ; mais ce qui est véritablement à l’origine même du “cosmos”, c’est la Lumière primordiale elle-même, c’est-à-dire l’“esprit pur” en lequel sont les essences de toutes choses » (Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Ch. XI, p. 84) ; et tel semble bien être le point de vue d’Ibn Arabî (cf. Les Sept Etendards du Califat, ch. VIII, p. 66-67), mais que valent réellement les rapprochements opérés par Mr Gilis qui ne respecte même pas la terminologie adoptée par Guénon ? ».

Après cette longue mise au point que nous avons tenu à reproduire intégralement en raison de sa clarté, ce premier ouvrage de Gilis sur Guénon se termine avec les chapitres XI, « Les origines de la religion chrétienne », qui nous semble bien inspiré, et XII,  « Remarques finales », où, à la suite d’éloges sur l’excellence et l’« indispensable connaissance » de l’œuvre de Guénon, nous trouvons ce passage mettant en cause «  un langage relativement nouveau qui ne coïncide pas toujours (…) avec celui des révélations correspondant à la phase ultime du présent cycle humain. L’exemple le plus clair à cet égard est celui de la Foi que Guénon a envisagé uniquement comme attachement sentimental à certaines expressions particulières de la Vérité, alors qu’en doctrine islamique, notamment, elle accompagne la réalisation métaphysique jusqu’à son degrés suprême ». Notons déjà qu’il n’y a de « suprême » que l’ « Identité » et la « Réalité ultime », non la réalisation elle-même ni ses degrés, car la réalisation appartient exclusivement à l’initié (‘abd) et non à Allâh. Cette « remarque » est caractéristique d’une distinction insuffisante entre la forme propre à l’ésotérisme et le sens ésotérique lui-même qui est toujours celui de Guénon. Ici, Gilis ne tient pas compte des différents degrés de la Foi musulmane, celui commun à tous les muslîm, et les degrés supérieurs de la Foi qui se révèlent progressivement avec le parcours initiatique pour aboutir à la Foi de « Science certaine » : « C’est Lui qui a fait descendre la sakîna dans le cœur des croyants afin que leur foi augmente (li-yazdâdû) toujours d’avantage » (al-fath, 4). Maintenant, ce que Guénon visait particulièrement lorsqu’il parlait de ceux qui ne font que croire à ce que d’autres savent est la croyance sentimentale qui est celle des chrétiens occidentaux et des pseudos religieux vivant dans l’ambiance des « démocraties occidentales », tandis que la Foi « comme attachement sentimental à certaines expressions particulières de la Vérité », concerne le caractère propre à « la mentalité religieuse » de l’exotérisme qui est apparu avec la Religion à l’époque de Musâ. Dans une note inédite (rédigée entre les années 1910 -1925), Guénon relève que : « La foi (shraddhâ), entendue dans son vrai sens, implique la certitude (elle est donc totalement différente de la croyance) ; elle est un moyen de connaissance pour ce qui dépasse le domaine de la raison (et qui est, non pas ‟irrationnel”, mais ‟supra-rationnel”) ». Le mot sanskrit shraddâ désigne la Foi avec l’idée de ferveur, ce qui est un équivalent exact du terme arabe imân. Si, comme Guénon lui-même en a fait la remarque à l’un de ses correspondants se posant des questions de cet ordre à l’égard du caractère religieux de la shari’ah : « celui qui peut le plus peut le moins », c’est aussi parce que « le moins » (la Loi religieuse) ne peut en aucun cas représenter une gêne ou un obstacle pour « le plus » (la haqiqah ou Vérité métaphysique) ; en Islâm, comme dans toute forme traditionnelle, la réalisation spirituelle intègre et n’exclue que l’erreur ou l’impossibilité. Gilis conclut donc à la nécessité d’« une adaptation des notions guénoniennes (…) », car pour lui, il y aurait une sorte d’incompatibilité entre « l’attachement sentimental à certaines expressions particulières de la vérité et la Réalisation métaphysique » ; ce rôle « d’adaptation et de guidance qui fut précisément assumé, en Islam, par Michel Vâlsan » devrait, selon lui, être toujours pris en compte.

 Mais ce que Gilis ne prend pas en compte est le fait que dans une tariqah, ne sont légitimes d’être diffusé en priorité que les enseignements des maîtres de la silsilah ; Ainsi, dans la silsilah Shadhiliyyah, deux murshîd seulement sont akbariens : Mohammad bahr al-safâ (père) et  ‘Alî wafâ (fils) , mais ni Ibn ’Arabî, ni ‘Abd al-Wâhid Yahyâ n’y figurent, ce qui implique que leurs œuvres ne peuvent être diffusées sans précaution dans les zawiyah (de cette tariqah et des autres). ‘Alî wafâ est l’auteur d’un certain nombre d’œuvres comprenant un ensemble d’invocations, de litanies, d’exhortations et de poèmes. A l’instar de son noble père, il était connu pour son approche akbarienne du taçawwuf. Il était un défenseur et un commentateur de sa doctrine de l’« Unité de l’être » (wahdah al-wujûd). Plusieurs de ses écrits abordent les mystères et les secrets spirituels sur des points complexes de la ma‘rifah mais la plupart n’ont jamais été édité et furent seulement réservés à l’élite de ses disciples comme il l’expliquait lui-même : « Celui qui écrit des livres sur les secrets spirituels doit les mettre à l’écart de la foule, et s’il voit une personne n’ayant pas le niveau requis s’en approcher, il se doit de lui en interdire l’accès ». On raconte également qu’un jour, deux foqarah akbariens s’entretenaient avec les fuçûs al-hikam ouvert devant eux ; lorsqu’un autre faqîr de la confrérie s’approcha, Ils refermèrent discrètement le kitab et parlèrent d’autres choses. Cette anecdote indique subtilement la place que doit occuper l’enseignement du shaykh al-akbar et a fortiori celui de Guénon, lesquels par adab, ne peuvent être partagés sans une attention particulière de la situation.

