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jeudi 14 mai 2026

( II ) Les doctrines dans la correspondance de R. Guénon

 



 

 

 

 

 

 

EXTRAITS DOCTRINAUX

DE LA

CORRESPONDANCE GUÉNON / GENTY

 

(juin 1938 – février 1947)

 

 

 

 

 

 

Le Caire, 7 juin 1938. 

 

Vulliaud a sans doute raison en principe dans le reproche qu’il adresse au P. Bonsirven ; mais aujourd’hui combien y’en a-t-il, même parmi les Juifs, qui voient autre chose que l’exotérisme ? Ils sont sûrement de moins en moins nombreux, au point de n’être plus que des exceptions… Assurément, ce qui s’est manifesté sous Philippe le Bel n’a pas dû commencer ainsi tout d’un coup ; mais il semble bien tout de même que ce soit de cette époque qu’on puisse dater le début effectif de l’envahissement des bourgeois, c’est-à-dire en somme des marchands, car c’est bien là proprement leur fonction originelle… 

Au sujet du Christianisme, certains disent que la liturgie en langue syriaque est la plus ancienne de toutes ; mais est-ce au sens absolu, ou seulement parmi celles qui ont subsisté jusqu’ici ? D’un autre côté, une langue sacrée est bien autre chose qu’une simple langue liturgique, de sorte qu’en tout cas cela ne suffit pas à résoudre la question… Ce qui est véritablement singulier, c’est que, pour tout ce qui concerne le Christianisme, on se heurte ainsi, à chaque instant, à de énigmes plus ou moins insolubles !

 

Le Caire, 17 juillet 1938

Je m’explique très bien que, pour certains astrologues, il y ait, comme vous le dites, une question de « flair », car, étant donné l’état pitoyable de l’astrologie actuelle, on ne pourrait guère expliquer autrement qu’elle donne des résultats malgré tout ; le thème, en ce cas, joue en somme le rôle d’un « support » comme un autre… Mais le cas de la cryptographie me paraît assez différent de celui-là ; il semble qu’il devrait y avoir là des méthodes assez bien définies, et que, même si on a opéré le déchiffrement par une espèce de « divination », on devrait du moins pouvoir ensuite le justifier en indiquant comment le cryptogramme avait été formé ; or c’est là ce que n’expliquent presque jamais ceux qui font des recherches de ce genre, de sorte que les résultats qu’ils énoncent sont généralement invérifiables.

Je ne comprends pas bien pourquoi on devrait prendre en considération le pôle du Soleil, car c’est forcément par rapport à la terre que tout est envisagé dans l’astrologie ; ce pôle pourrait-il représenter pour nous un point fixe dans le ciel ? – Quant à l’inclinaison de l’écliptique par rapport à l’équateur, est-ce que certains ne l’ont pas considérée comme le résultat d’un accident lié à la « chute » ? Je ne me souviens plus où j’ai vu quelque chose de ce genre…

Pour le jeûne comme pour bien d’autres choses, il semblerait en somme que, dans le Catholicisme, on ait laissé les prescriptions tomber en désuétude sans les abroger expressément ; ce qui serait intéressant, ce serait de voir vers quelle époque cela a commencé à se produire. Quant aux Chrétiens d’Orient, ils sont certainement, en général, restés plus près de ce qui existait anciennement, mais je ne sais si ce que vous dites au sujet des Chrétiens syriens s’applique à tous ceux-ci indistinctement, car ils sont divisés en de multiples rites différents.

Pour l’Église celtique, on dit que les Culdées se rattachaient à l’Égypte, ce qui semblerait indiquer une dérivation de l’Église d’Alexandrie plutôt que de celle de Jérusalem. – Quant à la liturgie gallicane, est-ce que certaines particularités n’en ont pas été conservées jusqu’à nos jours à Lyon ? – Il semble extraordinaire que certaines choses aient pu disparaître dès le début du IIe siècle ; j’aurais plutôt pensé que c’était vers le IVe seulement.

Ce qu’on pourrait objecter au caractère de langue sacrée pour l’araméen, c’est que ce n’était en somme qu’un dialecte dérivé de l’hébreu et qui semble avoir joué plutôt le rôle de langue vulgaire.

 Ce que vous dites au sujet de Lilith est curieux, mais comment le nom d’Ahriman peut-il se trouver dans des traditions sémitiques ?  

 

Le Caire, 19 août 1938

 (…) J’ai encore pensé à une autre origine possible de l’histoire des « coups de canon » : ne serait-ce pas Le Couteulx de Canteleu ?

On trouve les jambes rayonnantes au nombre de 3 et de 4 ; dans ce dernier cas, c’est évidemment une forme du swastika, et l’autre (qui se trouve à la fois dans les armoiries de la Sicile et dans celles de l’île de Man) lui est aussi apparentée. – J’ai vu, parmi des marques de tailleurs de pierre, [1] et [2], formes qui ne sont qu’une simplification de celles-là.

