LES POITRINES DES HOMMES LIBRES SONT LES TOMBEAUX DES SECRETS صدور الأحرار قبور الأسرار

dimanche 9 mai 2021

Y B : L’ ANNEXE – Cosmologie – des « Aperçus sur le ‟Retournement” »





ANNEXES

Cosmologie

 

Suivant certaines correspondances, Caïn est en relation avec l’Est (Vénus) et Abel avec l’Ouest (Mars) et la signification cosmologique de leurs noms correspond respectivement

« au principe de compression représenté par le temps et au principe d’expansion représenté par l’espace » (Le Règne de la Quantité et les signes des Temps), ch. XXI, p. 145).

À propos de la notion d’équilibre, Guénon fait remarquer que

« Les forces de l’ordre subtil aussi bien que celles de l’ordre corporel, sont ou attractives ou répulsives ; les premières peuvent être considérées comme force compressives ou de contraction, les secondes comme forces expansives ou de dilatation ; et, au fond, ce n’est pas là autre chose qu’une expression, dans ce domaine, de la dualité cosmique fondamentale elle-même » (Les Principes du Calcul infinitésimal, p. 106).

- Selon Jurjânî :

« le pôle est sur le cœur d’Azrafîl en raison des propriétés angéliques qui sont en lui…Gabriel joue le rôle de l’âme raisonnable dans la nature humaine ; Mikaïl, le rôle de la faculté attractive, et Azraïl, celui de la faculté répulsive » (cité par Blochet in Études sur l’ésotérisme musulman).

Seulement Guénon ajoute en note que

 « Si l’on considère la notion ordinaire des forces centripètes et centrifuges, on peut se rendre compte sans peine que les premières se ramènent aux forces compressives et les secondes aux forces expansives ; de même, une force de traction est assimilable à une force expansive, puisqu’elle s’exerce à partir de son point d’application, et une force d’impulsion ou de choc est assimilable à une force compressive, puisqu’elle s’exerce au contraire vers ce même point d’application ; mais, si on les envisageait par rapport à leur point d’émission, c’est l’inverse qui serait vrai, ce qui est d’ailleurs exigé par la loi de la polarité. – Dans un autre domaine, la ‟coagulation” et la ‟solution” hermétiques correspondent aussi respectivement à la compression et à l’expansion » (Les Principes du Calcul infinitésimal, p. 106, n. 1)

– C’est le qabd et le bast de l’ésotérisme islamique (cf. Martin Lings : Qu’est-ce que le soufisme ?, p. 108 à 116) voir aussi le chapitre VI de La Grande Triade intitulé Solve et Coagula). Dans son étude sur les Dualités cosmiques, Guénon précise encore :

« c’est seulement par leur participation du chaud et du froid qu’on peut rattacher les éléments, feu et air d’une part, eau et terre d’autre part, à ces deux tendances expansive et attractive (…) l’abaissement de la température traduit une tendance à la différenciation, dont la solidification marque le dernier degré, le retour à l’indifférenciation devra, dans le même ordre d’existence, s’effectuer corrélativement, et en sens inverse, par une élévation de température (…) si la chaleur paraît représenter la tendance qui mène vers l’indifférenciation, il n’en est pas moins vrai que, dans cette indifférenciation même, la chaleur et le froid doivent être également contenus de façon à s’équilibrer parfaitement; l’homogénéité véritable ne se réalise pas dans un des termes de la dualité, mais seulement là où la dualité a cessé d’être » (Études traditionnelles, 1972, n° 430, p. 53-56 et 58).

Les deux principes qui sont représentés par l’espace et le temps

« sont ceux que les doctrines de l’Inde désignent par les noms de Vishnu et de Shiva: d’une part, principe conservateur des choses; d’autre part, principe, non pas destructeur comme on le dit d’ordinaire, mais plus exactement transformateur. Il faut remarquer, d’ailleurs, que c’est la tendance attractive qui semble s’efforcer de maintenir les êtres individuels dans leur condition présente, tandis que la tendance expansive est manifestement transformatrice, en prenant ce mot dans toute la valeur de sa signification originelle »

et Guénon ajoute, en ce qui concerne les « points d’arrêt dans l’histoire du monde aussi bien que dans la vie des individus :

« c’est comme si, lorsque l’équilibre est près d’être rompu par la prédominance de l’une des deux tendances adverses, l’intervention d’un principe supérieur venait donner au cours des choses une impulsion en sens inverse, donc en faveur de l’autre tendance. Là réside en grande partie l’explication de la théorie hindoue des avatâras, avec sa double interprétation suivant les conceptions shivaïste et vishnuiste; pour comprendre cette double interprétation, il ne faut pas penser seulement à la correspondance des deux tendances en présence, mais surtout à cette sorte d’antinomie à laquelle donne lieu la conception de l’équilibre cosmique (…) : si l’on insiste sur le maintien, par cet équilibre, de l’état actuel de différenciation, on a l’aspect vishnuiste de la doctrine; si l’on envisage au contraire l’équilibre comme reflétant l’indifférenciation principielle au sein même du différencié, on en a l’aspect shivaïste » (Ibid. É.T. n° 431, p.97 et 99 – à la note 1 de la page 97,

Guénon donne comme exemple

« d’une dualité de propriétés contenues dans un même élément (…) la polarisation de l’élément igné en lumière et chaleur, sur laquelle des données particulièrement curieuses sont fournies par les traditions musulmanes relatives à la création et à la chute »…


Le livre intitulé Les Principes du Calcul infinitésimal est une étude sur le « mouvement » qui 

« est en quelque sorte doublement continu, car il l’est à la fois par sa condition spatiale et par sa condition temporelle »  (p. 70, 133-134, n.1)

et sur le « changement » qui le caractérise et dans lequel intervient la notion de « force » (p. 121). C’est un développement « pratique » du livre intitulé Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps qui étudie les différentes conditions de l’existence corporelle en partant du principe que

« les modifications artificielles du monde, pour pouvoir se réaliser, doivent présupposer des modifications naturelles » (chap. VII, p.58 –

Le « Spiritisme » en est un exemple cf. RQST, ch. XXXII, p. 214), et que

« les réactions générales du milieu cosmique lui-même changent effectivement suivant l’attitude adoptée par l’homme à son égard » (ch. XVII, p. 117).

Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que

« les époques du temps sont différenciées qualitativement par les évènements qui s’y déroulent » (ch. V, p. 44) : 

ceux-ci peuvent être considérés comme des phénomènes d’ordre mental solidifiés par le temps dans l’espace et c’est la raison pour laquelle si

« l’homme peut agir d’une façon plus profonde sur l’ambiance, c’est plutôt psychiquement que corporellement » (ch. XIX, p. 128).

Seulement,

« certaines facultés se sont atrophiées au point d’être complètement abolies. C’est d’ailleurs à cette condition seulement que le monde peut (…) apparaître comme un ‟système clos ” »  (ch. XV, p. 106-107)

et ailleurs il parle

« de la disparition de ces facultés quant à leur exercice effectif (…) car elles existent seulement malgré tout à l’état latent en tout être humain ; mais cette sorte d’atrophie peut atteindre un tel degré que leur manifestation devienne complètement impossible, et c’est bien là ce que nous constatons chez la grande majorité de nos contemporains » (Mélange, p. 137, n. 2).

« Les communications du domaine corporel avec le domaine subtil, s’étant réduites en quelque sorte au minimum, il faut, pour pouvoir les constater, un plus grand développement des mêmes facultés qu’autrefois » (RQST, ch. XVII, p. 133).


         Subtiliser les possibilités individuelles afin de transcender la « rigueur » cyclique : c’est une nécessité vitale mais certains veulent arrêter la baraka en ne la transmettant que sous des conditions sans fondements traditionnels.

Du reste Guénon a envisagé cette question à propos de l’« intégration » en rappelant que la réalisation des « confins de l’infini » qui « est un facteur important de l’unification de l’être » doit s’opérer tant dans le sens de l’ampleur que dans celui de l’exaltation puisque

« c’est dans la plénitude de l’expansion que s’obtient la parfaite homogénéité, de même que, inversement, l’extrême distinction n’est réalisable que dans l’extrême universalité » (Les Etats Multiples de l’Être, ch. IX, p. 84 et note 1).

Maintenant, il ne s’agit pas de « hâter la fin » par « la rédemption dans le péché » comme le proclame une certaine forme de messianisme, car qui peut savoir si certaines échéances ne peuvent pas être reculées jusqu’à une certaine « limite » en s’efforçant seulement d’éviter que certains « évènements » ne se manifestent : et n’est-ce pas en cela même que réside la fonction de Guénon ?

Il y a aussi deux choses qui importent dans ce domaine : l’extraordinaire

« pouvoir d’illusion qui a un intérêt un intérêt capital à (…) empêcher [le « chercheur »] de parvenir au terme de sa recherche » (RQST, ch. XXXI, p. 205),

C'est-à-dire, avant tout, « l’Ether dans le cœur » : et la situation actuelle de notre état que Guénon décrit ainsi :

« la marche de l’humanité actuelle ressemble véritablement à celle d’un mobile lancé sur une pente et allant d’autant plus vite qu’il est plus près du bas ; même si certaines réactions en sens contraire, dans la mesure où elles sont possibles, rendent les choses un peu plus complexes, ce n’en est pas moins là une image très exacte du mouvement cyclique pris dans sa généralité » (Ibid. ch. V, p.46-47). 







dimanche 18 avril 2021

7 shahr al-Ramadân 1442 / 19 avril 2021

 




 

 

L’écroulement des systèmes

 

 

« Il paraît qu’on a tort lorsqu’on veut être plus positif que les positivistes, plus rationnel que les rationalistes, et plus logique que les logiciens. Pourtant, il est bien difficile de ne pas constater dans la philosophie au moins quatre grands illogismes : celui des sceptiques, qui cherchent des raisons de nier la raison, celui de Kant, qui a fait une métaphysique pour nier la métaphysique, celui d’Auguste Comte, qui a fondé une religion contre les religions, et celui de Nietzsche, qui a établi une morale contre la morale. Et Descartes, lorsqu’il disait : « Cogito, ergo sum », alors qu’il aurait dû dire : « Cogito, quia sum » (je pense parce que je suis), faisait-il une faute de latin ou une faute de logique ? Descartes était un physicien, Kant un astronome, Auguste Comte un mathématicien, Nietzsche un poète, et les sceptiques sont tous des malades ; pourquoi donc en avoir fait des philosophes ? La chose la plus intéressante que Kant ait laissée, bien que d’un intérêt encore relatif, c’est la théorie cosmogonique de Laplace : « Sic vos, non vobis »*, disait déjà Virgile. Et, parmi les grands hommes, plus d’un n’a été grand que parce qu’un autre a voulu paraître petit ; des deux, quel est en vérité le plus grand ? Tout est renversé parmi les hommes qui n’ont ni tradition, ni caste, ni famille, et qui ont remplacé l’incantation par la prière, la méditation par la rêverie, et l’action par l’agitation. »

 (Inédit de R. Guénon - 30 décembre 1910 -)

*« Ainsi vous -travaillez- et ce n’est pas pour vous », allusion à une anecdote entre l’empereur Auguste et Virgile.

 

 

 

 

 

Complot et Complotisme

 

Définition

 

« Action explicitement coordonnée d’un petit groupe agissant en vue de fins moralement ou légalement répréhensibles à l’insu du plus grand nombre ».