Le cas de Vâlsan cité par Gilis exigeait un commentaire car il faut tenir compte qu’en son temps les disciples du shaykh Mustafa se recrutaient exclusivement parmi les lecteurs de Guénon qui accédaient simultanément à l’Islâm (shari’ah) et à l’initiation dans la tariqah. Or, cette particularité, de toute évidence a cessé en 1974 avec l’activité de guidance du shaykh Mustafa.

 


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L’AGE D’OR Spiritualité et Tradition, numéro spécial - René GUÉNON - TÉMOIN DE LA TRADITION ET PROPHÈTE DE L’AGE D’OR À VENIR  - Puisseaux 1986-87.

Les éditeurs de cette revue ont composé cet hommage sous l’influence des conceptions de Julius Évola dont les intentions liées au pouvoir politique apparaissent encore plus nettement aujourd’hui. Évola est surtout reconnu dans les milieux nationalistes, particulièrement ceux de l’ « extrême droite », ce qui est fâcheux pour sa crédibilité et rend problématique toute référence à ce qui reste de valable dans ses ouvrages. Dans un passage du premier des trois textes signés par l’auteur de Chevaucher le tigre, figurant un peu lourdement en tête du sommaire, nous lisons ceci : « Dans le domaine de l’initiation, il convient également de faire des réserves (…) vis-à-vis de la conception quasi bureaucratique de l’initiation défendue notamment par Guénon : celle qui considère uniquement le rattachement (…) à des organisations ‟ régulières” qui, pourtant, dans le monde actuel, soit ont cessé d’exister, soit sont pratiquement hors d’atteinte (…) ». Évola fait ici le procès de la Maçonnerie qu’il connait certainement d’ailleurs pour y avoir été initié, sauf erreur, mais poursuivons avec le Bouddhisme dont il revendique une connaissance (théorique et particulière) du hinayana dans sa Doctrine de l’Eveil : « le jugement porté, au départ, sur le Bouddhisme par Guénon témoignait d’une stupéfiante incompréhension : jadis supprimé dans l’édition anglaise d’Orient et Occident, il fut ensuite modifié par Guénon, mais partiellement, celui-ci n’ayant fait de concession qu’à un Bouddhisme ‟ brahmanisé ” - c’est-à-dire à un Bouddhisme  privé de ce qu’il avait, originellement, de spécifique et de plus valable. Cet  élément  spécifique concerne une voie de réalisation en quelque sorte autonome, en une situation où l’action de l’individu qualifié qui se tourne vers l’inconditionné, y compris par la violence (et le Christianisme lui-même connait la violence que la porte des Cieux peut-être amenée à subir, ainsi que la formule ‟Vous êtes des dieux”), est la contrepartie imprescriptible à la descente  d’une force venue d’en haut, sans ‟bureaucraties initiatiques” ». La suite est affligeante et confirme l’ignorance profonde d’Évola. Mais le ton de la « révolte du kshatriyas » est donné, un ton dont l’expression semble davantage mêlée d’idéologie que de connaissance d’ordre traditionnel, au point qu’on a ici une charge critique dont les limites se retournent ipso-facto contre elles-mêmes : ignorance des réalités initiatiques, ignorance des liens entre l’ésotérisme et l’exotérisme (de l’Islâm par exemple), mais surtout en l’occurrence, ignorance des rapports entre le Hinayana et le Mahayana tel qu’il existe dans le Dharma tibétain du Vajrayana et dans le Tchan de la Chine traditionnelle que l’« esprit différencié » d’Évola semble ignorer superbement. Ces assertions contredisent de façon manifeste toutes les voies traditionnelles du Dharma dans lesquelles la « violence », comme celle évoquée dans les Évangiles, concerne l’effort (le grand jihad ou l’ascèse) dont l’initié doit faire preuve à l’encontre de ses illusions individuelles. Ces considérations évoliennes s’inscrivent dans la continuité de l’inversion hiérarchique du pouvoir royal sur l’autorité sacerdotale que cet auteur a soutenu toute sa vie avec un entêtement obsessionnel. Avec le temps, on mesure à quel point ces conceptions continuent de jeter de la confusion dans les idées, notamment chez des penseurs comme Alain de Benoist qui mélangent un peu trop facilement les « idéologies réactionnaires » avec la rectitude spirituelle de la tradition.

Peu de chose donc à retenir parmi les textes et des interventions des personnalités conviées à ce témoignage de la tradition. Il est remarquable qu’ils partagent tous un non-engagement dans une forme traditionnelle et une indifférence à l’égard de l’initiation régulière et de ses implications, à l’exception cependant de Pierre et Jean Louis Grison qui signent une longue présentation de Guénon tout à fait correcte sauvant in extremis cette publication de l’oubli.