L’usage de médicaments où il entre du vin ou de l’alcool n’est interdit par aucun rite islamique (sauf peut-être le rite hanbalite, qui, pour tout, pousse le « rigorisme » à l’extrême) ; il est seulement prescrit de se rincer ensuite la bouche 7 fois.

Pour les prescriptions tombée en désuétude dans le catholicisme, je crois que cela a dû commencer plus tôt que ne le dit votre collègue, quoique cela se soit sans doute considérablement accentué dans les derniers siècles ; mais dire que cela n’a aucune importance, voilà encore qui témoigne d’une singulière méconnaissance des rites, et qui se rapproche fort de la mentalité protestante !

Pour la question de l’araméen, je me demande s’il n’y aurait pas en réalité 2 langues différentes désignées par ce même nom : l’ancien araméen n’était-il pas tout autre chose que ce qu’on a appelé araméen plus tard ? On appelle bien aussi « syro-chaldaïque » une langue qui n’a rien à voir avec le chaldéen…

À propos de votre dernier article, il faut que je vous signale un point qui appelle des réserves : le nom d’Abraham (qui est d’ailleurs un composé « ab-raham ») ne peut pas avoir de rapport avec « eber » ; il y a là encore la confusion de א et de ע, que je me souviens de vous avoir déjà signalée à un autre propos ; l’insuffisance de l’alphabet latin pour les transcriptions est bien fâcheuse !

 

Le Caire, 8 septembre 1938.

Il y a bien des formes plus ou moins complexes qui sont dérivées du swastika ; les branches terminées en spirales sont assez fréquentes, ainsi que la forme « clavigère ». – Quant aux jambes rayonnant autour d’une tête, il est assez vraisemblable en effet qu’elles aient été l’indice d’un centre traditionnel, qui peut d’ailleurs évidemment avoir disparu depuis bien longtemps, car cela doit remonter très loin ; quant à la différence entre les formes à 3 et 4 jambes, je n’ai jamais vu nulle part aucune indication là-dessus.

Je ne crois pas plus que vous que les Phéniciens aient jamais exercé nulle part une domination réelle ; leur rôle semble plutôt avoir été de « véhiculer » certaines choses d’une région à une autre ; c’est sans doute ce qui a eu lieu notamment pour l’alphabet, et on a probablement grand tort de vouloir en conclure de là qu’ils en ont été les inventeurs. – À propos d’alphabet, l’idée que Moïse se serait servi de caractères cunéiformes me paraît, comme à vous, bien invraisemblable… Quant à l’« accadien », est-ce une langue réelle, ou seulement une hypothèse de linguistes dans le genre du soi-disant « indo-européen » ? –

Qu’est-ce donc que cette histoire de « Solymes », et d’où est-elle tirée ? Je n’en avais jamais entendu parler, et cela me fait l’effet d’une chose fortement « grécisée »… – Une autre question encore sur laquelle je n’ai pu trouver de renseignements nulle part est celle-ci : le syriaque s’écrit avec un alphabet dont les formes sont très différentes des autres ; d’où cet alphabet peut-il être dérivé ? On dit que l’écriture mongole viendrait de l’alphabet syriaque ; il y a en effet une certaine ressemblance d’aspect dans le tracé des caractères, bien qu’ils soient disposés de haut en bas et non plus de droite à gauche, ce qui peut être dû à une influence chinoise.

 

Le Caire, 11 octobre 1938.

– Pour le nombre des lettres de l’alphabet hébreu, votre remarque est exacte, mais il y a cependant une différence : c’est que les lettres finales sont distinguées seulement pour l’écriture des nombres, mais non pas pour le calcul des valeurs numériques des mots.

Le rapport entre le poisson et le dragon existe bien réellement en effet ; ce qui me paraît beaucoup moins clair, c’est ce que vous dites au sujet de Metatron et du 10e Avatâra ; quant à des études un peu complètes sur la doctrine des Avatâras, je crois que c’est vraiment bien difficile à exposer de façon à ne pas risquer d’être mal compris… – La formule « Dieu troisième de trois » appartient à je ne sais plus quelle secte chrétienne, sans doute éteinte aujourd’hui ; j’en ai vu l’indication quelque part, mais je ne la retrouve pas actuellement. Quant à la formule « Dieu est le Messie », elle doit se trouver tout au moins chez Swedenborg ; évidemment, ce n’est pas une affirmation dogmatique du Christianisme « officiel », mais peut-être cela n’en correspond-il pas moins à une attitude de fait chez beaucoup de chrétiens…

 

 

Le Caire, 28 novembre 1938.

