LES POITRINES DES HOMMES LIBRES SONT LES TOMBEAUX DES SECRETS صدور الأحرار قبور الأسرار

mardi 23 juin 2015

GÉOMANCIE (‘ILM AL-RAML)










(‘ILM AL-RAML)
LE « TASKÎN DE ZENÂTΠ»






Tableau I



De l’interdiction de consulter les devins, les « astromanciens » et les géomanciens (1).

1681/5. Mu’âwiyah bin al-hakam a dit, rapportant ces paroles de l’Envoyé d’Allâh  sur lui la paix « Je viens de sortir de lignorance (jâhiliyyah) : Dieu  Le Très Haut  est venu par lIslâm et certains, parmi [nous] les hommes, vont voir les devins ?   
 Il a dit : « Ne vas pas vers eux ». J’ai dit : « et, certains parmi [nous] les hommes, consultent [les oracles] ? ». Il a dit : « c'est une chose qu'ils trouvent dans leurs poitrines (fî çudûrihim) [c'est-à-dire dans leur cœur, leur for intérieur, donc une connaissance intuitive], cela ne les égare pas ». J’ai dit : « et certains, parmi [nous] les hommes, tracent des traits (Khatta ) sur le sable ? ». Il a dit : « Il était un prophète, parmi les prophètes, qui traçait des traits sur le sable, celui qui s’emploie à tracer des traits sur le sable, comme lui-même le faisait, est comme lui.
(Muslim).


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Abdallah Penot qui semble avoir traduit une autre version de ce hadith interprète : « Quiconque la pratique (la géomancie) comme lui, n’est pas blâmable (2). »
Dans ces propos du Prophète Mohammad – sur lui la Paix , il est important de séparer nettement la science astrologique à proprement parlé de son application divinatoire ; en effet, la consultation et la pratique de ce que l’on devrait plutôt désigner par le terme d’ « astromancie » sont blâmables au regard de la shari’ah en raison de l’interférences que cela occasionne avec le décret divin *. La même remarque vaut naturellement à l’égard de la géomancie qui ne fut envisagée chez les latins, notamment avec Robert Fludd, que dans son application divinatoire. Les mystères de la sémantique, font que l’on dit géomancie et non « géologie », tout comme inversement, on dit astrologie et non «  astromancie ». On peut noter qu’il y a dans le choix de ces termes, autant que dans leurs acceptions, toute l’approximation d’un langage peu adapté au traitement des sciences traditionnelles. Il est vrai que le monde arabe, à première vue, semble lui aussi n’envisager le Khatt al-raml que dans son aspect divinatoire et s’il n’y avait le bazdah du taskîn de Zenatî, et sans doute aussi quelques traité de savants dont nous ignorons encore l’existence, pour témoigner de la science traditionnelle dont elle fait légitimement partie, on pourrait se demander ce que peut signifier ce hadith transmis par Muslim.
Quoiqu’il en soit, à défaut de distinguer l’application divinatoire de la science dont elle est tirée, on en arrive à confondre par ignorance la science cosmologique avec le shirk (l’« associationnisme »).

*L’astrologie généthliaque n’est pas concernée par l’interdiction de « la pratique des “devins” et des “astrologues” » à la condition expresse que les connaissances qu’elle permet de délivrer sur un événement, une situation ou le tempérament d’une personne, ne soient pas assujetties à des prévisions ponctuelles .

Mu’awiyah bin al-hakam rapporte l’acte du prophète évoqué par Seyyidinâ Mohammed – sur lui, la Paix avec le verbe d’action khatta qui signifie tracer, tirer des lignes ou des signes sur un support quelconque. Utilisé au mode intransitif, khatta précise que l’on trace des traits ou des signes sur le sable. Il n’évoque pas cet acte avec des termes tels ‘ilm al-raml ou autre afin de privilégier le contact sensible avec la terre. Ces traces sur le sable (ou « jetées » sur une feuille de papier) sont un alignement de traits que l’on effectue sans compter et que l’on reporte sur plusieurs rangées ; au nombre de quatre, pour un seule figure, ou de seize pour réaliser un tableau complet (Écu géomantique). Dans ce dernier cas, les traits sont décomptés par rangées de quatre, sachant que la rangée dont le résultat est une somme de traits impaires s’exprime par un point et celle dont le résultat est une somme de traits paires s’exprime par un trait (deux points contigus chez les latins). La superposition de ces deux signes, ordonnés verticalement quatre par quatre, constitue autant de figures particulières parmi les seize figures possibles totalisant toutes les combinaisons paires / impaires (4×4=16).

L’efficacité de ce système mathématique repose sur l’idée que la Terre se caractérise par sa discontinuité assimilée à la parité, tandis que le Ciel, homogène et continu, exprime la nature de l’imparité *. L’acte du prophète Idrîs signifie que sa science participe de la dualité inhérente à tout ce qui provient du discontinu qui est une signature de la Terre, cependant que son intention spirituelle, conformément à sa fonction prophétique, relève de l’ordre du continu (3).
Enfin, « est comme lui », c'est-à-dire : « celui qui trace des traits sur le sable », à condition qu’il applique cette science particulière avec une intention saine et désintéressée, peut être considéré comme s'intégrant au rang de ses héritiers (4).