 

 

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« HOURIS »


Les huri, ces vierges promises aux hommes ayant eu accès au Paradis relèvent d’un symbolisme que peu de gens connaissent. Les « jouissances » promises n’ont pas de lien avec celles qui appartiennent au monde terrestre (dunya), et contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas seulement les hommes qui y ont droit. Lorsque, dans ce contexte, le Qorân parle des « hommes », on doit comprendre qu’il s’agit d’êtres spirituellement accomplis ; certaines musulmanes, par leur proximité avec Allâh تعالى , sont égales à un Walî.

Allâh تعالى a dit (hadîth qudsî) :

 « J’ai préparé pour Mes serviteurs vertueux ce qu’aucun œil n’a vu, ce qu’aucune oreille n’a entendu et ce qu’aucun esprit humain n’a pu imaginer ».

Cela signifie qu’aucune  personne n’est en mesure de connaître les plaisirs qui lui sont réservés en récompense de ce qu’elles accomplissent.

Les hûr al-‘ayn (les huri) citées dans le Qoran, ces vierges pures et célestes, « qu’aucun homme, ni aucun jinn n’a défloré » (al-rahmân, 55-56 et 55-74) symbolisent les connaissances qu’Allâh تعالى a gardé secrètes et qu’Il a réservé à l’élite de Ses serviteurs (al-rahmân, 71-75). Ces « Connaissances » sont du genre féminin car elles qui donnent la vie, à l’instar du cocon matriciel (al-ummiyah) qui relève de la féminité ontologique ; elles sont par conséquent invisibles, inaccessibles pour les autres et elles sont réservées.

Elles sont vierges car personne ne les a pénétrées avant celui pour qui ces connaissances sont destinées. S’il est précisé dans le texte coranique qu'elles n’ont été déflorées par aucun homme, ni aucun jinn, c’est parce qu’elles ne sont concernés par aucune des conditions propres aux degrés du corps grossier et subtil ; chastes et pures, elles appartiennent exclusivement au plan céleste.

Il est aussi rapporté par la tradition que les « épouses paradisiaques » redeviennent vierges après chaque relation (le verbe utilisé est Çala - mise en lien-), cette symbolique relève du point de vue initiatique et métaphysique : le fait que ces huri demeurent vierges signifie que leur réalité est comme perpétuellement vierge et nouvelle. C’est la non-répétition du Réel (أنه لايتكرر شيء‏ في الوجود). Il y a ici un rapport direct avec l’invocation prophétique dans laquelle Mohammad (´as) demande à Allâh d’être toujours perplexe par rapport à la Réalité divine (les termes pour dire « perplexe » (hîr) et pour dire huri  (hûr) ont la même racine. 





 

 

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Le premier message posté sur notre blog (le 20 juin 2008), était consacré à une publication de Michel Chodskiewitcz dans Le Monde du 19 juin 1982. Le grand spécialiste universitaire du Shaykh al-akbar, Muhyd-dîn Ibn ‘Arabî, était alors directeur des Éditions du Seuil. Aujourd’hui, cette maison d’édition a été rachetée par un nationaliste d’extrême droite qui ose se prétendre chrétien et entends imposer ses conceptions idéologiques délétères. Le court texte de Chodkiewitcz, reproduit ci-dessus, démasquait la malhonnêteté de certains penseurs tristement célèbres qui, suite à des actions terroristes perpétrées par les groupements racistes de la nébuleuse sioniste, dont il convient toujours de rappeler le caractère délibérément anti-traditionnel, s’abstenaient d’en dénoncer les abjections lors même qu’ils s’empressaient de s’indigner fiévreusement de celles des autres courants politiques équivalents. Nous avions conclu dans ce message que « depuis 30 années, ce texte n’avait rien perdu de son actualité ni de sa pertinence ». Mais, en ce temps-là, Le Seuil publiait encore des ouvrages honorables. Les temps changent. L’infra-humanité et la folie meurtrière n’ayant cessé d’augmenter et de s’imposer dans les cercles de pouvoir des nations occidentales, nous en constatons les répercutions dans tous les domaines de la société. Cette maison d’édition appartient désormais à un groupe de marchands ploutocrate sans foi ni loi qui ne va pas manquer de faire le ménage dans son catalogue nouvellement acquis à l’instar des « nouveaux régimes » propres aux « démocratures ». Depuis la révolution de 89, on ne compte plus les actes que l’on peut attribuer à la disparition de l’intellectualité.

 

 

 

 


vendredi 1 novembre 2024

TSONG TSEN GAMPO / C-R : Meftah : Clefs pour comprendre l’œuvre d’Ibn Arabi – les Futûhât al-Makkiyah –

 

 


ENSEIGNEMENTS

DU ROI

TSONG TSEN GAMPO

(Extraits)*

 

 


Les enseignements du Roi TSONG TSEN GAMPO, « Gardien du Dharma » et « Manifestation de Tchenrezi » se présentent en quarante chapitres, chacun étant composé de trois sentences.

 

  Présenté par Kunzang Tendzin





Chapitre : Les dix Dharma du rejet des fautes

et de

l’adoption des vertus

 

 

1 – Les trois Dharma qui détournent les moines de la voie

(Concerne surtout les moines mais aussi les « laics ».)

– Si, critiquant le sens du Vinaya, la discipline, nous ne gardons pas les vœux correspondants, voilà le Dharma qui détourne de la voie.