 

Merci pour le tableau des alphabets ; il y a, dans l’alphabet syriaque, certaines lettres dont la forme se rapproche davantage de l’arabe que de l’hébreu, mais non pas toutes. – Je me demande toujours si le rôle attribué aux Phéniciens, au sujet de l’alphabet, n’est pas excessif ; il semble que ce peuple ait surtout servi à diffuser certaines choses un peu de tous les côté, mais de là à lui en attribuer l’origine même, il y a assez loin… – Quant au nouveau déchiffrement de l’écriture maya, je ne sais ce qu’il peut valoir, mais j’avoue que ces sortes de choses m’inspirent toujours assez peu de confiance, car on n’a vu que trop de fantaisies en ce genre, et non pas seulement pour la langue maya ; et le plus beau est que chacun de ceux qui proposent un déchiffrement arrive toujours à trouver un sens à peu près plausible ; seulement, de l’un à l’autre, il n’y a souvent rien de commun !

Au sujet des Solymes, je pensais bien que Renan devait tout de même donner quelques références ; malheureusement, la plupart sont d’auteurs assez récents, chez lesquels on trouve bien souvent un mélange, pour ne pas dire une confusion, entre des choses de provenance très différente ; je me demande aussi ce que peut valoir, par exemple, ce nom de « Chaldéen », qui a l’air d’être une sorte de « personnification » de la Chaldée ou de son peuple…

Je pense comme vous que, pour l’hébreu, le compte des lettres finales avec des valeurs numériques différentes ne peut s’appliquer en tout cas qu’à des textes assez récents ; je ne crois pas que cela puisse remonter au delà de l’époque des Massorètes. – Je ne vois pas que le total de deux lettres puisse toujours arriver à donner 1000 ; en fait, on ne pourrait trouver une semblable complémentaire que pour les dernières lettres, à partir de ק (en comptant naturellement les finales pour des lettres distinctes).

 

 

Le Caire, 12 janvier 1939

 

Nous sommes bien d’accord au sujet des Phéniciens ; mais ce que vous dites pour les monuments mégalithiques me fait repenser à autre chose : n’y aurait-il pas eu d’autres Phéniciens, tout à fait différents de ceux qu’on connaît « historiquement », et qui auraient été le peuple de la terre du Phénix, c’est-à-dire en somme de la « Syrie » primitive ?

Il est exact que différents auteurs arabes rapportent des « hadîth » de Jésus qui semblent être inconnus des Chrétiens ; je ne sais d’ailleurs pas exactement comment ils se sont transmis, mais il est bien possible qu’il s’agisse de choses qui, dans le Christianisme même, se sont perdus à un moment quelconque, puisqu’il semble y en avoir tant dans ce cas ; peut-être en retrouverait-on au moins une partie dans les Évangiles dits apocryphes ; mais, à propos, à partir de quand s’est-on imaginé que ce mot « apocryphe » voulait dire « faux » ?

Il faudra que je repense à ce que vous me suggérez pour la question de la « concentration » ; l’application de ce mot au « Soi » est bien exacte si on considère le but, mais on ne peut pas commencer par là, et la fixation sur un « support » symbolique, quoiqu’elle ne soit assurément qu’un moyen, semble bien indispensable tant qu’un certain stade n’est pas dépassé.

Je ne suis pas étonné de ce que vous me dites au sujet du Maharshi, car, en dehors du chapitre qui le concerne, le livre de Brunton ne contient réellement rien de bien extraordinaire. Ce qui est peut-être regrettable, c’est que trop de gens de toute sorte s’intitulent « disciples » du Maharshi, parfois sans même l’avoir jamais vu ; les résultats obtenus sont d’ailleurs des plus inégaux, et Brunton lui-même, à en juger par ce qu’il a publié depuis lors, n’a pas été bien loin ; mais il va de soi que nul ne peut donner aux gens les possibilités qu’ils ne portent pas en eux…

 

 

Le Caire, 4 mars 1939. 

 

Dans l’ouvrage sur Glastonbury, il y a des allusions maçonniques très nettes, mais cela ne suffit pas pour qu’on puisse affirmer que cela a été inspiré particulièrement par telles ou telles Loges. C’est en Angleterre même qu’il a subsisté quelques Loges indépendantes ; il se peut qu’il y en ait aussi en Écosse, mais cependant les Loges les plus anciennes (Kilwinning, etc.) s’y sont rattachées à la Grande Loge d’Écosse, qui est d’ailleurs une Obédience indépendante de la Grande Loge d’Angleterre et de fondation un peu plus récente. – Les manuscrits gaéliques dont vous parlez sont-ils des ouvrages qui n’ont jamais été édités ?

