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samedi 15 octobre 2016

14 moharram 1438 / 15 octobre 2016 (LRQST)











L. R. Q. S. T.




Hégémonie du « Règne de la Quantité » et Islâm.

Selon Guénon, lorsqu’elle aura épuisé sa finalité exclusivement dissolvante, la fonction du monde moderne n’aura plus de nécessité et son temps cessera. Mais avant d’en arriver à ce terme, beaucoup de choses appartenant encore à des réalités vivantes d’ordre religieux et initiatique, au sein des traditions occidentales et orientales, devront disparaître ou laisser la place à leurs contrefaçons, car, à considérer la logique des choses, les déséquilibres en nombre croissant ne peuvent que continuer à engendrer, troubles, désordres et conflits insolubles. Quoi qu’il en soit de l’avenir incertain de notre humanité, les « philosophes modernes » s’emploieront à justifier avec zèle toutes les crises en cours et à venir en les considérant comme la rançon inévitable du « progressisme » se gardant bien de les intégrer dans une mesure globale et d’en dégager les causes premières. Cependant, rien n’y fera : tant que les faits ne seront pas situés à la place qui leur revient, il nous sera impossible d’évaluer leur concours singulier simultanément à leur « somme » dans « l’équilibre total » d’une période, en l’occurrence la nôtre, qui débuta avec de la visibilité de l’histoire humaine. Faute de cette « vision intégrale », la chronique des évènements s’oriente naturellement selon les tendances mentales de l’époque par laquelle leurs auteurs conçoivent le sens de l’Histoire, de sorte que bon gré mal gré, ceux-ci ne sont au fond que de simples instruments au service de la diffusion idéologique, sinon de la propagande, non pas de « l’Empire », comme l’appellent certains mais d’une parodie d’Empire.
Les raisons qui ont amené progressivement le monde occidental à l’hégémonie du « Règne de la Quantité » se manifestent aujourd’hui avec une telle puissance que les États dirigeants possèdent la garantie de leurs dominations sur le reste du monde. Ce « privilège » s’exprime par de l’arrogance et un extraordinaire sentiment d’impunité ouvrant la voie aux pires forfaits. Comme au siècle dernier, l’objectif consiste à affronter le monde traditionnel par la violence et l’ethnocide et à imposer ensuite, partout où cela devient possible, des conceptions idéologiques anti-traditionnelles. De surcroit, les « démocraties anglo-saxonnes et européennes » ont acquise à leur avantage de redoutables techniques de manipulation audio visuelles qui les incitent à provoquer des situations critiques tout en brouillant à loisir les informations.
Au début du XXème siècle, simultanément aux conflits qu’ils ont répandus dans les pays orientaux, les États colonisateurs ont utilisé, selon les circonstances, des courants latents de la « contre-tradition », bien mieux adaptés pour leur prosélytisme. Les peuples occidentaux dans leur grande majorité ignorent – et préfèrent ignorer – les manipulations éhontées des pouvoirs britanniques et américains par l’activité occulte de leurs services secrets afin de susciter et propager des mouvements de réforme. L’installation  du pouvoir politique des Séoud par le moyen de l’idéologie wahhabite en est l’exemple type (1). Conformément à la mentalité du profit qui a toujours animé la colonisation, leurs objectifs consistent à asservir la communauté islamique aux intérêts financiers du monde occidental et à diffuser les attraits matériels du « Règne de la Quantité » dans les pays arabes. Cette instrumentalisation leur permettant d’atteindre encore un autre objectif : subvertir, de l’intérieur, la spiritualité de l’Islam dont la vitalité représentera toujours un adversaire efficace contre les forces ténébreuses du progrès moderne.
La récente parution d’Islam & Occident de Youssef Hindi, nous livre des informations jusque là réservées à quelques spécialistes (2). Il s’agit de « faits occultes », qui confirment à divers égards l’existence d’un arrière plan déterminant les évènements retenus par l’histoire officielle. Ce dont rend compte Hindi, illustre l’efficacité de diverses actions délibérées et sournoises qui se combinent pour aménager des enjeux politiques favorables à la dissolution des réalités spirituelles à l’intérieur même des formes traditionnelles, en l’occurrence, les actions occultes issues de divers « courants messianiques » déviés du Judaïsme dont le dessein est de provoquer l’affrontement entre les pays chrétiens (ou soi-disant tels) et les pays musulmans, affrontement dénommé « Choc des civilisation » par l’orientaliste Bernard Lewis. Que ces « faits occultes » s’accordent aussi avec les intentions cachées des autres courants déviants qui se formèrent au fil de l’histoire depuis la fin de la période médiévale, tels le Protestantisme, les multiples déviations des organisations maçonniques, le wahhabisme, le Salafisme, et plus récemment, l’instrumentalisation politique du nationalisme chrétien, ne fait que confirmer la logique interne de la forfaiture moderniste.
Une réserve cependant. Hindi, en n’envisageant que l’aspect historique de ces courants, ne distingue pas suffisamment la tradition Juive des nombreuses dérives « contre-traditionnelles » qui en sont issues. Le lecteur est ainsi induit à confondre les réalités spirituelles de l’initiation, en l’occurrence l’ésotérisme de la Kabbale, et la contre-initiation elle-même. Ors, la vérité est que ces faits, relatés et référencés sans jugement, expriment des tendances qui, dans leur ordre, ne dépendent pas des formes traditionnelles elles-mêmes ; c’est-à-dire qu’à partir d’« une critique des faits », on ne peut établir de causes délétères provenant d’une forme religieuse ou initiatique particulière qui agiraient directement sur d’autres formes comme le laisse entendre, à tord, l’auteur.
Il est important, sinon indispensable, répétons-le, de relier les faits constitutifs de l’histoire moderne, aux déterminations apparentes et cachées des situations par lesquelles ils sont rendus possibles tout en considérant le « climat » cycliques de leurs apparitions. La possibilité de l’ensemble des déviations contemporaines correspondant à ce « climat » est, dans l’ordre causal, antérieure aux « accidents », observables en tant que faits, tels qu’ils apparaissent comme « Signes des Temps » dans le cours d’un Cycle, en l’occurrence, de son cours terminal ; faits dont l’accélération – signe ultime – est maintenant vérifiable sur de très courtes durées. Pour bien mesurer ces nouvelles « possibilités de manifestation » que sont les évènements actuels, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (3) demeure un ouvrage incontournable. Depuis le commencement des temps modernes, rien de ce qui se produit dans ce qu’on appelle aujourd’hui « le théâtre de la géopolitique mondiale », n’est véritablement compréhensible hors d’une méditation de ses quarante chapitres.
On a souvent réinterprété le point de vue Guénon à propos de la crise du monde moderne et des situations insolubles qu’elle engendre. Trop facilement considérées comme un rejet, ou une « réaction », voir même comme une « révolte » à la manière d’Évola, par quelques faux intellectuels sensibles à ces tendances, les considérations de l’auteur du RQST sur les temps modernes relèvent, au contraire, d’une attitude sereine, inséparable de la véritable sagesse, qui consiste, ainsi que ne cesse de le dire Ibn ’Arabî, à mettre chaque chose à sa place. De ce point de vue, et de ce point de vue exclusivement, rien de ce qui arrive actuellement en tant qu’évènement ne peut faire l’objet d’une indignation ou d’une réaction quelconque. En effet, ce serait là se laisser aller à du ressentiment, qui n’est que l’expression psychologique de l’ignorance (au sens oriental du terme).
A cet égard, dés le second paragraphe de l’Avant Propos, Guénon exprime clairement l’état d’esprit avec lequel il va aborder l’ensemble des questions sous-jacentes au « Règne de la Quantité » :