*La tradition chinoise attribua de la même manière aux hexagrammes du Yi King le symbolisme du trait continu et du trait brisé respectivement au Ciel et à la Terre. Il est d’ailleurs remarquable, comme le rapporte la tradition, que le système géomantique tienne son origine du Yi king, ayant été ensuite transmis aux hindous avant de parvenir au monde arabe.





Tableau II






Le Bazdah, clé de l’organisation du tableau de Zenâtî permettant d’établir les significations des 16 figures.

« Le pneumatique est le contenant, la substance est le contenu. C’est pourquoi l’Air et le Feu contiennent alors que l’Eau et la Terre sont contenus ».
Galien

Ce principe cosmologique est essentiel pour comprendre les significations des schèmes graphiques d’une figure selon l’attribution paire ou impaire de ses quatre degrés ordonnés à l’image d’un être animé : au premier degré, appelé la « Tête », correspond l’élément Feu; au second, le « Cœur » : l’élément Air ; au troisième, le « Ventre » : l’élément Eau ; au quatrième, les « Pieds » : l’élément « Terre ». 
Incluses dans l’« Ecu géomantique », les 16 figures sont déterminées par les 12 Maisons astrologiques (buyût), auxquels on ajoute 4 « Maisons judiciaires », à savoir : le Témoin droit, le Témoin gauche (al-zawâid), le Juge (al-mîzân) et le Subjudex (al-‘âqibah).
Pour Zenatî, les 12 Maisons dans lesquelles les figures ont leur « Trône » (ou leur élection) et dont les significations correspondent à celles des 12 Signes astrologiques, sont les suivantes : figure 1 : al-kusaj, « Puer » (le Garçon) ; fig. 2 : al-dâhilah, « Laetitia » (la Joie) ; fig. 3 : al-‘atbah al-dâkhil « Caput draconis » (la Tête du Dragon) ; fig. 4 : al-bayâd, « Albus » (le Blanc ou le Pur) ; fig. 5 : al-tarîq, « Via » (la Voie ou la Route) ; fig. 6  : qabdu khârij, « Amissio » (Perte) ; fig. 7 : humrah, « Rubeus » (Rouge) ; fig. 8 : al-nakîs, « Tristitia » (tristesse) ; fig.9 : nasru al-khârij « Fortuna minor » (Petite fortune) ; fig. 10 : ‘uqlah, « Carcer » (Prison) ; fig.11 : al-ijtimâ‘ah, « Conjonctio » (la Rencontre) ; fig.12 : nasrah dâkhalah, « Fortuna major » (Grande fortune).
Les 4 Maisons judiciaires (dont la fonction est d’évaluer le sens donné par les figures dans les 12 Maisons pour en délivrer un jugement ) sont attribuées, pour la figure 13, le Témoin droit : à al-‘atbah al-khârijah, « Caudra draconis » (la Queue du Dragon) ; fig. 14, le Témoin gauche : naqî al-khad, « Puella » (Fille) ; fig.15  le Juge : qabd al-dâkhil, « Acquisitio » (Acquisition) ; fig.16 le Subjudex : al-jama‘ah, « Populus » (l’Assemblée) ou (Peuple).

La figure 16, al-jama’ah (l’Assemblée), dont les 4 degrés sont pairs contient, à l’état indifférencié, toutes les figures ; elle correspond à la lettre ba, la seconde lettre de l’abjad, et a comme valeur 2 (5).
La figure 5, at-tariq (la Voie), dont les quatre degrés sont impairs représente l’activité créatrice produisant les 16 figures par addition (impair + impair = pair ; impair + pair = impair) ; elle correspond à l’alif, la première des lettres, qui a comme valeur 1.

Avant d’aborder la procession des figures dans le cycle géomantique des 16 Maisons, nous devons garder à l’esprit le principe selon lequel toutes les figures, quelque soit leurs constitutions, sont d’essence impaire (l’Impair étant, en vertu de sa réalité nécessaire, toujours présent au cœur de la multiplicité), tandis que le Pair en apparaissant par redoublement (et par conséquent, de façon contingente et illusoire), symbolise la « fonction créatrice » ou cosmogonique (6).

Dans sa réalité première, conformément à ce qui est dit dans le Coran, l’impair se dérobe à notre conscience et ne se manifeste que sous l’aspect sensible qu’exerce sur nous la parité, tout comme le mirage du désert se manifeste à « celui qui est altéré » sous l’apparence illusoire de l’eau :

« Les actions des enfouisseurs de la foi ressemblent  au mirage dans une vaste étendue plane. Celui qui est altéré estime qu'il s'agit de l'eau, mais quand il y parvient, il ne trouve aucune chose, alors qu’il trouve Allâh en lui-même [ou auprès de lui] qui lui arrêtera son compte. Allâh est prompt à la reddition des comptes. »*
(Coran ; Al-Nûr XXIV, 39.)

*Voir le message ci-dessous, « L’Adhyâropa dans le Coran », posté le 18/5/2013.


En conformité avec la science des lettres et des nombres, le bazdah formule la synthèse du pouvoir numérique de la parité combinée avec l’« activité immobile » de l’unité (pair + pair = pair ; impair + pair = impair ; impair + impair = pair). Étant de nature proprement substantielle et passive dans l’organisation du système (7), la figure 16 (al-jam’ah),  n’intervient pas dans l’activité arithmétique des nombres 2, 7, 4 et 8 du bazdah, sinon pour réintégrer les figures dont la somme est surnuméraire (par soustraction du nombre 16 correspondant à la totalité des figures) dans les « quatre tableaux carrés » de l’Écu géomantique.