Cette histoire des « Solimans » est vraiment singulière ; on pourrait se demander s’il ne s’agit pas là de quelque chose qui se rapporte aux humanités des Manvantaras antérieurs, mais il se peut qu’il y ait encore autre chose, et même un mélange de données concernant plusieurs sortes d’êtres. Dans les traditions arabes, il est aussi question d’êtres différents des hommes et ayant habité la terre avant eux, les « Binn » et les « Jinn » ; cela d’ailleurs est encore à peu près aussi énigmatique que l’énumération du 6e chapitre de la Genèse…

Les « Logia Agrapha » publiés par Asin Palacios ont-ils quelque similitude avec ce qui existe sous ce nom en grec, et dont je ne sais d’ailleurs pas quelle est la provenance exacte ? Je n’ai jamais eu l’occasion de voir non plus la traduction de Besson. – Pour les « Hadîth », on a toujours fait une distinction en effet entre ceux qui sont sûrs et ceux qui sont plus ou moins douteux : mais il est à remarquer que ce sont surtout les modernistes qui s’efforcent d’en contester le plus possible (et avant tout, bien entendu, d’écarter ceux qui ont un sens nettement ésotérique).

Pour la concentration, ce que vous dites est exact, mais une formule verbale est aussi une « forme » ; d’un autre côté, ce qui joue le rôle des « yantras » dans l’Islam, c’est surtout la représentation des lettres et des noms divins. 

Il est vrai que, dans tout ce qui est écrit par les disciples du Maharshi, il y a toujours des choses qui appellent des réserves ; c’est curieux qu’il ait toujours eu autour de lui des gens peu compréhensifs ou ayant des idées personnelles plus ou moins bizarres. Quant à Brunton, il a assurément ressenti l’« influence », mais je ne crois pas qu’au fond il soit arrivé à comprendre grand’chose, et maintenant il cherche plutôt à exploiter cela en tant qu’ « écrivain »…

 

 

Le Caire 25 avril 1939

 

Pour les Pélasges, je crois comme vous qu’il est bien difficile de savoir au juste ce qu’ils étaient et d’où vient leur nom ; il n’est guère vraisemblable qu’ils aient été de race noire, ce qui obligerait à les reporter à une époque beaucoup trop éloignée ; en tout cas, il y a sûrement bien des étymologies fantaisistes chez Fabre d’Olivet et ailleurs !

Ce bélier d’Ur est vraiment une chose curieuse ; dans l’Islam, pour l’Aïd el-Kebir, en commémoration du sacrifice d’Abraham, on fait encore particulièrement attention à la forme des cornes de l’animal, qui doivent, autant que possible, être nettement recourbées en arrière, ce qui est en effet une condition nécessaire pour qu’il puisse être retenu par un buisson. 

Les Logia Agrapha semblent bien être en somme quelque chose du même ordre que les Hadîth ; bien entendu, l’hostilité des modernistes contre tout cela n’a rien d’étonnant…

Vous ne m’aviez pas parlé de ce passage de Gobineau ; ce que je ne vois pas bien, c’est le rapport que cela peut avoir avec les écritures cunéiformes… Il est certain que le pronom « Huwa  » (prononcé «   » dans certains cas) a une place assez à part parmi les noms divins ; on pourrait dire qu’il est, à certains égards, comme un substitut d’« ism el-qalb », lequel est imprononçable, sinon d’une façon toute intérieure. – Une chose assez curieuse à ce propos, c’est que יהוה, lu dans l’autre sens, donne « Huwa-Hiya », c’est-à-dire, en arabe, « Lui-Elle.

Il y a bien des variétés de Shiites, et on ne peut guère généraliser ; mais, dans tout l’Islam, l’interprétation « sacrificielle » de la prière rituelle elle-même est en tout cas une chose assez connue. Peut-être reprendrai-je un jour ou l’autre certaines des choses que j’ai indiquées dans mes derniers articles, mais tout cela n’est vraiment pas facile à exposer… – Il ne serait peut-être pas tout à fait exact de dire que l’Avatâra et le Rasûl sont la même chose ; ce sont plutôt deux aspects sous lesquels cette même chose peut apparaître ; il est d’ailleurs évident que de telles « fonctions » peuvent avoir une étendue très différente, sans pourtant que cela implique une différence d’état des êtres mêmes qui les remplissent… 

 

 

Le Caire, 24 janvier 1940.

 

Je ne savais pas que Wirth était tout à fait paralysé ; est-ce pour cela que le « Symbolisme » ne paraît plus ?

Si Dupré a des lettres de moi, ce qui est bien possible en effet, cela doit remonter à l’époque de la « Gnose » ; je crois bien me souvenir qu’il y était abonné. – Quant à Lagrèze, vous l’avez sûrement vu comme moi au temps de la L/ Humanidad ; je n’en avais plus jamais entendu parler depuis lors, mais, il y a quelque temps, j’ai su qu’il s’était séparé des gens de Lyon… pour se rallier à Victor Blanchard.