« Du reste, même à un point de vue purement désintéressé “théoriqueˮ, il ne suffit pas de dénoncer des erreurs et de les faire apparaître telles qu’elles sont réellement en elles-mêmes ; si utile que cela puisse être, il est encore plus intéressant et plus instructif de les expliquer, c’est-à-dire de rechercher comment et pourquoi elles se sont produites, car tout ce qui existe en quelque façon que ce soit, même l’erreur, a nécessairement sa raison d’être, et le désordre lui-même doit finalement trouver sa place parmi les éléments de l’ordre universel. C’est ainsi que, si le monde moderne, considéré en lui-même, constitue une anomalie et même une sorte de monstruosité, il n’en est pas moins vrai que, situé dans l’ensemble du cycle historique dont il fait partie, il correspond exactement aux conditions d’une certaine phase de ce cycle, celle que la tradition hindoue désigne comme la période extrême du Kali-Yuga ; ce sont ces conditions, résultant de la marche même de la manifestation cyclique, qui en ont déterminé les caractères propres, et l’on peut dire, à cet égard, que l’époque actuelle ne pouvait pas être autre que ce qu’elle est effectivement. Seulement, il est bien entendu que, pour voir le désordre comme un élément de l’ordre, ou pour réduire l’erreur à une vue partielle et déformée de quelque vérité, il faut s’élever au-dessus du niveau des contingences au domaine desquelles appartiennent ce désordre et cette erreur comme tels ; et de même, pour saisir la vraie signification du monde moderne conformément aux lois cycliques qui régissent le développement de la présente humanité terrestre, il faut être entièrement dégagé de la mentalité qui le caractérise spécialement et n’en être affecté à aucun degré ; cela est même d’autant plus évident que cette mentalité implique forcément, et en quelque sorte par définition, une totale ignorance des lois dont il s’agit, aussi bien que de toutes les autres vérités qui, dérivant plus ou moins directement des principes transcendants, font essentiellement partie de cette connaissance traditionnelle dont toutes les conceptions proprement modernes ne sont, consciemment ou inconsciemment, que la négation pure et simple. »