Al-tarîq (F. 5) représente le principe « créateur » et « ordonnateur » ; elle se caractérise par l’impair en chacun de ses quatre degrés. Le bazdah donnant les nombres des quatre lettres de l’abjad (Ba = 2 ; Za = 7 ; Da = 4 et Ha = 8) permet, par conséquent, de mettre à leur place toutes les figures à partir d’al-tarîq (F 5) ; celle-ci trouve sa position par l’addition des valeurs numériques de ses quatre degrés :

  B : Feu      Tête    (Impair)                  2               
    Z : Air       Cœur  (Impair)               + 7               
د    D : Eau      Ventre (Impair)               + 4               
  H : Terre    Pieds  (Impair)               + 8                
                                                             ̶̶̶  ̶ ̶̶̶  ̶ ̶̶̶    
                                                            = 21

21 étant surnuméraire, nous retranchons 16 (correspondant au nombre total des figures du système), ce qui lui attribue sa position en Maison V*

Autre exemple pour la figure 9 :

  B : Feu      Tête      (I)            2            
   Z : Air       Cœur    (I)         + 7            
د     D : Eau     Ventre  (P)          /             ▬▬
   H : Terre   Pieds    (P)          /            ▬▬
                                                  ̶ ̶̶̶  ̶ ̶̶̶     
                                                  = 9
                                         
La somme 9 nous donne sa position en Maison IX, et ainsi de suite pour calculer l’ordre en Maison des 14 autres figures qui vont trouver leurs demeures dans le taskîn. Il est remarquable que chacune des 16 figures, ainsi ordonnée, se situe dans la Maison astrologique correspondant précisément à sa signification intrinsèque.
Additionnée à n’importe quelle figure, at-tarîq (F. 5), en produit la figure inverse par modification des degrés pairs en degrés impairs et des degrés impairs en degrés pairs*. Il faut retenir que cette modification causée par les quatre éléments impairs signifient la dispersion des éléments de stabilité (ou de fixité), inhérent au caractère bénéfique de la manifestation, conformément à l’idée de mouvement et de dispersion de tout ce qui est lié à l’accumulation des biens, que ceux-ci soient de nature psychique ou physique, d’où son nom, al-tarîq (Via). La figure 16, al-jama’ah (Populus), par l’opération de ses quatre degrés pairs, restitue la figure qui lui est additionnée. En raison de la neutralité relative à sa fonction de conservation, elle occupe la seizième et dernière position dans le calcul du bazdah qui est une situation passive relativement à l’activité du système. Nous devons aussi assimiler cette position finale à l’idée du retour à l’état indifférencié permettant l’ouverture et la reproduction d’un nouveau cycle. Si l’on considère le système à partir du rôle créateur de la figure 1, al-kusaj, la figure 16 rassemble et contient effectivement en puissance toutes les autres figures. 

* La Maison V exprime le « Jeu universel » de la création, conformément à sa signification appliquée du cinquième Signe astrologique (le Lion – asad ) qui se caractérise par : l’Affirmation de soi – l’Ancien –, face aux significations opposées du onzième Signe (le Verseau al-dalû –) : le Don de soi – le Nouveau –.


Valeur numérique des figures

Dans ce taskîn, la somme des valeurs produite par les quatre figures de chaque « tableau carré » est équivalente à 24 ; En additionnant les valeurs de toutes les figures, on obtient un total de (4 X 24) = 96.

4 figures de valeur 5 = 20
6 figures de valeur 6 = 36
4 figures de valeur 7 = 28
1 figure de valeur 4   = 4
1 figure de valeur 8   = 8 

La somme des deux chiffres composant le nombre 96 (9 + 6) est égale à 15 qui est le nombre des figures actives apparaissant dans la procession de l’« écu géomantique », soit les 12 Maisons de l’Astrologie (falak al-buruj) auxquelles on ajoute les 3 Maisons réflexives et judiciaires que sont le Témoin droit, le Témoin gauche et le Juge (F 13, F 14 et F 15 )*.

* Le Subjudex (F 16) se situe en dehors de la procession : dans une consultation géomantique, la seizième case de l’Écu est interprétée comme ultime sentence (selon la figure qui l’occupe), lorsque le Juge, en Maison XV, ne répond pas clairement à la question posée, d’où son nom « Subjudex » donné par les géomanciens latins. En arabe, le nom de cette Demeure est al-‘âqibah (« l’Issue »), dont la signification, allant au-delà de la sentence divinatoire, s’accorde avec la constitution et la fonction de la figure 16, al-jama’ah.

  



Le nombre 6 de la lettre wa, chiffre caché des tasâkîn.