 

Le sens de ce terme n’est autre que celui d’une résolution concertée en commun et faite secrètement dans un but coupable. Le complot donc n’est que la préparation du crime tandis que l’attentat en sera l’exécution. Il y a complot dès lors que la résolution d’agir est concertée et arrêtée. De même, Conspirer : « concourir ou s’accorder dans un seul but. Préméditer, préparer en secret ». L’usage correct de ce terme, lié étroitement au complot, présuppose la prise en compte et l’évaluation de l’objet du complot. Il faut donc, pour en valider l’usage, l’entendre dans un sens plus vaste et précis que celui attribué généralement car ce terme comporte également un sens de subversion à l’égard d’une société ordonnée comme c’est le cas dans une civilisation traditionnelle où il prend alors la plénitude de son sens ; et c’est précisément ainsi que l’entendait Georges Bernanos, au début du XXè siècle, lorsqu’il écrivait :

 « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas tout d'abord qu'elle est une conspiration universelle* contre toute espèce de vie intérieure ».

 

 Aujourd’hui, l'utilisation du terme  « théorie du complot » semble être un artifice rhétorique de langage dont la connotation négative sert à disqualifier l'adversaire sans mener de débat. Cette technique de manipulation dont toutes les modalités possibles furent exposées par Gustave Le Bon en 1895 (cf. Psychologie des foules) fonctionne très bien auprès des esprits naïfs ou peu éduqués. Elle a été notamment utilisée par les Etats-Unis dans les années 60.

Peut-on utiliser légitimement le terme « complot » pour qualifier les intentions du projet porté actuellement par les acteurs du progrès technique illimité et ceux de l’économie mondialiste dés lors qu’ils travaillent de concert pour un projet de remplacement définitif de civilisation, rejetant par là même, tout peuple soumis à une « norme spirituelle » ? Si la réponse est affirmative – aucune civilisation n’ayant vu le jour hors d’une spiritualité –, c'est selon un point vue qui tient compte de la dérive subversive du monde moderne depuis son apparition. Mais alors, serait-il légitime de soupçonner d’intention « complotiste » la volonté de ces agents qui réfléchissent aux moyens d’imposer le « trans-humanisme » et autres monstruosités « infra-humaines » ? Nous ne le pensons pas car il ne s'agit pas là du complot dans sa définition première qui se restreint à un petit groupe dont l'« action explicitement coordonnée agirait en vue de fins moralement ou légalement répréhensibles à l’insu du plus grand nombre ». Il est en effet bien établi pour tout le monde que l'évolution et le progrès technique définissant la marche de l'histoire moderne représente une « normalité » pleinement acceptée pour la majorité des individus composant les Etats occidentaux. Par conséquent, il devient évident que l'utilisation médiatique de cette « théorie du complot » dissimule une volonté de brouiller les esprits pour disqualifier à sa racine toute contestation de la marche progressiste de notre monde.

 En outre, le terme « complot », en raison de sa connotation spéciale, fut jadis associé aux expressions  « complot juif » et « complot franc-maçon » ;  « Bien que pour le premier, les sabbataïstes et les frankistes, qui sont à l’origine de cette désignation, ne sont pas Juifs au sens strict puisqu'ils ont été excommuniés à plusieurs reprises par les autorités rabbiniques traditionnelles. Pour le second, en revanche, Guénon a parfaitement expliqué que la ‟contre-initiation” avait infiltré nombre de Loges comme elle l'a fait pour la quasi totalité des ‟sociétés secrètes” qui par leur influences allaient jusqu'à inverser, pour certaines d’entre elles, leur but essentiel ». Les francs-maçons déviés, dont les intentions ne sont aucunement spirituelles, tout comme les affiliés à bien d’autres courants tel que l’anthroposophisme, sont pour la plupart, des « victimes » n’ayant pas la moindre idée de la manipulation dont ils sont l’objet.

Quant à la « Théorie du complot »  diffusée actuellement, on sait qu’elle est apparue à la suite des doutes émis par T. Meyssan sur la version médiatique et officielle des attentats du 9/11. La manipulation par le langage qui s’est développé avec une certaine rage suite à cet évènement s’est spontanément basée sur l’évidence des apparences en permutant délibérément le sens des termes : selon la version officielle, il n’a pas été fait mention d’un complot de Ben Laden contre le pouvoir des Etats-Unis, mais seulement d’attentats. En revanche, les doutes émis  par certains sur la véracité de cette version, au lieu d’être considérés comme relevant d’une « théorie de la manipulation » ou des « mensonges d’État », furent faussement désignés par le mot  « complot » afin, en l’occurrence, de décrédibiliser toute remise en cause de la politique internationale de l’Occident et principalement celle des États-Unis.

« (...) et, étant donné l’état d’anarchie intellectuelle dans lequel est plongé l’Occident, tout se passe comme s’il s’agissait de tirer du désordre même, et de tout ce qui s’agite dans le chaos, tout le parti possible pour la réalisation d’un plan rigoureusement déterminé. Nous ne voulons pas insister là-dessus outre mesure, mais il nous est bien difficile de ne pas y revenir de temps à autre, car nous ne pouvons admettre qu’une race tout entière soit purement et simplement frappée d’une sorte de folie qui dure depuis plusieurs siècles, et il faut bien qu’il y ait quelque chose qui donne, malgré tout, une signification à la civilisation moderne ; nous ne croyons pas au hasard, et nous sommes persuadés que tout ce qui existe doit avoir une cause ; libre à ceux qui sont d’un autre avis de laisser de côté cet ordre de considérations » (R. Guénon, Orient et Occident ; Éd. Traditionnelles, 1924).