– Si, critiquant le sens des Sutra, nous ne lisons pas pour soi et si nous ne récitons pas pour les autres, voilà le Dharma qui détourne de la voie.

– Si, critiquant le sens de l’Abhidharma, nous n’aspirons pas à la connaissance du sens profond, voilà le Dharma qui détourne de la voie. 

 

2 – Les trois Dharma atteints par les démons

– Si, alors que nous ne mettons pas en pratique le Dharma, nous manifestons de l’orgueil, de la vanité (en se contentant de débattre), voilà le Dharma qui empêche la pratique, qui seule procure la maitrise de l’esprit.

D’après Sakya Pandita : « On reconnait le vrai savant à la maitrise de son esprit dompté ».

– Si, le méditant est distrait par la poursuite de biens (matériels), c’est alors le Dharma entaché par les poursuites du démon.

– Si, le « disciple » est habile dans les apparences, mais qu’au fond de lui-même, il ne demeure pas dans le respect des vœux, c’est alors le Dharma entaché par le démon. 

 

3 – Les trois Dharma dépourvus de sens

– Si, en vue de l’acquisition de la renommée, nous amassons richesses et  jouissances, c’est alors le Dharma dépourvu de sens.

– Si, en vue d’obtenir des richesses, nous trompons autrui, c’est alors le Dharma dépourvu de sens.

– Si, en vue d’obtenir de la nourriture, vous manifestons de l’avidité, alors le Dharma dépourvu de sens.


4 – Les trois Dharma en accord avec les Paroles du Bouddha

– Si, abandonnant la recherche de notre propre esprit, nous recherchons ailleurs que le Bouddha, voilà le Dharma en contradiction avec les Paroles du Bouddha.

– Si, laissant les êtres de côté, nous recherchons l’acquisition des vertus et des mérites  ailleurs (i.e. dans un objet autre), voilà le Dharma en contradiction avec les Paroles du Bouddha.

– Si, délaissant nos parents, nous développons la gratitude envers d’autres personnes, voilà le Dharma en contradiction avec les Paroles du Bouddha.

 

5 – Les trois Dharma dépourvus de risque d’erreur 

Si nous sommes capables de Refuge constant dans le Lama et les trois Joyaux, nous possédons alors le Dharma dépourvu de risque d’erreur.

Si nous sommes capables de rejeter fermement les dix « non-vertus »*, nous possédons alors le Dharma dépourvu de risque d’erreur.

* Les dix « non-vertus » :

- 3 non-vertus du corps : prendre la vie d’un être vivant, prendre ce qui n’a pas été donné, avoir des relations sexuelles inappropriées.

- 4 non-vertus de la parole : mentir, médire, proférer des paroles blessantes ou grossières, des paroles vaines.

- 3 non-vertus de l’esprit : pensées malveillantes, pensées envieuses, pensées fausses.

Si nous sommes capables de servir constamment le Lama avec notre corps, notre parole et notre esprit, nous possédons alors le Dharma dépourvu de risque d’erreur.

 

6 – Les trois Dharma en accord avec les Paroles du Bouddha

Si, de notre corps, nous gardons les vœux pris lors des Refuges ou des Initiations, nous possédons alors le Dharma en accord avec les Paroles du Bouddha.

Si, de notre parole, nous sommes capables de réciter les mantra et prières, nous possédons alors le Dharma en accord avec les Paroles du Bouddha.

Si nous sommes capables de placer l’esprit dans la concentration de la méditation, nous possédons alors la Dharma en accord avec les Paroles du Bouddha.

 

7 – Les trois Dharma qui nous abaissent

Si nous critiquons avec mépris la tradition des autres, voilà le Dharma qui nous abaisse.

Si nous éprouvons des doutes envers notre propre doctrine, voilà le Dharma qui nous abaisse.

Si nous pratiquons une fausse doctrine, voilà le Dharma qui nous abaisse.


8 – Les trois Dharma qui nous élèvent

Si, pratiquant les dons, nous savons garder les vœux de la discipline, nous possédons alors le Dharma qui nous élève. 

Si, faisant preuve de patience à l’égard des personnes hostiles dans des circonstances difficiles  et que nous développons l’effort, nous possédons alors le Dharma qui nous élève.

Si, plaçant l’esprit dans la méditation, nous connaissons sa nature véritable, nous possédons alors le Dharma qui nous élève.

 

9 – Les trois Dharma qui conduisent au sommet

Si, ayant rejeté l’attachement aux actes, nous contemplons la nature de l’esprit, alors nous possédons le Dharma qui conduit au sommet.

Si, rejetant la dévotion envers les esprits et les divinités nuisibles, nous pratiquons les Divinités, Manifestations des Bouddha, nous possédons alors le Dharma qui conduit au sommet.

Si nous purifions les mauvaises tendances, alors nous possédons le Dharma qui conduit au sommet.

  

10 – Les trois Dharma expliqués aux différentes catégories de disciples


Aux petits esprits, le Dharma enseigné est celui du contrôle de l’esprit.

 

Aux esprits moyens, le Dharma enseigné est celui de la vision et sa compréhension intérieure (vision de la shunyata).

 

Aux esprits excellents, le Dharma enseigné est celui de la Réalité complète du Bouddha, seulement accessible à l’élite.

 



* Cet Enseignement est diffusé dans la branche Sakyapa du Vajrayana du Dharma tibétain.