Pour l’histoire des fameux documents, s’il s’agit des Templiers qui se seraient réfugiés ici après la destruction de l’Ordre, c’est sans doute moins invraisemblable que de supposer qu’ils y auraient eu un établissement antérieurement ; mais, tout de même, le fait me semble bien douteux ; on comprendrait plutôt qu’ils se soient réfugiés en Syrie… – Quant aux choses plus récentes, je n’ai jamais entendu parler non plus de ce « Dux Saxonius Comnenius » ; c’est d’ailleurs pourquoi j’avais supposé qu’il s’agissait peut-être en réalité de Comenius, qu’on prétend assez couramment, à tort ou à raison, avoir été une sorte d’émissaire des Rose-Croix. – Qu’il y ait eu et qu’il y ait même encore des groupes de disciples de Boehme, cela est assez probable ; mais toute la question serait de savoir si, en fait, ils ont quelque rapport avec une initiation rosicrucienne, ou même avec une initiation quelconque… En tout cas, il semble bien que Saint-Martin n’ait connu les œuvres de Boehme qu’après s’être déjà écarté des Élus Cohens ; quant aux Philosophes Inconnus de Tschoudy, ils n’ont très probablement jamais existé que sur le papier. – Chaboseau ne doit pas être le seul à avoir eu une « transmission » indépendante remontant à Saint-Martin, car je me souviens d’un certain Chuquet qui autrefois prétendait la même chose ; mais ce ne serait intéressant que si Saint-Martin lui-même avait quelque chose à transmettre réellement, et c’est là le point qui reste douteux…

Le titre de « Grande Loge d’Édimbourg » n’existe pas ; il ne doit pas s’agir de la Grande Loge d’Écosse, mais plutôt de l’Ordre Royal d’Écosse, organisation qui ne fait pas partie de la Maç/ proprement dite. – Au sujet du Droit Humain, il y a une inexactitude à rectifier : le Dr Georges Martin avait été initié régulièrement à la L/ La Jérusalem Écossaise avant de s’associer avec Maria Deraisme pour fonder ledit Droit Humain. Je me souviens d’ailleurs très bien que, quand il s’agissait de conférer les hauts grades, il se contentait d’assister sans y prendre aucune part active, afin de ne pas violer ses engagements envers le Rite Écossais régulier dont il continuait à faire partie.

 

 

Le Caire 12 septembre 1945

 

– Pour les rapports entre l’arabe et l’hébreu, vous savez sûrement que la valeur numérique est la même pour les 22 lettres qui sont communes aux deux alphabets (l’ordre différent dans lequel celles de l’alphabet arabe sont rangées par les grammairiens n’a aucune importance à ce point de vue ; quant à leur signification hiéroglyphique, qui est sans doute ce que vous aviez en vue (mais je ne pense d’ailleurs pas qu’il y ait besoin de faire intervenir spécialement Fabre d’Olivet pour cela), elle est aussi en grande partie la même, mais il y a cependant quelques différences, comme cela apparaît du reste par le fait que certains noms propres, et aussi certains mots de même dérivation et de même sens, ne s’orthographient pas de la même façon dans les deux langues, et aussi que des mots identiques y ont parfois des sens différents (par exemple, lehem, « pain » en hébreu, et lahm, « chair » en arabe, qui s’écrivent exactement de la même façon) ; en tout cas, partout où il existe une telle signification hiéroglyphique, il est évident que des méthodes d’interprétation similaires sont applicables. 

Pour ce que j’ai écrit dans mon compte rendu au sujet du Tarot, voici textuellement le passage de Waite (celui-ci est mort il y a 2 ou 3 ans, il avait d’ailleurs 80 ans passés) : « In the printed text which accompanied the Card produced (il s’agit de son livre sur le Tarot), I had to be careful on my own part, in the direction of the abyss which is veiled by the Secret Tradition in Goëtia and its dealings with sacred things for their perversion. It is to be understood that there is a “tradition à rebours” (en français dans le texte). Elipha Lévi once said of his own epoch that “all things bend and sink down in search of a shameful pasturage”. They can be also misdirected terribly by perverted will. The Black Mass is one example, though its modern codices are blasphemous filth and folly. Tarot Cards offer another instance : there is a so-called Jewish pack which is like Mediaeval Satanism in its Symbols. »

 

 

Le Caire, 4 janvier 1946

 