 

Il faut se faire à l’idée que lorsque l’on dénonce des intentions plus ou moins malveillantes à l’œuvre derrière les événements contemporains, sans même jusqu'à remonter aux causes, il est logique que, par crainte de se sentir remis en question, les acteurs médiatiques, sous l’influence permanente de la « culture démocratiste », réagissent avec force et conviction à hauteur équivalente de leur endoctrinement idéologique. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner de cette puissante propagande que nous subissons quotidiennement ni de la déformation du langage qui lui sert de véhicule. C’est même, pour ceux qui ne sont pas dupes, une preuve supplémentaire de la fausseté des idéologies qui sous-tendent notre monde en cours de mondialisation.

 

* Le terme universel est un peu abusif ; parler de « conspiration générale » eut été suffisant.* Denys Roman, relève également (sans citer sa source), à propos d’un ouvrage révélant des faits ignoré sur le procès des Templiers : « On ne saurait trop recommander la lecture de cet ouvrage de MM. Paul Lesourd et Claude Paillat. On y voit à quel point l’histoire quelles que soient les tendances de ceux qui l’enseignent, est ‟une conspiration permanente contre la vérité” » (RGDFM, ch. II).

 




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Un texte intuitif de Jacques BAINVILLE

 

 

Au lendemain de l’établissement du Foyer national juif en Palestine, Jacques Bainville annonçait que cette aventure provoquerait un conflit désastreux entre et l’Islam et l’Occident *:

 

« L’Osservatore romano et la Semaine religieuse de Paris ont récemment publié un ensemble de documents sur la situation de la Palestine. Le sionisme soutenu par le cabinet de Londres y apparaît comme une aventure alarmante à tous les points de vue. Déjà les incidents ont été nombreux. Ils sont d’abord, bien entendu, de nature religieuse. Le sionisme, aux Lieux Saints, n’a pas l’impartialité des Turcs. Il traite en intrus les représentants des communions chrétiennes. Le haut commissaire britannique, sir Herbert Samuel, se comporte comme un chef plus religieux que politique. Le « prince d’Israël », ainsi l’ont surnommé ses coreligionnaires, va prier, le jour du sabbat, à la grande synagogue, acclamé par la population juive de Jérusalem. Par contre, le Saint-Sépulcre est un lieu qui lui fait horreur. Au mois de juillet dernier, visitant la basilique, sir Herbet Samuel refuse d’entrer dans le sanctuaire du tombeau. Cette insulte aux chrétiens fut relevée. Le synode des Grecs orthodoxes déposa sur le champ le patriarche Damianos en lui reprochant de n’avoir reçu le haut commissaire que pour essuyer cet affront. Un tel incident mérite une attention sérieuse. Il montre à quelles rivalités confessionnelles, susceptibles de dégénérer en luttes plus graves, le sionisme doit conduire.

On regrette déjà les Turcs, ‘‘le seul peuple tolérant’’, disait Lamartine qui, dans son Voyage en Orient, se demandait, avec son génie divinatoire, ce que deviendraient les Lieux Saints lorsque leurs gardiens flegmatiques n’y seraient plus. Le sionisme allumera sans doute en Palestine une hideuse guerre de religion : encore un de ces progrès à rebours que les traités auront valu au genre humain.

L’Osservatore romano signale, parmi les immigrants juifs qui arrivent en nombre, des fanatiques qui parlent de détruire les reliques chrétiennes. Ce n’est pas tout. Avec la guerre religieuse, le sionisme apporte la guerre sociale. Les juifs venus de Pologne, de Russie, de Roumanie, réclament un partage des terres et l’expulsion des indigènes. M. Nathan Strauss, le milliardaire américain, dit crûment que ‘‘les musulmans trouveront d’autres régions pour vivre’’. Admirable moyen de réunir, en Asie Mineure et même plus loin, tout l’Islam contre l’Occident. Il semble qu’en autorisant et en protégeant des expériences aussi dangereuses le gouvernement britannique perde la tête. La proscription du français en Palestine (sir Herbert Samuel ne reçoit plus aucune réclamation dans notre langue) est-elle un avantage suffisant pour compenser l’irritation et le soulèvement du monde islamique ? Le lieutenant Jabotinsky, l’organisateur de la légion juive, emprisonné par le général Allenby et libéré par le haut commissaire, déclarait récemment au Times : ‘‘Le gouvernement juif en Palestine sera le symbole de la coopération anglo-israélite et un centre d’influence pour les sentiments favorables aux intérêts britanniques parmi tous les israélites répandus dans l’univers.’’ Assurément, il y a cette idée-là dans la politique sioniste du cabinet de Londres. Quel plat de lentilles, si l’on songe à l’immense dommage qui résultera pour l’Angleterre de l’hostilité des peuples musulmans ! Les Grecs à Smyrne, les Juifs à Jérusalem : on a rarement et avec autant d’imprudence, préparé plus vaste incendie » (Jacques Bainville, « Les effets du sionisme », L’Action française, le 20 décembre 1920 - (cité par Yousef Hindi).

 Suite aux accusations d’« antisémitisme », l’extrême droite française et les nationalistes chrétiens , reportent actuellement leur racisme sur un peuple  plus facile à stigmatiser.   

 


 

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 Fondements de la fraternité spirituelle par Mohammed Tadili*

 

 D’après une tradition, le Prophète de l’Islam a dit : « Le croyant est un ami intime à qui l’on rend souvent visite. »

L’amitié spirituelle implique que l’on s’informe des soucis de ses frères (ou sœurs) en Dieu, que l’on travaille à faciliter l’accomplissement de leurs affaires dans la mesure du possible, que l’on aille souvent les trouver chez eux pour leur rendre visite et renouveler la confiance mutuelle.