  


 

 


 

 

 

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Compte-rendu

 

 Meftah : Clefs pour comprendre l’œuvre d’Ibn Arabi – les Futûhât al-Makkiyah – par H. Redouane, aux Editions i.

 Abdelbaqi Meftah, dont l’ouvrage Al-mafâtih al-wujûdiyya wa al-qur‘âniyya li kitâb fuçûs al-hikam traduit par Abdallah Tournepiche a été largement présenté ici-même, revient dans une traduction de H. Redouane composée d’extraits du livre Buhûth hawla kutub wa mafâhîm al-shaykh al-akbar en parti traduits et publiés dans la revue Vers la Tradition. Deux chapitres inédits ont été sélectionnés pour figurer sous ce nouveau titre qui comprends ainsi quatre chapitres abordant, pour les deux premiers : l’« Eloge du shaykh al-akbar » et « De la structure d’ensemble de l’ouvrage al-Futûhât al-Makiyya du shaykh al-akbar Ibn ‘arabî » dont l’intérêt est d’avoir une analyse de la doctrine d’Ibn ‘Arabî pensée en langue arabe (comme pour l’étude que D. Tournepiche avait traduit pour les éditions Arma Artis sous le titre Les clés ontologiques et coraniques des fuçûs al-hikam). D’ailleurs, dans cette dernière étude nous retrouvons des sujets déjà abordés par Meftah ; les deux chapitres suivants concernent la rencontre d’Ibn ‘Arabî avec Ibn Rushd. On se souvient que le shaykh al-akbar, alors âgé d’une vingtaine d’année et dont la renommée commençait déjà à se répandre en Andalousie, avait suscité la curiosité intellectuelle du célèbre commentateur d’Aristote qui manifesta le désir de s’entretenir avec lui. L’échange de ces deux savants (situé en 1180) fait l’objet d’une analyse sur leurs points de vue respectifs concernant spécialement la Résurrection des morts dont la divergence doctrinale se conclut par la parole du shaykh al-akbar : « Oui… et non ; entre le oui et non les âmes s’envolent hors de leurs corps ». Claude Addas avait  relaté cette rencontre dans La quête du Soufre Rouge mais sans donner plus de détails. Le troisième chapitre se répartit en différentes questions ayant trait à la Résurrection.

 L’importance de la vie posthume en Islâm est donnée dans la réponse à la question de l’Ange Jibrîl apparaissant sous les traits d’un jeune homme et demandant au Prophète Mohammad (‘as) : « Qu’est-ce que l’Imân (la Foi) ? C’est, répondit le Prophète : ‟croire en Allâh, en Ses anges, à l’autre vie, aux prophètes et à la Résurrection (ba‘th)” ». L’arabe ba‘th rendu par résurrection signifie suivant les contextes : envoi (l’ « envoi » dans la mission des prophètes), l’idée d’éveiller, de sortir de la torpeur de l’ignorance (d’où aussi l’acception idéologique de « réveil » au sens de renouveau ou de « renaissance » propre aux réformistes). Les Ikwân al-çafâ définissent ce terme par le réveil des corps qui sont morts, et aussi par l’éveil des âmes endormies dans l’insouciance et l’oubli, et qui après la mort, revivent des effets de l’ignorance.

Ce qui fait l’objet de l’étude de Meftah sont les significations telles qu’elles sont données par le shaykh al-akbar reposant sur quelques termes concernant la résurrection des morts, termes apparaissant notamment au chapitre 64 des Futûhât, comme : i‘âdah (restitution), ma‘âd (retour à l’existence de ce qui a péri) et mahsûs (tangible ou sensible).

Il existe plusieurs sens au terme ma‘âd. Pour le Kalam et le point de vue dominant en Islâm, celui-ci doit se comprendre comme le retour à l’ « existence » de ce qui a subi la mort. Il semble que l’on doit entendre la destruction du composé humain et de son « corps subtil », puis la « re-manifestation » de l’être dans état individuel dès lors qu’il n’a pas obtenu la Salut. Ce sens général est un équivalent exact du pretya-bhava de la doctrine hindoue. C’est par conséquent l’interprétation et la traduction de ce terme ba‘th associé à mahsûs et ma‘âd, c’est-à-dire l’idée de la « résurrection sensible » et de « retour » qui est susceptible d’erreurs et de dérives.

La résurrection et ses modalités furent longuement débattues par les falâsifah. Meftah introduit le sujet en présentant Ibn Rush (Averroès) déclarant dans sa réponse à l’Imâm Gazâlî que les philosophes anciens ne se sont pas prononcés sur cette question et que les prophètes, après Mûsâ, ont été les premiers à faire mention d’une « résurrection sensible ». Par résurrection sensible il faut sans aucun doute comprendre que ba‘th implique les organes des sens à la différence d’une conception de la résurrection qui ne concernerait que l’enveloppe subtile du défunt dégagée de toute mémoire produite par les organes sensoriels qui ont participé aux actions passées de son existence, ce qui, métaphysiquement, est une impossibilité. Le terme « sensible », qui semble  traduire mahsûs, utilisé par le shaykh al-akbar signifie tangible – avec l’idée « tombant sous le sens » ; c’est avec cette acception spéciale qu’il peut désigner spécialement le mode subtil de la condition individuelle, à savoir son « corps subtil ». Et nous savons avec l’ouvrage de Guénon concernant l’Erreur spirite que le plan subtil, au degré humain, possède des « prolongements » insoupçonnés et indéfinis.