Le rapprochement entre le sceau des États-Unis et l’arcane XIII peut être juste, mais l’histoire des 13 tribus d’Israël est loin d’être une interprétation particulière aux anti-juifs ; elle se rattache même surtout, en premier lieu, aux élucubrations de la « British Israël Society », laquelle, comme vous le savez peut-être, est pour beaucoup dans le lancement et la diffusion des fameuses « prophéties pyramidales ». – Je ne sais pas exactement combien sont les États actuellement, mais n’étaient-ils pas 22 à l’origine ? Il faudra que je pense à ce que vous me dites de l’utilité d’un article sur le cœur siège de l’intelligence, quoique j’en aie déjà assez souvent parlé occasionnellement. Sûrement, Descartes est pour une bonne part dans toutes les confusions modernes, et en particulier pour tout ce qui concerne la constitution de l’être humain. Ce que je voulais vous dire au sujet de la tradition d’Abraham, c’est que je n’ai jamais pu comprendre qu’on ne voie pas le lien qui existe entre les 3 formes qui en procèdent ; du moins, je ne le comprends que de la part de gens qui s’en tiennent à un point de vue tout à fait exotérique et superficiel. J’ai du reste remarqué que certains paraissent sentir cette solidarité d’une façon en quelque sorte instinctive, par exemple ceux chez qui l’antijudaïsme entraîne une prévention à la fois contre le Christianisme et contre l’Islamisme ; et, à ce propos, ne pensez-vous pas que Matgioi en particulier était quelque peu dans ce cas ? – D’un autre côté, je voulais aussi vous demander quelle est votre idée au sujet de l’antijudaïsme qu’on attribue aux Gnostiques, ou tout au moins à certains d’entre eux ; je me rappelle que feu Synésius insistait beaucoup là dessus, et de façon tout à fait approbative… 

Je vous remercie pour la copie de la lettre concernant Abdul-Hâdi ; Clavelle ne m’en a jamais parlé. Je ne savais pas qu’il avait été officier de marine dans sa jeunesse ; mais Dupré, de son côté, paraît ignorer son origine finlando-tartare. D’un autre côté, Dupré me paraît assez peu qualifié pour formuler des appréciations au point de vue islamique ; les siennes ne concordent nullement avec celles des Musulmans qui ont connu Abdul-Hâdi ici, car il y en a encore quelques-uns (dont un parent de ma femme). Abdul-Hâdi appartenait aux turuq qadriyah et shâdiliyah ; je ne sais pas ce qu’il faut entendre par « confréries sérieuses » si celles-là n’en sont pas… (…) – C’est surtout par Coulomb, avec qui il était d’ailleurs toujours resté en relations, qu’Abdul-Hâdi avait été mis en rapport avec les milieux théosophistes. Quant aux sociétés zoophiles, etc., il y avait été introduit par Mme Huot, que nous surnommions « la mère aux chats » ; je ne sais pas si vous l’avez connue ; c’est chez elle qu’il logeait le plus souvent pendant ses séjours à Paris. 

 

 

Le Caire, 11avril 1946

 

J’ai toujours pensé aussi qu’Abdul-Hâdi était réellement rattaché aux Malâmatiyah, mais il se montrait toujours très réservé sur ce point. Je viens même de me rappeler une chose assez curieuse : il avait expressément demandé qu’on n’envoie pas à Insabato le nº de la « Gnose » contenant l’article où il en était question, afin que celui-ci n’ait pas connaissance des indications qu’il y donnait sur les régions où se trouvaient encore des Malâmatiyah. Je crois que c’était surtout à cause de l’Albanie, et il m’avait d’ailleurs semblé qu’en réalité cette discrétion devait viser moins Insabato lui-même que Giolitti dont celui-ci était en quelque sorte l’homme de confiance. – D’autre part, Abdul-Hâdi avait dû aussi être affilié à une tarîqah Akbariyah (ainsi nommée du Sheikh El-Akbar) qui existe dans le Sud de l’Inde.

 

 

Le Caire, 9 octobre 1946.

 

Je ne retrouve pas en ce moment le « Golem » pour voir à quoi s’y rapporte au juste l’expression que vous citez ; mais celle-ci me paraît signifier littéralement « association de la naissance (ou de l’origine) de la lumière du matin », et je ne vois pas qu’il y soit question de « descendants » ; je ne saurais d’ailleurs pas vous dire d’où elle peut être tirée. – Quant à « Rabb el-Falaq », c’est une appellation de Dieu, mais pourquoi aurait-elle un rapport spécial avec Metatron ?

L’expression « Fils de la Veuve », au sens le plus littéral, vient du passage de la Bible où il est dit qu’Hiram était fils d’une veuve de la tribu de Nephtali ; et, par là même que le Maître Maçon s’identifie à Hiram, il est aussi «  Fils de la Veuve ». Maintenant, il y a encore autre chose, en raison de la similitude qui existe entre la légende d’Hiram et le mythe d’Osiris : dans celui-ci, la Veuve est naturellement Isis, et le Fils de la Veuve est Horus, en qui renaît Osiris, de même qu’Hiram renaît en tout Maître Maçon. Vous voyez que, de toute façon, il ne s’agit pas là d’une expression moderne…

 

 

Le Caire, 4 décembre 1946.