Le nombre 6 n’apparait pas de manière explicite cependant qu’il voile une opérativité numérique, que l’on peut qualifier d’organique, comme le montre les remarques suivantes : la somme des deux chiffres composant les nombres 15 et 24 est égale à 6 ; soit (pour 1+5) : les 6 premiers nombres composant le carré magique de 15 ; et (pour 2+4) : les quatre « tableaux carrés » (composés des deux groupes de 6 – 6 – 7 – 5 et des deux groupes de 7  7  4 – 6) des 16 figures disposées en carré magique de 24)* ; également, la somme des 6 premiers nombres est égale à 21 qui est la valeur numérique du bazdah*.
Pour Ibn ‘Arabî, la « noblesse » ou l’excellence de la lettre wa, se manifeste, par sa correspondance dans l’abjad, avec le nombre 6 (8), qui est le premier nombre parfait. Dans le ‘ilm al-raml, ce nombre caractérise l’élément de liaison qui permet la cohérence des trois premiers tableaux par le maintient et l’équilibre des éléments mobiles des figures voyageant dans les douze premières Maisons de l’Écu géomantique car leurs significations sont délivrées en raison de leurs superpositions aux déterminations astrologiques orientées, deux à deux, selon les 6 axes des directions de l’espace (l’organisation du quatrième tableau, comprenant les figures 13, 14, 15, 16, dépend des 12 Maisons des trois tableaux précédents). La qualité du nombre 6 signe par conséquent le caractère continu du cosmos, tout comme le vocable waw garantie l’intelligibilité du discours dans la langue arabe par la continuité des liaisons et des articulations qu’il maintient entre les « phrases » (9).

* Voir le tableau III.

La science des nombres trouve ici une application rigoureuse de l’équilibre résultant de la somme de tous les déséquilibres partiels constituée par les diverses figures, jusque y compris l’ensemble des déséquilibres exprimées par les 56 356 possibilités issues des permutations paires et impaires sur les quatre degrés des 16 figures (16 puissance 4), toujours susceptibles de se manifester dans la cadre du « jet de point » (khatt) de la consultation géomantique (10).

Cette « somme des déséquilibres » et sa résolution apparaissent dans deux qualités fonctionnelles : d’une part, le rapport « générique » qu’entretient la première figure cardinale, F 1, (al-kusaj) avec les quatre figures situées respectivement dans la dernière maison de chaque « tableau carré » : l’addition de F 1 avec F 4 produit F 5, la première figure du « second tableau » ; son addition avec F 8 produit F 9, la première figure du « troisième tableau » ; son addition avec F 12 produit F 13, la première figure du « quatrième tableau » ; d’autre part, au terme du cycle comprenant les seize figures, F. 1, en s’additionnant à F 16 (qui est la dernière figure du « quatrième tableau » ), perpétue sa forme pour une nouvelle situation équivalente à son point de départ et inaugure l’organisation d’un nouveau cycle.

La position centrale de la figure 15 (qabd al-dâkhil), position correspondant aux attributs d’Équilibre et de Justice du Juge (dont l’emblème est la Balance - al-mîzân -), régule en mode passif chacun des sept couples de figure: ( F 1 + F 2 ) = ( F 3 + F 4 ) = ( F 5 + F 6 ) = ( F 7 + F 8 ) = ( F 9 + F 10 ) = ( F 11 + F 12 ) = ( F 13 + F 14 ) = F 15 (11).
 Son pouvoir ne s’exerce pas au-delà puisque l’addition de F.15 avec F 16 lui restitue sa position centrale dans le taskîn*. Le huitième couple marque ainsi la limite du pouvoir de F 15.
De cette façon, la transmission au sein du cycle est maintenue par F. 16 (al-juma’ah) tandis que l’ensemble du taskîn est relié par l’activité modificatrice (ou proprement créatrice) de la première figure (al-kusaj), ce qui évoque le symbolisme de « la Chaîne des mondes » (12).
Ces deux articulations fonctionnelles concourent à l’équilibre des significations de ce taskîn, appelé, à juste titre, le « taskîn des tasâkin ».

Etant donné que L’Angélologie et la Science des nombres autorisent l’incorporation des sciences « Hermétiques » dans la tradition islamique**,  il est facile de comprendre par ce qui précède que Zenatî, en transmettant la véritable signification des 16 figures, accorde toute la régularité nécessaire au khatt al-raml, et lui permet d’accéder, conformément au hadith rapporté par Mu’âwiyah bin al-hakam, au rang de l’ensemble des sciences traditionnelles.

Il n’est pas sans importance de mentionner la possibilité d’une contrefaçon de cette science par le renversement des figures non symétriques : en leur faisant subir une rotation de 180°) (13), leurs significations particulières dans le taskîn, à l’exception de F 5, F 10 et F 11, recevront par leurs dispositions « à rebours », une interprétation en mode parodique tout en conservant leur valeur numérique.
Il y aurait encore bien d’autres développements à faire avec, en premier lieu, les interprétations spécifiques des 16 figures qu’il serait possible de commenter selon un point de vue macrocosmique et microcosmique, mais cela déborderait du cadre que nous sommes fixé pour de ces simples aperçus.

* Voir le tableau II
** Voir ci-dessous les Notes complémentaires.