Cette notion de « Résurrection sensible » ou « Résurrection des corps » et l’implication du terme ma’âd du chapitre 64 des Futûhât aurait mérité davantage de clarté. On peine en effet à comprendre ce qu’Ibn ‘Arabî  veut dire ici en raison semble-t-il du choix de certains termes par le traducteur (p. 77) : « Sache que les gens divergent à propos de la restitution (i‘âda) dont les croyants affirment qu’il s’agit d’une résurrection corporelle. Nous ne nous attarderons pas sur le point de vue de ceux qui considèrent la restitution et l’ultime constitution comme chose [purement] intelligible et immatérielle ; cette position est fausse, car elle procède de l’ignorance (…) ; ils affirment donc le principe intelligible et nient le principe sensible. Notre point de vue rejoint ces contradicteurs quant à l’affirmation d’une constitution spirituelle et intelligible, non pour les mêmes motivations mais parce que la mort de l’homme est en soi sa résurrection ; seulement, il s’agit de la petite résurrection. C’est en ce sens que le prophète – sur lui la grâce et la paix – a dit : ‟La Résurrection n’est rien d’autre que l’union des âmes individuelles à l’Âme universelle ; et tout cela je l’affirme au même titre que les contradicteurs” ». Meftah poursuit : « Le  ‟oui” adressé par Ibn ‘Arabî à Averroès concerne cet aspect de la question ; quant au ‟non”, il se réfère aux contradictions des spéculatifs avec les affirmations de la loi. Le Shaykh poursuit ainsi son propos :

 C’est sur ce point précis que divergent les partisans de la réincarnation, comme les autres (litt. comme ceux qui ne l’affirment pas) ; tous sont de rationalistes, adeptes de la spéculation, qui utilisent, en guise d’argumentation, le sens littéral des versets coraniques et des traditions prophétiques. (…) Aucun d’entre eux n’a établi de crédo sur la question sans parvenir à un aspect véridique. Ils ont partiellement saisi la signification du Législateur mais il leur a manqué cette connaissance détenue par d’autres qui confirme l’aspect sensible (mahsûs) de la résurrection corporelle, de la nature tangible de la Balance, du pont, du Paradis et de l’Enfer. (…) La science divine est ainsi plus étendue et plus accomplie ; la combinaison entre l’intellect et les sens, l’intelligible et le sensible procède d’une plus grande puissance et d’une perfection divine plus accomplie puisqu’ainsi, Dieu conserve sur chaque espèce des possibles, l’Autorité (hukm) de [Son Nom] le connaisseur du non-manifesté comme du manifesté et l’Autorité se Ses Noms : le Manifesté et l’Occulté…) ». N’ayant pas le texte original de Meftah à notre disposition, il est délicat de discerner où se situe la confusion manifeste qu’il est impossible d’attribuer au shaykh al-akbar. Ce concept de « réincarnation » arrive de façon incongrue et ne peut qu’engendrer le trouble qui vient s’ajouter à celui de l’idée « matière » et de « corps matériel » qui sont des conceptions modernes susceptibles d’induire en erreur car, et il est important de le souligner, le concept de « matière » n’existaient pas à l’époque d’Ibn ‘Arabî. Il est certain qu’en utilisant une telle expression, c’est-à-dire,  l’« aspect sensible de la résurrection corporelle » envisagée de cette façon peut rendre perplexe, non seulement sur le texte d’Ibn ‘Arabî lui-même, mais aussi sur le commentaire de Meftah venant à la suite : « (…) Pour résumer la position du Shaykh, la constitution terrestre est naturelle (tabî’yya) et élémentaire (‘unsuriyya) ; sa densité (kathâfa) domine sa subtilité (latâfa). La constitution dans l’Au-delà est semblable à celle d’ici-bas : elle est naturelle, sensible, intelligible et réunit l’âme au corps… ». Il est bien entendu que « semblable » dans ce contexte signifie analogue.

Plus loin, à propos de Mudâwî al-kulûm, nous trouvons encore des imprécisions dues à la traduction où il est question de la « sphère des constellations du zodiaque », c’est-à-dire du falak al-burûj qui est un « Ciel sans étoile » et doit donc se traduire par : la « Sphère des Tours zodiacales » ou « Sphère des Signes zodiacaux ». Il est fait aussi un usage abusif du mot adepte qu’il serait préférable de réserver aux awaliyah ou tout au moins aux shuyûkh ayant atteint un plus haut degré que celui de la « connaissance rationnelle et spéculative » du philosophe, fut-il Averroès lui-même.

Sachant naturellement que toute traduction ne peut donner satisfaction sous tous les rapports, ces quelques remarques n’entament en rien l’intérêt que l’on peut retirer de cet ouvrage.