Un disciple soufi avait l’habitude de fréquenter tous les soirs la demeure d’un de ses frères en Dieu. On lui fit une remarque sur la fréquence de ses visites et il répondit : « Les cœurs s’altèrent avec le temps, de même que l’eau stagnante s’opacifie avec le temps. Ainsi, je crains que mes dispositions personnelles se dégradent si j’espace trop mes visites. »

L’amitié spirituelle comporte notamment l’aide donnée aux âmes en désarroi, cette aide impliquant les témoignages d’affection que l’on porte aux êtres.

L’amitié oblige à la sincérité que ce soit extérieurement ou intérieurement, car chacun est le miroir de son frère en Dieu.

 

L’amitié implique la modestie, l’éloignement de tout type d’emportement et la conviction profonde que l’on a moins de valeur que chacun de ses frères ou sœurs en Dieu.

 

L’une des conséquences de l’amitié est de ne pas porter attention aux faux pas de ses frères, de cacher autant que possible leurs fautes, de prier pour leur pardon et de rechercher toutes les excuses possibles pour expliquer ces fautes.

 

L’amitié veut que le disciple soufi soit animé des meilleures pensées envers ses frères. Elle suppose le renoncement à commander au sein de l’assemblée des disciples, le renoncement à l’amour de l’ostentation et le renoncement à l’amour des honneurs.

 

Les qualités de caractère du soufi accompli font qu’il pardonne à celui qui lui a fait du tort, qu’il s’efforce de renouer les relations d’amitié avec celui qui les a rompues et qu’il agrée les demandes de celui qui a repoussé les siennes.

 

Le disciple soufi ne se vantera pas de dépasser ses frères en Dieu par sa science extérieure, par sa connaissance intérieure ou par ses états spirituels. Il pensera en premier lieu à sa propre difficulté à se soustraire des passions de son âme et il veillera à sa promptitude dans la recherche de tout ce qui peut satisfaire ses frères (ou ses sœurs). S’il commet une faute ou s’il manque à ses devoirs, il n’aura de reproches à faire qu’à lui-même et se hâtera de revenir par la prière vers Celui qui pardonne.

 

La parfaite fraternité entre les disciples soufis correspond aux attributs de la chevalerie spirituelle (futuwwah) qui préconise de toujours s’occuper d’autrui et de préférer les autres à soi-même.

 

Il s’agit de ne jamais chercher à diviser les disciples entre eux car la division est un égarement qui disperse les cœurs et qui détruit les fruits de l’amour. « En vérité, les croyants sont frères entre eux. Etablissez la concorde parmi vos frères ! » (Coran XLIX, 10). Cette incitation à la concorde s’appuie sur les nobles vertus du caractère : longanimité, générosité, modestie, sollicitude, patience et affection.

 

En un mot, la voie soufie est voie d’Union car l’Union est le principe de l’existence qui régit tous les mondes. Les soufis disent en maxime que les relations entre deux frères (ou sœurs) en Dieu ne seront pas parfaites tant que l’un ne pourra pas dire à l’autre : « Ô moi-même ! ».

 

Ton véritable frère est celui qui reste à tes côtés.

 

Celui qui accepte de se nuire afin de t’être utile.

 

Celui qui, lorsque t’éprouvent les vicissitudes du temps,

 

Se multiplie afin que tu restes dans l’Unité.

 

Qu’y a-t-il au monde de plus doux qu’un ami qui égaie le cœur ?

 

Si j’ai glissé, je ne crains pas son blâme ;

 

Et si j’ai trébuché, il s’efforce de me relever.

 

Les joies ne sont ni dans les mets raffinés, ni dans le luxe,

 

Ni dans les richesses, même si leur éclat nous subjugue.

 

Seul un ami inspire le respect et la bienveillance qui naît de la générosité.

 

Pour un ami, on présente un visage plaisant et souriant.

 

L’ami permet d’accéder à un pur bonheur, le cœur dilaté d’abondance.

 

Il élève sans cesse le caractère des meilleurs.

 

Et même si je reste fidèle au Tout-Puissant,

 

Je ne saurais pour autant dédaigner les qualités de l’ami.

 

L’homme ennobli est irremplaçable !

 

L’homme ennobli marche vers la victoire !

 

 

* Mohammed ibn ‘Alī al-Tādilī. Né aux environs de 1880 à Rabat, d’une famille descendant du Prophète et originaire de Sijilmāsa, aux confins du Sahara marocain. Ce maître spirituel étudia le Coran dans sa ville natale jusque vers l’age de quinze ans puis partit à Fès poursuivre ses études de sciences religieuses à la madrasah Qarawīyiyya où il se rattacha au taçawwuf dans la  tariqah  Darqawî auprès du shaykh ‘Alī al-Sūsī  al-Ja‘farī al-Ilghī. Il mènera ensuite une vie d’ascète errant, allant de zāwiyah en zāwiyah. D’une très grande rigueur, il brûla un jour tous ses textes car la pensée de les publier l’avait distrait lors d’une retraite spirituelle qu’il effectuait à Marrakech. La majorité de ses manuscrits est aujourd’hui dispersée parmi ses disciples. Il est surtout connu pour son rôle de murshîd. Vers la fin de sa vie, alors qu’il s’était établi dans la petite ville d’al-Jadida, il fut frappé de paralysie et devint aveugle jusqu’à sa mort, une quinzaine d’années plus tard. Un de ses traités, al-dīn al-naṣīha, a été traduit en français par A. Broudier sous le titre de La vie traditionnelle, c’est la sincérité, aux éditions Traditionnelles.