Tableau III



Notes


(1) Chapitre 303 ; Riyad al-sâlihîn, lil-imâni an-Nawâwî, présenté par le docteur Mohammed Jamîl ghâzî ; Ed.Dârul-Jayl, Beirut.
(2) Voir Les Jardins de la Piété de l’Imâm al-Nawawy, chap. 303 et 91 (traduit par Abdallâh Penot et Abd al-Rahmân Thibon, Alif éditions, 91).
(3) L’ésotérisme islamique reconnaît le prophète Idrîs dans cette évocation. Il est intéressant de noter que dans l’Évangile de St. Jean (8, 6 et 7), Seyyîdinâ ‘Isâ (le Christ) est décrit traçant également des signes sur le sol avec ses doigts tandis qu’il délivre son enseignement à la femme adultère (voir la précision dans la note suivante concernant les deux fonctions distinctes de S. ‘Issâ et S. Idrîs, auxquels sont attribués respectivement le Ciel de Mercure et le Ciel du Soleil).
(4) Conformément au hadith : « Les savants (al-‘ulamâ) sont les héritiers des prophètes ».
( Bukhârî, ‘ilm, 10) ; « une intention saine et désintéressée » sous-entend la walâya dont est naturellement détenteur le « savant héritier des prophètes » ; en effet, une même action peut être accomplie selon des intentions ou des états d’esprit forts différents, et même radicalement opposés dans certains cas.
Concernant le prophète Idrîs, il convient de rappeler ce que rapportait Guénon (arrivé au Caire depuis deux ans) dans un article intitulé « Hermès », paru en 1932 dans le Voile d’Isis :
 « Un autre point qui n’est pas moins intéressant est celui-ci : dans la tradition islamique, Seyidna Idris est identifié à la fois à Hermès et à Hénoch ; cette double assimilation semble indiquer une continuité de tradition qui remontrait au-delà du sacerdoce égyptien, celui-ci ayant dû seulement recueillir l’héritage de ce que représente Hénoch, qui se rapporte manifestement à une époque antérieure. En même temps, les sciences attribuées à Seyidna Idris et placées sous son influence spéciale ne sont pas des sciences purement spirituelles, qui sont rapportées à Seyidna Aïssa, c'est-à-dire au Christ ; ce sont les sciences que l’on peut qualifier d’ “intermédiaire”, parmi lesquelles figurent au premier rang l’alchimie et l’astrologie ; et ce sont bien là, en effet, les sciences qui peuvent être dites proprement “hermétiques” ». (Cet article a été repris dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Éd. Gallimard, 1970).
(5) Voir René Guénon ; le début de l’article « Er-ruh », Etudes traditionnelles, VIII-IX, 1938, p. 287-291 (repris dans le chapitre V des Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme, Ed. Gallimard 73, p. 54) :
 « Suivant les données traditionnelles de la “science des lettres”, Allah créa le monde, non par l’alif qui est la première des lettres, mais par le ba qui est la seconde ; et, en effet, bien que l’unité soit nécessairement le principe premier de la manifestation, c’est la dualité que celle-ci présuppose immédiatement, et entre les deux termes de laquelle sera produite, comme entre les deux pôles complémentaire de cette manifestation, figurée par les deux extrémité du ba, toute la multiplicité indéfinie des existences contingentes. C’est donc le ba qui est proprement à l’origine de la création, et celle-ci s’accomplit par lui et en lui, c'est-à-dire qu’il en est à la fois le « moyen » et le « lieu », suivant les deux sens qu’a cette lettre quand elle est prise comme la proposition bi. »
(6) Voir les articles de Guénon : « Er-rûh » et « Les conditions l’existence corporelle » (publié dans La Gnose en 1909 et repris dans Mélange, éd. Gallimard, Paris 1976).
 (7) Comme nous avons un nombre défini de quatre degrés avec, par conséquent un nombre également défini de figures, nous obtenons une totalité finie de combinaisons qui est égale à 56356, nombre que l’on peut considérer comme symbolisant la « possibilité illimitée » de la manifestation universelle.
(8) Voir le chapitre 5 et 13 du traité d’ Ibn ‘Arabî : Le livre du Mîm du Wâw et du Nûn ; traduction de C. A. Gilis, Éd. Al Buraq 2002.
(9) Les langues occidentales modernes ont conservé cet élément avec la virgule qui a la forme du waw و-  , un vestige provenant des arabes transmis au monde latin durant la période médiévale (avec aussi l’article qui n’existe pas dans la langue latine).
 (10) À l’exception de quelques unes en raison de certaines propriétés arithmétiques du système ; par exemple, à partir d’une consultation, il est impossible de former la composition des figures du taskîn de Zenatî. Lors d’un tirage, les figures s’organisent de la façon suivante : les quatre premières, que l’on appelle « les Mères » (al-umhât), engendrent les quatre suivantes, « Les Filles » (al-banât), lesquelles, respectivement, engendrent deux à deux les figures du troisième tableau, «  Les Petites Filles » (al-hafîdât, les dernières du cycle des 12 Maisons astrologiques) ; celles-ci, enfin, engendrent le Témoin droit et le Témoin gauche dont le Juge est la synthèse (voir le tableau V).
 (11) L’ethnologue Robert Jaulin a consacré une étude de ce taskîn dans laquelle sont analysées de nombreuses caractéristiques mathématiques remarquables (Géomancie I Analyse formelle ; Éd. de la maison des sciences de l’homme, Paris 88).
(12) René Guénon, Les Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, chap. LXI, Éd Gallimard.
(13) Il s’agit des quatre figures ayant les deux degrés supérieurs symétriques aux deux degrés inférieurs, à savoir F 5, F 10, F 11, F 16.