 

Je n’ai pu encore que jeter un simple coup d’œil sur le livre de Cherfils, mais j’ai constaté qu’il lui était resté beaucoup plus que je ne l’aurais cru du positivisme par lequel il était passé et d’où il était venu à l’Islam. Cela fait une sorte de conception moderniste assez singulière, qu’il semble d’ailleurs regarder comme coïncidant plus ou moins avec celle de Bonaparte lui-même, et qui va jusqu’à lui faire croire que la science qu’il est recommandé de rechercher peut être la science profane de l’Occident moderne. Il est vrai qu’il y a aujourd’hui un certain nombre de modernistes musulmans qui pensent la même chose à cet égard, mais cela est assurément bien loin du véritable Islam traditionnel…

Il ne doit pas être facile d’être admis dans l’« Estoile Internelle », car le nombre de ses membres est strictement limité à 12 ; je n’en connais d’ailleurs aucun. Il existe une autre organisation plus extérieure qui s’y rattache plus ou moins directement ; c’est dans celle là que Tamos a été reçu, ainsi que Clavelle et Quesneville, mais ces deux derniers s’en sont naturellement tenus à l’écart depuis leur entrée dans la Tarîqah.

Il y a actuellement encore dans l’Église orthodoxe un mysticisme qui est certainement très différent de celui de l’Église latine ; mais, en dehors de cela, il y a aussi des restes d’une initiation proprement dite dans certains monastères, ceux du mont Athos notamment, et probablement d’autres encore. Pour ce qui est du Sinaï, il n’y a plus rien de vivant ; le seul monastère qui y existe, celui de ste Catherine ( je ne crois pas qu’il y en ait jamais eu d’autres), édifié sur le lieu même du Buisson ardent, ne contient plus qu’un très petit nombre de moines, et qui sont fort ignorants, ainsi que j’ai pu m’en rendre compte par moi-même ; il y eut même, à une certaine époque, un bibliothécaire qui n’avait rien trouvé de mieux que de brûler tous les manuscrits qu’il jugeait trop détériorés pour être encore utilisables ! – Il est probable qu’il a dû aussi y avoir autrefois une initiation dans certains ordre religieux d’Occident, mais qu’elle a dû disparaître entièrement dans la période de décadence du moyen âge ; il semble bien que, dès le XVe siècle, s’il y avait encore des initiés dans les couvents, c’est parce qu’ils étaient en même temps rattachés à d’autres organisations, d’un caractère surtout hermétique.

Je n’ai jamais vu nulle part le nom de Touilleux ni la mention de son ouvrage dont vous parlez ; quel rapport peut-il bien y avoir entre Domitien et Cybèle ? – Les mystères d’Attis avaient certainement, à l’origine, la même signification que ceux d’Osiris, mais il se peut très bien qu’ils aient dégénéré par la suite, et même que cette signification ait fini par être en quelque sorte « inversée » ; on pourrait aussi voir là encore un exemple du double sens des symboles, comme on en a un également dans le cas du nombre 666. À ce propos, je me demande ce qu’il faut penser de la version de l’Apocalypse qui donne 616 au lieu de 666, car 616 n’a aucune des connexions symboliques importantes que présente 666…

 

 

Le Caire, 16 février 1947.

 

Je savais que Cherfils avait fait un ouvrage sur Wronski, bien que je ne l’aie jamais vu ; cela doit d’ailleurs dater du temps où il était encore positiviste. Je ne sais plus si je vous ai dit que c’est par Abdul-Hâdi que je l’avais connu ; je crois bien que c’est celui-ci qui avait commencé à l’intéresser à l’Islam, mais il n’a sûrement jamais rien compris au point de vue ésotérique.


Avez-vous su que Charbonneau-Lassay est mort il y a à peu près 2 mois ? (...). Il est tombé malade juste au moment où il devait s’entendre définitivement avec Desclée pour la réimpression de son « Bestiaire » (dont la première édition a été entièrement détruite par un incendie en Belgique pendant la guerre) et pour l’édition du « Vulnéraire » qui doit lui faire suite ; ainsi, il n’aura pas eu la satisfaction de voir enfin paraître ces ouvrages auxquels il avait travaillé pendant tant d’années… Il a transmis la maîtrise des Chevaliers du Paraclet à Tamos, et je crois bien d’ailleurs qu’il n’y avait personne d’autre qui puisse recevoir cette succession. – Pour ce qui est de Tamos et de son animosité contre l’Orient, je ne savais rien de ce que vous me dites, car c’est encore là une chose dont Clavelle ne m’a jamais parlé.


Chacornac s’est finalement décidé à tirer cette année les « Études Traditionnelles » à 800 exemplaires ; ce n’est sûrement pas trop, car vous savez sans doute que, faute d’un tirage suffisant, il a dû refuser des abonnements à la fin de l’an dernier. Il m’a dit la même chose qu’à vous au sujet du papier, et il se plaint de ne pas pouvoir même en obtenir assez pour le tirage de son « Cte de St-Germain ». Il vient de m’envoyer ce qui me paraît être les dernières épreuves de celui-ci ; autant que j’ai pu me rendre compte en y jetant un coup d’oeil, c’est un véritable travail de patience, purement historique d’ailleurs, sauf, à la fin, le chapitre qui a paru dans les « Études Traditionnelles » et qui a été en réalité rédigé par Clavelle.