 

 

  

 


 


  

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jeudi 19 novembre 2020

3 rabi‘ al-thanî / 19 novembre 2020 /- Gustave Le Bon... Noachisme...E. Sablé

 



 

Extrait de « La Civilisation des Arabes » de Gustave Le Bon *, 1884 (Livre IV, chap. 2)

 

 

 

 

         

L’ESCLAVAGE DANS LE MONDE ARABO-MUSULMAN 

 

 

« Le mot d'esclavage évoque immédiatement dans l'esprit d'un Européen, lecteur des romans américains d’il y a trente ans, l'image de malheureux chargés de chaînes, menés à coups de fouet, à peine nourris et n'ayant pour demeure qu'un sombre cachot. Je n'ai pas à rechercher ici si ce tableau de l'esclavage, tel qu'il existait chez les Anglais de l'Amérique il y a quelques années, est bien exact, et s'il est vraisemblable qu'un propriétaire d’esclaves n’ait jamais songé à maltraiter et par conséquent à détériorer une marchandise aussi coûteuse que l'était alors un nègre. Ce qui est au moins certain, c'est que l'esclavage chez les mahométans est fort différent de ce qu'il était chez les chrétiens. La situation des esclaves en Orient est bien préférable en effet à celle des domestiques en Europe. Ils font partie de la famille, arrivent parfois, comme nous l'avons vu précédemment, à épouser une des filles de leur maître et peuvent s'élever aux plus hauts emplois. Aucune idée humiliante ne s'attache en Orient à l'esclavage, et on a dit avec raison que l'esclave y est plus près de son maître qu'un domestique chez nous.

 

“L'esclavage, dit M. About, est si peu méprisé en pays musulman, que les sultans de Constantinople, chefs sacrés de l'islam, naissent tous de femmes esclaves, et n'en sont pas moins fiers, il s'en faut. Les mameluks, qui ont longtemps régné en Égypte, continuaient leurs familles en achetant les enfants du Caucase, qu'ils adoptaient à leur majorité. Souvent encore un grand seigneur égyptien, instruit et développe un enfant esclave qu'il marie ensuite à sa fille et substitue à tous ses droits ; et on rencontre au Caire des ministres, des généraux, des magistrats de l'ordre le plus élevé qui ont valu mille à quinze cents francs dans leur première jeunesse.”

 

Tous les voyageurs, qui ont eu occasion d'étudier sérieusement l'esclavage en Orient, ont dû reconnaître à quel point étaient peu fondées les réclamations aussi bruyantes que peu désintéressées des Européens contre cette institution. La meilleure preuve qu'on puisse alléguer en sa faveur, c'est qu'en Égypte les esclaves qui veulent leur liberté peuvent l'obtenir par une simple déclaration faite devant un juge, et cependant n'usent presque jamais de ce droit. “Nous ne pouvons dissimuler, ajoute Ebers après avoir fait la même remarque, que le sort de l'esclave chez les peuples attachés à l'islam doit être qualifié de relativement agréable. ”  

Je pourrais multiplier facilement des citations identiques ; je me bornerai à mentionner l'impression produite par l'esclavage en Orient sur les auteurs qui ont eu occasion de l'observer récemment en Égypte. “L'esclavage en Égypte est une chose si douce, si naturelle, si utile et si féconde, dit M. Charmes, que sa disparition complète y serait un vrai malheur. Le jour où les peuplades  sauvages de l'Afrique centrale ne pourront plus vendre les captifs qu'elles font à la guerre, ne voulant pas les nourrir gratuitement, il est clair qu'elles s'en nourriront : elles les mangeront, or, si l'esclavage est une plaie hideuse, qui fait honte à l'humanité, elle paraît bien préférable à l'anthropophagie, du moins lorsqu'on se place au point de vue des mangés ; car il est certainement des philanthropes anglais qui trouvent plus conforme à la dignité humaine que les noirs soient avalés par leurs semblables que soumis à un joug étranger. ”   

“Aujourd'hui, la liberté accordée aux esclaves, écrit M. de Vaujany, directeur de l'école des langues du Caire, leur permet de vivre à leur guise sans être inquiétés ;  cependant très peu profitent de ce privilège ; ils préfèrent leur état de servitude exempte de toute oppression, à l'insécurité d'une situation qui souvent ne serait pour eux qu'une source de peines et d'embarras.

 

Loin d'être malheureuse, la condition des esclaves en Égypte les élève presque toujours au-dessus de celle d'où ils ont été tirés. Beaucoup d'entre eux, les blancs principalement, sont arrivés aux postes les plus éminents. Un enfant né d'une esclave est l'égal d'un enfant légitime, et s'il est l'aîné de la famille, il a droit à toutes les prérogatives attachées à son rang. Cette fameuse milice des mamelouks, qui a si longtemps gouverné l'Égypte, ne se recrutait que parmi les esclaves. Ali bey, Ibrahim bey, le farouche Mourad bey, défait à la bataille des Pyramides, avaient été achetés dans les bazars. Aujourd'hui encore, il n'est pas rare de rencontrer un officier supérieur ou un fonctionnaire de haut rang, qui a été esclave dans sa jeunesse, on en voit même, devenus fils adoptifs, ayant reçu une éducation soignée, épouser la fille de leur maître.” Ce n'est pas en Égypte seulement que les esclaves sont traités avec la plus grande douceur ; il en est de même dans tous les pays soumis à la loi de l'islam. Dans la relation de son voyage au Nedjed, une Anglaise, lady Blunt, relatant une de ses conversations avec un Arabe, écrit les lignes suivantes :

“Une chose qu'il ne pouvait pas comprendre de la part du gouvernement britannique, c'est qu'il eût quelque intérêt à entraver partout le commerce d'esclaves. Nous lui dîmes que c'était dans l'intérêt de l'humanité. « Mais, répondit-il, ce commerce n'a rien de commun avec la cruauté. ”  Il insista : « Qui a jamais vu maltraiter un nègre ?” Nous n'aurions pu dire, en effet, que nous l'avions vu faire quelque part en Arabie, et, de fait, ajoute l'auteur anglais, il est notoire que parmi les Arabes, les esclaves sont des enfants gâtés plutôt que des serviteurs.”