NOTES COMPLÉMENTAIRES


 « Le “Trône” divin qui entoure tous les mondes (El-Arsh El-Muhît) est représenté, comme il est facile de le comprendre, par une figure circulaire ; au centre est Er-rûh, ainsi que nous l’expliquerons par ailleurs ; et le “Trône” est soutenu par huit anges qui sont placés à la circonférence, les quatre premiers aux quatre points cardinaux, et les quatre autres aux quatre points intermédiaires ».

A considérer les quatre points cardinaux et les quatre points  intermédiaires,

« On remarquera que chacun de ces deux ensembles de quatre noms contient exactement la moitié de l’alphabet, soit 14 lettres, qui y sont réparties respectivement de la façon suivante :
« Dans la première moitié :
4+3+3+4=14
Dans la seconde moitié :
4+4+3+3=14».

* Extraits de l’article : « Angélologie de l’alphabet arabe », René Guénon,  E. T. VII-IX, 1938, p. 324-327 (repris dans A. E. I. T., chap. VI, p. 62, Ed. Gallimard).

Dans le tableau IV, ci-dessous, le nombre 28 (2+8=10) équivaut à un cycle complet, les 28 lettres de l’abjad correspondant aux 28 Demeures du mois lunaire ; il en va de même, avec les quatre figures des Maisons 2, 7, 4, 8 du bazdah (second tableau).



Tableau IV








mardi 7 avril 2015

ET DIS : « MON SEIGNEUR, FAIS-MOI CROÎTRE EN SCIENCE ».








La Science d’Allâh est une science sans objet.

Dans sa signification coranique la plus élevée, la science ne peut avoir pour objectif une « réalité » qui, en son essence, ne se laisse pas penser, car, Allâh, en tant que Principe universel du Manifesté et du « non- manifesté » (ghaîb), n’entre dans aucune définition limitative. De même, sont sans objet : l’amour désintéressé et la « Béatitude »* inhérentes à Sa nature essentielle.
 Les définitions courantes de toute connaissance, de tout acte d’amour ainsi que celles du sentiment de bonheur, dépendent de la norme duelle d’un sujet connaissant et d’un objet connu. Les limites de la réflexion rationnelle qui obéissent nécessairement à cette norme sont naturellement un obstacle à la compréhension de la « Science d’Allâh », à jamais inconcevable, insaisissable, inconnaissable, si ce n’est par les êtres d’exception qui ont la capacité intellectuelle de dépasser la dualité**. Il y a là une épreuve pour ceux qui savent discriminer.
L’enseignement d’Ibn ‘Arabî, qui est la perfection de l’orthodoxie islamique, envisage pour le « voyageur » tous les moyens délivrés dans la révélation coranique pour gravir les plus hauts degrés.

Les ‘Arif bi-Llâh (« Connaissants par Allâh ») disent de cette Science, obtenue par l’accroissement (zîdân), qu’elle est plus proche de nous et plus réelle encore que toutes les pensées que nous ne cessons de percevoir, ce qui est le témoignage probant de sa réalité par la parole véridique. En des termes dénués d’équivoque, le Coran  recommande  la possibilité d’acquérir cette science dans le verset 114 de la sourate Taha que nous avons pris pour titre de cet article.

*« Béatitude » (saâdah, traduit généralement par « bonheur ») a ici la même signification que celle du terme sanskrit « nirvana » qui est proprement la « Joie sans objet » par l’extinction du « moi ». Nous avons là un ternaire analogue au Sat Shit Ananada du Védantâ, comme Gilis n’a pas manqué de le signaler au chapitre V de son ouvrage L’Esprit Universel de l’Islam (Ed. La Maison des livres, Alger, p.33).
** La « non-dualité » est au-delà des différents ésotérismes ; et, bien que sa réalité soit métaphysiquement identique pour toutes les formes traditionnelles, elle se présente aux initiés selon les modes propres de leurs voies initiatiques. Notons incidemment qu’il y a une différence entre le « non-être » de la manifestation au regard de la non-dualité universelle, et le «  néant » (très souvent utilisé pour traduire ‘adam), qui est un terme confus n’évoquant rien de précis et qui se réduit au fond si l’on tient compte des acceptions de la philosophie modernes – comme le rappelait Guénon – à une impossibilité.


Commentaire d’Ibn ‘Arabî extrait du chapître 533 des Futûhât al-makkiyyah.





« … “Et dis : fais-moi croître en science”* ; la science est inséparable** du bonheur et si Allâh a ordonné à son Prophète de demander à croître en Science, c’est qu’Il savait que le fondement de cette Science demandée est l’essence du bonheur (‘aynu al-sa’âdah) dans lequel il n’y a ni ruse, ni chute, dans sa réalisation (wasilân), car elle est Science par Allâh, non la science arithmétique, non la science des mesures géométriques, non la science astrologique ; et [même], si ces sciences avaient été connu [par le Prophète], elles ne l’auraient été que pour la preuve de la Science par Allâh, qu’Allâh n’a pas donné pour que l’on s’y arrête. A Lui [appartient] cette mention suprême de l’accroissement, et Allâh dit la Vérité et Il conduit sur la voie (al-sabîl) ».

* Coran ; XX, 114.
** abâ illâ signifie vouloir absolument, tenir à quelque chose, insister ; pour rendre cette idée, on peut traduire par « La science est inséparable du bonheur ».


