LES POITRINES DES HOMMES LIBRES SONT LES TOMBEAUX DES SECRETS صدور الأحرار قبور الأسرار

mercredi 16 avril 2014

L’ARCHÉOMÈTRE DE SAINT-YVES D’ALVEYDRE (III)










La formation des triangles de Feu et d’Air









« Si l’on fait tourner la figure d’un quart de cercle dans son plan (sens directe de rotation, c'est-à-dire vers la gauche en partant du haut), on obtient les deux triangles de Feu et d’Air, le triangle de Feu ayant remplacé celui de Terre (élément actif), et le triangle d’Air ayant remplacé celui d’Eau (élément passif) ; on voit alors que les éléments secs sont actifs et que les éléments humides sont passifs. La ligne qui joint les sommets de ces deux nouveaux triangles est le diamètre de la surface des Grandes Eaux qui joint l’orient à l’occident ; elle unit les deux équinoxes, comme l’axe nord sud, qui lui est perpendiculaire unit les deux solstices. Pour s’orienter sur cette ligne horizontale, il faut savoir laquelle des deux extrémités correspond à l’occident, et laquelle correspond à l’orient ; étant donné que ces deux temps correspondent d’autre part respectivement à l’équinoxe de printemps (Bélier domicile de Mars) et à l’équinoxe d’automne (Balance domicile de Vénus), on voit qu’il faut pour cela choisir une origine sur le cercle horizontal (perpendiculaire au plan de la figure, sa trace sur celui-ci étant le diamètre horizontal), qui est la section diamétrale horizontale de l’Œuf du Monde, dont les Grandes eaux occupent la moitié inférieure ; ce qui signifie qu’il faut déterminer l’époque à laquelle on fait commencer l’année, et que c’est là que dépendra la solution de ce problème d’orientation.

Si l’on joint deux à deux les autres angles opposées de ces quatre triangles, on obtient deux autre croix qui sont des positions particulières et intermédiaires de la première croix considérée au cours de sa rotation autour de son centre dans le plan de la figure. On voit d’ailleurs que, dans cette rotation, chaque sommet peut occuper n’importe quelle position ; il les occupe toute successivement, parcourant ainsi tout le Zodiaque ; sa position dépendra encore du point de départ donné à l’année, si l’on place en haut ce point de départ ». 



Assimilé à « la surface des Grandes Eaux qui joint l’orient à l’occident », l'axe reliant les deux pôles équinoxiaux correspond au monde des possibilités formelles : Il représente la première détermination temporelle et directionnelle que l'astre solaire, pour ce qui est du cycle zodiacal lui-même indépendamment de ses diverses applications, aura pour fonction de qualifier (voir ci-dessous nos deux “messages” sur « l’Islâm et le Signe zodiacale de la Balance »).

Selon le commentaire de T., « la solution du problème de l’orientation » permet de «déterminer l’époque à laquelle on fait commencer l’année ». Nous verrons plus loin l’importance de cette question pour la qualification hiérarchique des différentes traditions.

Le calendrier lunaire de la tradition islamique dépend naturellement du rapport calculé entre le pas lunaire et le pas solaire. Cependant, pour ce qui concerne l’Islam, il faut considérer les choses différemment. Ainsi, dans l’ésotérisme islamique, selon Ibn ‘Arabî, le cycle zodiacal (envisagé comme cycle humain ou grand cycle) commence avec le Signe de la Balance ; les traditions antérieures à l’Islam étant comprises entre le temps du Bélier et celui de la Balance situé au milieu des temps* (la Balance occupe, en effet, le milieu dans la succession des douze Signes) ; et selon Guénon,

 « Il y aurait lieu d’examiner aussi le rapport qui peut exister entre la Balance polaire et la Balance zodiacale ; celle-ci est d’ailleurs regardée comme le “signe du jugement”, et ce que nous avons dit précédemment de la balance comme attribut de Justice, à propos de Melki-Tsedek, peut faire comprendre que son nom ait été la désignation du centre spirituel suprême ».

(Le Roi du Monde, chapitre X).