 

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A propos de la Résurrection des morts * 

 

 « Quant à la ‟résurrection de la chair”, ce n’est, en réalité, qu’une façon fautive de désigner la  ‟résurrection des morts”, qui, ésotériquement (11), peut correspondre à ce que l’être qui réalise en soi l’Homme Universel retrouve, dans sa totalité, les états qui étaient considérés comme passés par rapport à son état actuel, mais qui sont éternellement présents dans la ‟permanente actualité de l’être extra-temporel” » (12)

 

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« (...) c’est ainsi que nous avons vu tout récemment, dans une revue que nous aurons la charité de ne pas nommer, le dogme catholique de la résurrection de la chair » interprété dans un sens réincarnationniste ; et encore c’est un prêtre, sans doute fortement suspect d’hétérodoxie, qui ose soutenir de pareilles affirmations ! Il est vrai que la réincarnation n’a jamais été condamnée explicitement par l’Église Catholique, et certains occultistes le font remarquer à tout propos avec une évidente satisfaction ; mais ils ne paraissent pas se douter que, s’il en est ainsi, c’est tout simplement parce qu’il n’était pas même possible de soupçonner qu’il viendrait un jour où l’on imaginerait une telle folie. Quant à la résurrection de la chair, ce n’est, en réalité, qu’une façon fautive de désigner la résurrection des morts, qui, ésotériquement (11), peut correspondre à ce que l’être qui réalise en soi l’Homme Universel retrouve, dans sa totalité, les états qui étaient considérés comme passés par rapport à son état actuel, mais qui sont éternellement présents dans la permanente actualité de l’être extra-temporel » (12)

 

 (11) Bien entendu, cette interprétation ésotérique n’a rien de commun avec la doctrine catholique actuelle, purement exotérique ; à ce sujet, voir Le Symbolisme de la Croix, 2e année, no 5, p. 149, note 4 [note 41].

 (12) Voir Pages dédiées à Mercure, 2e année, no 1, p. 35, et no 2, p. 66.

* Palingenius, « Les néo-spiritualistes ».

 

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« Nous ajouterons tout de suite que, si le Paradis est une prison pour certains comme nous l’avons dit précédemment, c’est justement parce que l’être qui se trouve dans l’état qu’il représente, c’est-à-dire celui qui est parvenu au salut, est encore enfermé, et même pour une durée indéfinie, dans les limitations qui définissent l’individualité humaine ; cette condition ne saurait être en effet qu’un état de privation pour ceux qui aspirent à être affranchis de ces limitations et que leur degré de développement spirituel en rend effectivement capables dès leur vie terrestre, bien que, naturellement, les autres, dès lors qu’ils n’ont pas actuellement en eux-mêmes la possibilité d’aller plus loin, ne puissent aucunement ressentir cette privation comme telle. On pourrait alors se poser cette question : même si les êtres qui sont dans cet état ne sont pas conscients de ce qu’il a d’imparfait par rapport aux états supérieurs, cette imperfection n’en existe pas moins en réalité ; quel avantage y a-t-il donc à les y maintenir ainsi indéfiniment, puisque c’est là le résultat auquel doivent aboutir normalement les observances traditionnelles de l’ordre exotérique ? La vérité est qu’il y en a un très grand, car, étant fixés par là dans les prolongements de l’état humain tant que cet état même subsistera dans la manifestation, ce qui équivaut à la perpétuité ou à l’indéfinité temporelle, ces êtres ne pourront passer à un autre état individuel, ce qui sans cela serait nécessairement la seule possibilité ouverte devant eux ; mais encore pourquoi cette continuation de l’état humain est-elle, dans ce cas, une condition plus favorable que ne le serait le passage à un autre état ? Il faut ici faire intervenir la considération de la position centrale occupée par l’homme dans le degré d’existence auquel il appartient, tandis que tous les autres êtres ne s’y trouvent que dans une situation plus ou moins périphérique, leur supériorité ou leur infériorité spécifique les uns par rapport aux autres résultant directement de leur plus ou moins grand éloignement du centre, en raison duquel ils participent dans une mesure différente, mais toujours d’une façon seulement partielle, aux possibilités qui ne peuvent s’exprimer complètement que dans et par l’homme. Or, quand un être doit passer à un autre état individuel, rien ne garantit qu’il y retrouvera une position centrale, relativement aux possibilités de cet état, comme celle qu’il occupait dans celui-ci en tant qu’homme, et il y a même au contraire une probabilité incomparablement plus grande pour qu’il y rencontre quelqu’une des innombrables conditions périphériques comparables à ce que sont dans notre monde celles des animaux ou même des végétaux ; on peut comprendre immédiatement combien il en serait gravement désavantagé, surtout au point de vue des possibilités de développement spirituel, et cela même si ce nouvel état, envisagé dans son ensemble, constituait, comme il est normal de le supposer, un degré d’existence supérieur au nôtre. »

 

* Ch. X : « Salut et Délivrance » (paru dans Études Traditionnelles, janvier-février 1950) ;  « Recueil posthume » - Annexe aux Livres et divers : Aperçus sur l’initiation -, éditions Œuvre de René Guénon.

 

 

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ÉTUDES TRADITIONNELLESnuméro spécial consacré à RENÉ GUÉNONJuil.- nov. 1951, Nos 293-295

Cette publication est le premier hommage rendu au « maitre » des études traditionnelles après sa mort. Nous en retenons seulement trois contributions :


- RENÉ GUÉNON PRÉCURSEUR 

Tous ceux qui ont connu René Guénon et qui, par leur compréhension attentive et fervente, ont gagné de l’entendre converser et parler, tous ceux-là possèdent mieux que les autres, le rare et précieux privilège de pouvoir retrouver, en relisant son œuvre, tous les aspects d’une pensée qui fut et qui demeure constamment rattachée à l’« essence inaltérable de ces principes suprêmes immuablement contenus comme il l’écrit lui-même, « dans la permanente actualité de l’intellect divin ».  Il suffit, en effet, d’ouvrir l’un de ses livres et d’y lire au hasard, pour se rendre compte à quel point René Guénon avait le sens de l’harmonie universelle et totale, de cette harmonie qui reflète dans la multiple diversité du monde et de la vie l’éternelle présence de l’immobile unité. Ainsi placé au vrai « Centre du Monde », au cœur vivant de toute initiation valable, René Guénon, avec une fermeté de pensée, une solidité de doctrine, une clarté d’expression et une rare puissance de  logique et de pénétration, a consacré sa vie à nous faciliter l’accès à tous les temples où se  conserve encore dans l’univers entier, la lumière de l’Esprit et de la Connaissance.