Dans ce texte, le shaykh al-akbar s’exprime en recouvrant la Vérité d’un voile dont la finesse permet le recours à l’inférence pour ceux d’entre les initiés qui ont la capacité de comprendre, et mieux encore, de réaliser le degré non duel du ‘Arif bi-Llâh.
Croître est aussi envisageable à partir des sciences distinctives, à condition de les aborder avec l’intention requise, c'est-à-dire, sans jamais perdre de vue l’obtention de la « Science par Allâh » ; la « Croissance » intervenant alors quand l’être se dessaisi de tout objectif extérieur et pénètre dans le processus de l’induction jusqu’à l’extinction de toute pensée à l’égard de lui-même. C’est ainsi que le monde (‘âlam) et la science distinctive (‘ilm) se disposent hiérarchiquement dans la « conscience pure » (ou ce que Guénon appelle l’« intellect pur »).

Les allusions à la non-dualité sont fréquentes chez le shaykh al-akbar ; ainsi, M. Chodkiewicz commentant les différentes réponses d’Ibn ‘Arabî au questionnaire de Tirmidhî, écrit :
« C’est toujours en termes voilés que se poursuit, dans les questions n° 9 et 10, la mise au jour des secrets de la prière en laquelle et par laquelle le walî entre dans les mystères divin*… :
“Question 9 : Par quoi s’ouvre l’entretien intime (munâjah) ? ”
Les trois vocables peu explicites dont use Ibn Arabî dans sa réponse représentent respectivement l’appel à la prière, le takbir qui instaure l’état de prière et la basmala, le verset initial de la Fâtiha, c'est-à-dire le début de la salât proprement dit. Transposant ensuite le verset ; al-Jâdalah, 12-13**. qui ordonne de faire précéder tout entretien avec l’Envoyé de Dieu d’une aumône (sadaqa), il ajoute : “et la meilleure des aumônes c’est, pour l’homme, de s’offrir lui-même […] de sorte que c’est Dieu qui parle à Lui-même par Lui-même et que nul ne L’écoute si ce n’est Lui-même***” ».

*Un Océan sans rivage ; voir le chapitre 5 (p.147) où l’auteur expose les commentaires d’Ibn ‘Arabî sur la réalisation métaphysique par le moyen de la « prière » rituelle (salah) et des actes rituels nawafil.
** « Ô vous qui croyez ! Lorsque vous avez un entretien privé avec l’Envoyé, faîtes-le précéder d’une aumône ; cela est préférable et plus pur (atharu). Si vous ne trouvez pas le moyen de le faire, sachez qu’Allâh est Celui qui pardonne, qu’Il est miséricordieux ! ».
*** Fut., II, p. 47 ; O.Y., XII, P. 105-106 (note de l’auteur).

Il serait difficile d’être plus explicite sur l’effectivité spirituelle obtenue simultanément à l’accomplissement de l’absolue nullité individuelle.


Représentation géométrique de la « Science d’Allâh »

Le texte suivant, extrait d’une intervention faite par l’auteur du Sceaux des Saints*, va nous permettre de nous représenter l’« accroissement de la Science » selon Le Symbolisme de la Croix :

« Nombre de figures bibliques, d’Adam à Jésus, apparaissent dans le Coran. Non seulement elles présentent souvent des traits assez différents de ceux que leur attribuent les deux Testaments mais elles se succèdent, à l’intérieur d’une même sourate et, a fortiori, à l’intérieur du Coran considéré globalement, dans un désordre très déconcertant pour un lecteur juif ou chrétien : dans la sourate 2, par exemple, Salomon précède Abraham, dans la sourate 69, une allusion au châtiment de Sodome est suivie d’un verset sur l’arche et le déluge. Cette dislocation de la chronologie biblique semble d’autant plus inexplicable que d’autres passages disposent les mêmes personnages et les mêmes évènements selon leur succession dans le temps et que, ni le Prophète – premier commentateur de la Révélation – ni aucun exégète n’ignore qu’Abraham a vécu bien avant Salomon. Nous touchons là du doigt une différence fondamentale de nature entre deux livres. La Bible est une histoire et déroule les évènements en mode linéaire, de la Genèse à la parousie. Le Coran relate des histoires. Il n’est pas une histoire. Celui qui parle dans le Coran surplombe les siècles. Passés ou futur, tous les moments de l’aventure humaine sont à la même distance de Lui et Il nous enseigne à les voir comme Il les voit, également proche de notre présent : Moïse, Noé, Abraham sont tous, et au même degré, contigus à notre espace-temps. Ils ne se succèdent pas en ligne droite. Ils sont comme disposés en cercle autour du Locuteur divin et c’est Lui qui, d’un verset à l’autre, leur assigne ou leur une préséance toujours provisoire dans l’énoncé de la Geste prophétique. Geste au singulier car, d’âge en âge, les Envoyés du Dieu unique ne sont que les visages successifs de l’unique Verus Propheta, porteurs d’une même Parole que les créatures oublieuses ont sans cesse besoin de réentendre ».

*Intervention préludant un dialogue interdisciplinaire, publié  dans une revue sous le titre « Les musulmans et la Parole de Dieu ».