Rien sans doute n'est plus condamnable en principe que l'esclavage, mais les principes artificiels créés par les hommes ne jouent qu'un rôle bien faible dans la marche des choses. En ne se plaçant même qu'au point de vue du nègre, il est clair que pour une créature aussi inférieure, l'esclavage est chose excellente. Rien ne peut valoir pour ces natures enfantines, faibles et imprévoyantes, un maître que son intérêt oblige à prévoir tous leurs besoins. Nous en voyons la preuve dans la triste décadence où sont tombés la plupart des anciens esclaves de l'Amérique devenus libres après la guerre de sécession, et n'ayant plus qu'à compter sur eux-mêmes.

Quant à détruire la traite des nègres, comme prétendent le faire les Anglais, il faudrait, pour réussir dans cette tentative, empêcher la demande des esclaves, c'est-à-dire transformer entièrement les mœurs de tout l'Orient, et, du même coup, modifier quelque peu le reste du monde. Jusque-là, l'intervention hypocrite des Européens dans des affaires qui les intéressent en réalité fort peu sera entièrement inutile et n'aura d'autre résultat que de les faire détester davantage des Orientaux.

“ Les expéditions contre les négriers du Soudan, dont on a fait grand bruit, n'ont été en réalité, dit un Anglais J. Cooper, dans son récent ouvrage sur la traite en Afrique, que des razzias ajoutant des massacres à des massacres. On a détruit quelques postes de chasseurs d'esclaves, bien vite rétablis sans doute après la retraite de l'expédition ; mais, en somme, cette énorme dépense d'argent et de sang humain a peu servi, et jamais des tentatives de ce genre n'ont entravé la traite.”

 Les Européens, qui interviennent en Orient pour empêcher par la force le commerce des esclaves, sont assurément des philanthropes vertueux animés des intentions les plus pures ; mais les Orientaux ne sont pas du tout persuadés de la pureté de ces intentions, et font remarquer que ces mêmes philanthropes vertueux, si tendres pour les noirs, forcent à coups de canon les Chinois à subir des importations d'opium, qui font périr plus d'hommes en une année que la traite des nègres n'en détruit dans une période dix fois plus longue. »

 

 

En arabe, l’esclave est désigné par le terme coranique ‘abd que les traducteurs rendent aussi par : « adorateur », « serviteur » ou « dévot ». On se sert également du terme « esclave » pour traduire doulo du grec et servus – servûla du latin. Pourtant, son apparition date en réalité du XIIIe siècle et provient du latin médiéval, slaves (en raison des nombreux slaves qui ont été réduit précisément en esclavage). L’acception que l’on en retient généralement s’est formée à Venise avec la Renaissance ; « esclavage » date de 1577. Il est évident que les différents cas que nous venons de citer, associés au sens courant que l’on attribut à l’esclave et à l’esclavage, deviennent aussi vagues que fautifs.

Il faut admettre que nombres d’amalgames sont intentionnellement maintenus par l’usage de certains mots mal définies et finalement ambigües tels que ceux-ci. Mais les acteurs de la modernité n’ont-ils pas voulu  tirer tous les avantages dans cet usage abusif  afin de dénigrer les Anciens au profit du prestige progressiste de leur « civilisation » ?

Il faut se rendre à l’évidence que les acceptions des termes « esclave » et « esclavage » varient selon les idéologies des uns et des autres et l’esclavage entendu dans son sens le plus général a existé de tout temps et doit être évalué dans ses modalités selon le tempérament des peuples qui l’ont pratiqué. Il reste que l’idéologie actuelle de son abolition est une illusion qui prend les allures d’une imposture, car en réalité, il n’a jamais autant existé que dans les temps modernes, certes sous une forme très différente de celle des anciennes civilisations, mais sur le fond, tout aussi terrible d’autant qu’ils s’y sont associés l’hypocrisie et le cynisme.

 On ne peut éluder que l’ère industrielle a généré de nouvelles formes desclavage avec l’apparition du prolétariat ; plus généralement ensuite avec l’asservissement général des peuples occidentaux à la consomation des produits de l’industrie et aux conditions financières pour les acquérir : glorification du travail, exaltation du progrès technique, propagande des loisirs. Il est impossible d’ignorer l’asservissement de nos contemporains à l’égard de tous ceux qui détiennent le pouvoir politique et les flux de la finance internationale, c'est-à-dire, les clés de leur confort. On peut multiplier les exemples ponctuels démontrant l’état de notre servitude et de notre abandon pour tout ce qui concerne les biens de notre conditionnement matériel ; il s’agit bien dans tous les cas d’une forme ou d’une autre d’esclavage qui passe d’autant plus inaperçu que nous nous persuadons que son existence, par la grâce du « progrès en marche », doit appartenir définitivement au passé.

 

 

* Guénon disait de cet auteur, à propos de son célèbre ouvrage La Psychologie des foules, qu’il était un homme intelligent mais de mauvaise foi, ne reconnaissant pas qu’il devait la plupart de ses idées à son séjour dans l’Inde. (Correspondance)

 

 

 

 

 

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LE NOACHISME 

 

Pseudo-religion ou « non-religion » ?

 

 

 

Note inédite de Guénon datant vraisemblablement de la période 1910-1920  :

 

« Dans son livre “Israël et l'humanité”, édité 14 ans après sa mort en 1914, Elie Benamozegh [*] prône le mosaïsme pour la communauté juive et le noachisme pour l'ensemble de l'humanité.