Or, pour accéder à cette Connaissance transcendante et divine, René Guénon ne cesse de répéter, et c’est là un de points essentiels qui donne à son message sa valeur effective, qu’elle ne peut être obtenue que par un effort strictement personnel. Les instructeurs, les mots et les écrits peuvent nous guider sans doute, nous servir de « support », mais, rigoureusement incommunicable, la Connaissance initiatique et suprême ne peut être atteinte seulement que par soi-même. Pour le parfait initié, la véritable sagesse ne consiste donc pas à cultiver l’illusoire vanité du savoir profane, d’encombrer sa mémoire d’idées plus ou moins fausses cueillies au champ d’autrui, mais à développer cette puissance de connaissance intérieure contre laquelle nulle force brutale ne saurait prévaloir. Cette puissance est supérieure à l’action et à tout ce qui passe. Etrangère au temps, elle est la conscience vivante de l’infrangible et sereine unité et la garant de notre éternité. 

Aussi, faut-il saluer en René Guénon un précurseur, dans le monde occidental, de cette renaissance des forces spirituelles dont il a tant besoin pour se régénérer, pour se purifier de toutes les erreurs qu’accumule dans les âmes, cet infernal artisan de désordre, de nausée et de désespérance qui est le matérialisme de la pensée moderne.

Nous savons toute l’énorme influence qu’a l’œuvre guénonienne pour contribuer à former cette élite intellectuelle nouvelle dont l’action peut encore assumer le salut de l’homme et la libération du monde menacé.

 « Il n’y a donc pas lieu de désespérer, écrit René Guénon. Et, n’y eût-il même aucun espoir d’aboutir à un résultat sensible avant que le monde moderne ne sombre dans quelque catastrophe, ce ne serait pas encore une raison valable pour ne pas entreprendre une œuvre dont la portée réelle s’étend bien au delà de l’époque actuelle. Ceux qui seraient tentés de céder au découragement doivent penser que rien de ce qui est accompli dans cet ordre ne peut jamais être perdu, que le désordre, l’erreur et l’obscurité ne peuvent l’emporter qu’en apparence et d’une façon toute momentanée, que tous les déséquilibres partiels et transitoires doivent nécessairement concourir au grand équilibre total, et que rien ne saurait prévaloir finalement contre la puissance de la vérité ; leur devise doit être celle qu’avaient adoptée autrefois certaines organisations initiatiques de l’Occident :

« Vincit Omnia Veritas ».

 

Mario Meunier 

 

 

- Luc Benoist : PERSPECTIVES GÉNÉRALES

Après avoir rendu compte de l’œuvre par un résumé de chacun de ses ouvrages, Benoist conclut : « (…) Sans doute est-il difficile de dire quel sera le destin historique de René Guénon. Il suivra sans doute dans son aspect formel le destin de la langue et de la culture dont cette langue fut l’expression. Mais ce qui est certain, c’est que nulle œuvre humaine ne s’est assurée en elle-même une garantie plus sûre de survie, par son attachement intégral à ce qui est la Vérité ».

 

- Michel Vâlsan : LA FONCTION DE RENÉ GUÉNON ET LE SORT DE L’OCCIDENT

Il est beaucoup question de « fonction », de l’état et du déclin du christianisme et de la « constitution de l’élite ». Au sujet des « réflexions » concernant les possibilités de la constitution de l’élite, Vâlsan leurs reconnait, au terme de son long développement, « un caractère trop hypothétique et abstrait », mais néanmoins il était important, précise-t-il, de les avoir formulé pour tenter de « circonscrire d’une façon très générale la signification » que pouvait avoir « la cessation, à ce moment, de la fonction personnelle de Guénon ». En effet, les indications de Guénon données par correspondance à Vâlsan ont joué pour lui un rôle décisif, notamment pour ce qui concerne sa prise d’indépendance à l’égard du groupe shuonnien et la « création » de sa tariqah. Cependant, si elles cessèrent avec sa disparition, l’œuvre de Guénon restait. À propos de cette correspondance, le fait qu’elle soit maintenue « sous le boisseau », laisse supposer qu’elle ne doit pas revêtir une grande importance et sans doute aucune information autre que celles qui ont permis à Vâlsan de développer les éléments présents dans cet hommage et dans son autre article qui semble lui faire suite, « L’Islâm et la fonction de René Guénon » (publié dans Études Traditionnelles, janv.-fev.1953). 

Il faut reconnaitre que cinquante années plus tard, si le « sort de l’Occident » s’est encore irrémédiablement enfoncé dans la « barbarie », voire la démence, beaucoup de choses imprévisibles au début des années cinquante se sont modifiées de telle sorte qu’aujourd’hui, les conditions de la présence des vérités traditionnelles et surtout leur accès initiatique en Occident, n’ont plus grand chose à voir avec celles qui prévalaient à l’époque de Guénon.

 

 

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