Nous pouvons figurer le musulman qui récite le Coran en lui donnant la place du « locuteur divin » selon une application du symbolisme géométrique de la Croix. Mais, pour la clarté de notre propos, il nous faut auparavant tenir compte d’un autre passage du chapitre 5 d’Un Océan sans rivage concernant « l’Esprit enseignant le secret de l’Orientation vers la qibla » :
 « En écho au verset selon lequel “où que vous vous tourniez, là est la Face de Dieu”, l’ange prescrit : “ Sois une face circulaire (wajh mustadir) […] que l’orientation [de ton corps] en direction de la Ka’ba ne fasse pas écran à l’orientation en direction de la présence divine dans le cœur ».

Situé ainsi au centre d’un cercle, « face » à la circonférence duquel s’inscrivent,  à « égale distance » de la totalité des lettres, des mots, et des versets qui, comme on vient de la voir, « sont tous, et au même degré, contigus à notre espace temps », l’ « orant » pourra intégrer par sa récitation les 114 sourates du Coran. Si nous passons maintenant des deux dimensions de la figure circulaire aux coordonnées polaires d’une représentation sphérique, l’« orant » s’identifiera à l’axe vertical de cette dernière dont le centre coïncidera avec son cœur et, face à lui, s’inscriront les versets invoqués par sa lecture dont le cours définira une spirale sur la surface de la sphère. L’étendue du plan vertical passant par l’axe vertical représente le parcours ou la « voie spirituelle » comprise entre l’initiation et la réalisation métaphysique et symbolisera la plénitude de la « Science » lorsque, par son mouvement continu, il en aura occupé toutes les positions constituant proprement le volume de la sphère, c'est à dire, symboliquement, tous les degrés de la voie.
Mais auparavant, en raison des conditions limitatives de son état actuel, l’ « orant » sera assigné au degré à partir duquel peut seulement commencer l’ascension comprenant la Science qu’il sera capable de réaliser par sa récitation. Si sa capacité spirituelle lui permet de faire « précéder d’une aumône » son « entretien privé avec l’Envoyé », s’ouvrira pour lui l’ « Exaltation » des degrés*, c'est-à-dire l’« accroissement » effectif (zâda) propre à la « Science d’Allâh ».

* Voir Le Symbolisme de la Croix et plus particulièrement les deux premiers paragraphes du chapître XXVIII.





M. Chodkiewicz a résumé dans le deuxième chapitre d’Un Océan sans rivage – « Ceux qui sont perpétuellement en prière » – l’essentiel des dispositions spirituelles donnant accès, en termes voilés, à la non-dualité qui parachève l’acte recommandé dans le verset114 de la sourate Taha.

« Le serviteur dont le regard intérieur (al-basîra) est illuminé – celui qui est dirigé par une lumière de son Seigneur (Cor. 39:22) – celui-là obtient chaque fois qu’il récite un verset une compréhension nouvelle distincte de celle qu’il avait obtenue pendant la récitation précédente et de celle qu’il obtiendra pendant la récitation suivante. Dieu a répondu à la demande qu’il lui a adressé en disant ô mon seigneur, augmente-moi en science ! (Cor. 20 : 114). »

L’Acte* par lequel le « serviteur » reçoit métaphysiquement les paroles de « Celui qui parle » intègre  par surcroit  tous les moyens indirects pour connaître « le Locuteur divin », moyens qui restent ceux des initiés (çûfî) tout autant que ceux des « gens de l’extérieur ». La certitude immédiate (‘ilm al-yaqîm) provenant, elle, directement de « Celui qui parle » dans le Coran.

*Du point de vue de cet Acte, il n’est plus question alors de « moyens » à proprement parlé mais plutôt de « vision directe » qui est le privilège naturel des Afrad, « l’élite de l’élite » ; un moyen ne peut être considéré comme indirect que du point de vue supérieur de la non-dualité, et, à l’instar de tout symbolisme, sa « représentation est forcément imparfaite, par là même qu’elle est fermée dans les limites plus restreintes que ce qui est représenté, et d’ailleurs, s’il en était autrement, il [le symbolisme - ou tout autre un moyen indirect -] serait inutile.» (R. Guénon. Le Symbolisme de la Croix, § XVII, p.106).




***





La nullité individuelle, qui est l’« absence de condition » permettant de s’établir dans la non-dualité, ne possède aucune signature propre si ce n’est celle de passer complètement inaperçue. Seuls ceux qui sont parvenus à ce degré peuvent - par Allâh -  évaluer l’équivalent de leur « non-état » chez les autres.
Pour Dhû-l-Nûn al-Miçrî :
 « Il y a trois signes de l’effacement de soi : On laisse la parole à celui qui y trouve sa satisfaction, on n’a plus aucune envie de montrer sa science aux autres, et l’on éprouve une véritable souffrance à cause de la répulsion qu’inspire le fait d’avoir à discuter d’une question ou à donner des exhortations*. »

*Selon une autre parole de Dhû-l-Nûn al-Miçrî, celui qui parvient effectivement à s’effacer de la sorte, fait parti des « hommes libres dont les poitrines sont les tombeaux des secrets » ; voir La vie merveilleuse de Dhû-l-Nûn l’Egyptien d’Ibn ‘Arabî (traduit par R. Deladrière, Ed. Sindbad).













mercredi 11 février 2015

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