J’ai eu l’explication de l’histoire concernant le « Traité de l’Unité » : il ne s’agissait pas en réalité d’un manuscrit de celui qu’a traduit Abdul-Hâdi, mais d’un autre ouvrage de Mohyiddin, tout à fait différent de celui-là, intitulé « Kitâb el-Alif », et qui est aussi désigné parfois sous le nom de «  Kitâb el-Ahadiyah », d’où la confusion ; il est donc probable que Clavelle aura mal compris.

Il est certain que Saint-Yves était, comme vous le dites, assez mal renseigné sur bien des choses, et même en ce qui concerne l’Inde (en quoi il était d’ailleurs moins excusable que Fabre d’Olivet) ; mais pourquoi éprouvait-il le besoin d’en parler quand même, et d’où avait-il bien pu tirer des indications aussi fantaisistes que celle des « koranites ésotériques » ?


Pour ce qu’on raconte sur le « panarabisme », et le « panislamisme », ce dont il s’agit actuellement, en fait, est tout simplement un projet de fédération des États arabes pour résister aux prétentions des puissances occidentales ; ce projet n’a d’ailleurs rien de spécifiquement islamique, puisque les Chrétiens de Syrie et du Liban y adhèrent tout aussi bien que les Musulmans et travaillent tout aussi activement à le réaliser. – Ibn es-Seoud est certainement très bien comme homme politique, mais c’est seulement dommage, au point de vue islamique, qu’il soit wahhabite… – Pour l’Inde, il semble que la Ligue musulmane voudrait surtout arriver à la constitution de 2 États distincts et autonomes, l’un comprenant les régions du Nord où les Musulmans sont en majorité et l’autre le reste de l’Inde.


J’ai reçu dernièrement une lettre de Raffaelli, un professeur de mathématiques ami de Préau, qui, parmi diverses autres questions, en soulève une se rapportant aux correspondances astrologiques du Tarot et qui vous concerne en partie directement ; voici ce qu’il écrit à ce sujet : « Il y a d’abord la correspondance de l’Ermite au Lion qui me paraît donner lieu à objection : opposition de la lampe voilée et de la lumière éclatante du Soleil. Le Teth a les significations d’enveloppement, de protection, de toit, de couverture. Le Lion et le Soleil n’éveillent-ils pas dans l’esprit des idées absolument contraires à celles-ci ? – Basilide, qui croit que le Tarot est avant tout de l’astrologie, fait correspondre à l’Ermite la Vierge, et Maxwell les Poissons, ce qui du moins ne choque pas. – Il y a ensuite la correspondance de l’arcane XIX, le Soleil, avec les Poissons ; Basilide choisit le Lion, ce qui astrologiquement est justifié, et Maxwell choisit les Gémeaux, je ne sais pas pourquoi. – Il paraîtrait naturel, toujours au point de vue astrologique, de faire correspondre l’arcane XVIII, la Lune, au Cancer, ce que font Basilide et Maxwell ; mais Papus, Marc Haven et ceux qui s’inspirent des lettres hébraïques le font correspondre au Verseau. – À l’arcane VIII, la Justice, qu’on a l’habitude de faire correspondre à la Balance (ce que font Basilide et Maxwell), le Sepher Ietsirah fait correspondre le signe du Cancer. Or en quoi la Justice et les idées qui s’y rapportent peuvent-elles être symbolisées par le signe du Cancer qui est la maison de la Lune et qui n’éveille que des idées d’ancienneté, d’hérédité, de parenté, d’intimité, etc. ? » – J’avoue que je ne vois pas très bien comment on peut débrouiller tout cela et rendre compte de ces divergences ; comme il me semble que vous pouvez y répondre beaucoup mieux que moi qui ne me suis jamais occupé particulièrement de cette question, vous serez bien aimable de me dire ce que vous en pensez ; merci d’avance. – Au fond, Raffaelli semble penser que la correspondance des arcanes du Tarot avec les lettres hébraïques n’est pas exacte ou même qu’elle aurait été supposée après coup ; tout de même, il ne me semble guère possible que ce ne soit qu’une rêverie de Court de Gébelin…

 

(À suivre)…



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فَاذْكُرُونِي أَذْكُرْكُمْ وَاشْكُرُوا لِي وَلَا تَكْفُرُونِ


« Souvenez-vous de Moi, Je me souviendrai de vous, soyez reconnaissants envers Moi et ne Me reniez pas. »

(Al-baqara, 152.)

 

 

(Calligraphed in 1443 / 2021-22 Abdurrahim Kahya - From A. Godlas)

 







 


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