Ce qu’Elie Benamozegh appelle le “noachisme” (voir Aimé Pallière, Le Sanctuaire Inconnu) est la “religion des Patriarches” ; c’est en somme l’équivalent de ce qui est appelé en arabe Dinul-Fitrah, “Loi de la Nature primordiale”, qu’on dit être aussi la “religion d’Abraham”. Si l’on entend par là, comme semble le faire Benamozegh, l’unique vraie religion de toute l’humanité, elle s’identifie à la Tradition primitive elle-même ; mais alors il faudrait s’entendre sur la conception qui fait d’Israël, en tant que peuple  “sacerdotal”, le centre de l’humanité. En effet, cette conception est acceptable si l’on fait d’Israël le symbole des “élus” ; mais, si on l’entend littéralement et au sens extérieur, il faut dire que ce rôle n’est attribué à Israël qu’à un point de vue particulier et en vertu d’une délégation d’une puissance supérieure, représentée par la bénédiction de Melchissédec à Abraham ; autrement, on méconnaîtrait la suprématie du sacerdoce de Melchissédec, seul détenteur de la Tradition primitive dans sa plénitude. Le “noachisme”, en tant que commun à tous les hommes et représentant comme un degré inférieur ou imparfait, ne peut être qu’une participation imparfaite de cette même Tradition, l’ensemble des vestiges qui en sont demeurés dans le monde extérieur pendant la période d’obscuration dont le début est antérieur à la vocation d’Abraham.

– En correspondance avec la tradition juive à ce sujet, il est à remarquer que les Constitutions maçonniques anglaises déclarent que “le Maçon doit être un vrai Noachite”, c’est-à-dire qu’il doit professer les vérités religieuses fondamentales sur lesquelles tous les hommes sont d’accord, ce qui constitue bien le “noachisme” au sens où le prend Benamozegh. »

 

 

 

Pallière est un disciple de Benamozegh, catholique français, intégré au judaïsme sans être converti.  Il  reste chrétien et pratique un syncrétisme  entre deux formes rituelles, participant aux rites de la synagogue et à la messe catholique. Membre de l'Union Libérale Israélite, il a activement milité dans les organisations juives sionistes dans les années 1930. Il a une conception universaliste visant à unifier judaïsme et christianisme. C'est dans ce sens qu'il adhère au Noachisme professé par son maître Benamozegh. Ce dernier est un rabbin kabbaliste moderniste et sa conception du Noachisme reste dans le fond dépendante de la religiosité juive, comme il l'explique dans l’extrait suivant : « Nous, Juifs, nous avons nous-mêmes en dépôt la religion destinée au genre humain tout entier, la seule religion à laquelle les Gentils soient assujettis et par laquelle ils sont sauvés et vraiment dans la grâce de Dieu, comme l'ont été nos Patriarches avant la Loi...La religion de l'humanité n'est autre que le Noachisme, non qu'elle ait été instituée par Noé, mais parce qu'elle remonte à l'alliance faite par Dieu avec l'humanité en la personne de ce juste. Voilà la religion conservée par Israël pour être transmise aux gentils… »

Évoquer la restauration finale de la Tradition primordiale, mais sous la direction d'Israël, est pour le moins étrange.  Dans la généalogie biblique du livre de la Genèse, Noé représente l'héritage de la tradition antédiluvienne en tant que père des humains représentés par ses trois fils : Cham, Japhet et Sem, et c'est dans ce sens que l'humanité post-diluvienne (qui commence la « période d'obscuration » mentionnée par Guénon) est appelée « fils de Noé » par la tradition juive, à comparer avec l'expression coranique « fils d'Adam » qui désigne aussi l'humanité mais comme descendance de l'homme primordial Adam qui représente proprement la Tradition primordiale. Abraham intervient plus tard, suivant sa généalogie qui en fait un descendant de Sem ; il représente une  « actualisation cyclique », en tant que « point de jonction de la tradition hébraïque avec la grande tradition primordiale ».  

Ces explications suffisent pour comprendre que Benamozegh reste enfermé dans le domaine exclusivement religieux du Judaïsme. Ses conceptions ne sont prisent actuellement au sérieux que par quelques chrétiens « intégristes », contaminés par le nationalisme et un certain moralisme Protestant.

 

[*] Elie Benamozegh (1823-1900) est un rabbin  italien (kabbaliste).

 


  

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Erik Sablé : René Guénon, Le visage de l’éternité, Editions Points, Paris 2013.

 

Nous n’avions pas rédigé de compte-rendu à la sortie en librairie de ce petit livre de notre ami Erik Sablé, aujourd’hui disparu, parce qu’il s’adressait  principalement à la nouvelle génération de personnes intéressée par la spiritualité et ignorante de l’œuvre de Guénon. Cet ouvrage très court est une simple approche générale composée d’une Introduction, de cinq chapitres : L’Infini ; La Connaissance ; l’initiation ; Les pièges de la voie ;  La société traditionnelle et la modernité  et d’une Conclusion. La mise en garde à l’égard des mystifications du monde moderne et des fausses voies à prétention initiatique y sont bien définies. De nombreuses anecdotes traditionnelles viennent agréablement illustrer quelques extraits bien choisis de l’œuvre du métaphysicien. Le propos s’en tient à l’essentiel sans jamais entrer dans les détails complexes de l’existence peu ordinaire qui précéda l’arrivée en Egypte de Guénon ni dans ceux, bien connus des guénoniens, de la vie traditionnelle du shaykh ‘Abd el-Wahîd Yahyâ. Le rapprochement que l’auteur introduit dans le premier chapitre avec le concept moderne de « fractal » a été relevé par Bruno Hapel (Fin de Vie-fin de Cycle - Blog de Bruno Hapel - Une dérive « fractale » ?) ce qui nous dispense d’en faire la critique. Nous relevons également une référence élogieuse à J. P. Laurant à laquelle nous ne pouvons souscrire.










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