NOTES


 (1) Nous ne parlons pas ici de la fausse résistance des « courants radicaux » déviés et contre-traditionnels issu du « réformisme ». Paradoxalement, les méfaits de ce « réformisme » ne corrige en rien l’aveuglement des pseudos philosophes et autres penseurs contemporains qui l’invoquent continuellement et à tout propos, avec d’autant plus d’assurance qu’ils ignorent à peu près complètement les fondements traditionnels déterminant toutes les religions.
On peut s’informer sur les agissements occultes et les manipulations des pouvoirs coloniaux durant la fin du XIXème siècle et le début du XXème en consultant l’ouvrage de J. M. Vernochet ; Les Egaré. Le wahhabisme est-il un contre islam ? (Éd. Sigest), qui relate l’émergence du Wahhabo-salafisme au sein de l’Islam (traditionnel) :
« Ibn Séoud, lorsque la reconquête du Hedjaz est achevé, le 2 nov. 1925, celui qui s’est proclamé sultan du Nedj dès 1921, signe avec les Anglais le traité de Hadda. Acte faisant suite aux accords préliminaires – relatifs aux frontières de l’Irak, du Koweït et de l’Arabie – passé en 1922 lors d’une rencontre dans l’oasis d’Al Aqir, à l’Est de la péninsule, entre Ibn Séoud, le Haut commissaire pour la Mésopotamie, sir Perry Cox et le Major Moore. Dans ce contexte rien de surprenant à ce que la création du Royaume d’Arabie en 1932 ne soit de nos jours perçue a posteriori comme la contrepartie du rôle joué par les Séoud dans la consolidation de l’influence britannique sur la Péninsule arabique, notamment en Palestine où a été établi le Foyer national juif. » (p.34)

(2) Youssef Hindi : Occident & Islam, Sources et genèse messianique du sionisme de l’Europe médiévale au choc des civilisations, Tome I ; Éd Sigest 2015. Il y actuellement de plus en plus de personnes qui se questionnent sur l’imposture politique des grandes nations occidentales et qui perçoivent les nombreuses implications de leurs services secrets et celles des pouvoirs occultes et pseudo-messianiques mises en évidence dans cette étude.

(3) René Guénon : Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Gallimard 1946 ; Version numérique (entièrement corrigée) : Éditions Kariboo, 2015.








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