Tout ceci est en accord avec le caractère sigillaire de l’Islam et justifie l’abrogation de toutes les lois antérieures (abrogation dont la juridiction ne peut s’appliquer que dans le domaine appartenant proprement à la forme islamique).

« Si nous considérons en particulier le cas où deux triangles de Feu et d’Air sont devenus les deux triangles principaux, le triangle de Feu droit, et le triangle d’Air renversé, ce qui correspond à une rotation d’un quart de cercle, le commencement de l’année est alors l’équinoxe de printemps (15° du Bélier), au lieu d’être, comme dans la figure primitive, au solstice d’hiver (15° du Capricorne). Dans ce cas, symboliquement, le Mont Mérou sera remplacé par une colonne de feu soutenant le Monde, et la coupe contenant les Eaux devient, pour continuer son rôle d’emblème passif, un symbole de l’Air, comme on le voit dans les correspondances du Tarot (1).
Ce déplacement de l’origine de l’année, avec toutes ses conséquences, caractérise la modification apportée dans l’exposé de la Tradition (les Livres sacrés) (2), au début du Kali-Youga (3) (rôle de Krishna).
La modification qui correspond au commencement de l’année à l’équinoxe de printemps (au lieu du commencement de l’année à l’équinoxe d’hiver) est celle qui donne naissance aux religions naturalistes (Ioniens, Phéniciens) et aux philosophies atomistes (Kanâda, Démocrite). Les traditions ainsi déformée deviennent lunaires, féminines, tandis que les traditions basées sur l’Archéomètrie primitive sont solaires, masculines ».


[NOTES]

(1) Dans le Tarot, le principe passif, figuré par la coupe correspond à l’Air, mais le principe actif, figuré par le bâton, correspond à la Terre ; l’épée, qui représente l’union des deux principes, correspond au Feu, et le denier, qui symbolise le produit de cette union, correspond à l’Eau.
Si l’on considérait la genèse des quatre éléments à partir de l’Ether primordial, la disposition serait tout autre : l’Air, première différenciation de l’Ether, se polariserait alors en Feu, élément actif, et Eau, élément passif, et l’action du Feu sur l’Eau donnerait naissance à la Terre. Ceci montre que les correspondances diffèrent suivant le point de vue que l’on envisage.
(2) Les Livres sacrés sont l’expression de la sagesse divine adaptée à la compréhension humaine, et c’est pourquoi, chez les Egyptiens, ils étaient attribués à Thot ou Hermès ; ils ne sont pas l’œuvre d’individualités, mais de l’Université sacerdotale qui est, sur la terre, la manifestation immanente de la Sagesse.
(3) Le Kali Youga commence 36 ans après la mort de Krishna ; de mêmes 36 ans après la mort du Christ, c'est-à-dire en l’an 70, a lieu la destruction de Jérusalem par les Romains, commencement de la dispersion définitive des Juifs, qui correspond pour eux à l’ère du Kali Youga ». 


Les traditions dont l’année commence avec l’équinoxe du printemps, qualifiées par T. de lunaires, ne doivent pas être confondues avec celles dont le calendrier est rythmé sur les lunaisons ; ainsi, pour la communauté musulmane, le début de l’année commençant avec le mois de Muharram rétrograde de onze jours à chaque révolution solaire. Il ne dépend, par conséquent, ni des solstices ni des équinoxes, mais directement du Soleil dont il suit perpétuellement la course, intégrant les 360° du Zodiaque, si on considère un cycle complet au terme duquel il aurait occupé successivement tous les degrés.

* Ceci  nous donne l’occasion de citer un extrait des Aperçus sur l’initiation en accord avec le caractère central de ce Signe et qui vient aussi compléter notre étude sur «  l’Islam et le Signe zodiacal de la Balance ». La Balance, en effet, représente le lieu où tous les antagonismes s’annulent et où, pour le microcosme humain, la somme de tous les déséquilibres, qui a son origine dans le Feu originel du Bélier, est susceptible de se rétablir dans l’Equilibre primordial par la Justice universelle qu’elle symbolise : à propos des dissymétries corporelles, Guénon fait remarquer qu’il n’y a sans doute personne qui présente en tout point une exacte symétrie et il poursuit : « Ceci peut d’ailleurs s’interpréter comme signifiant que, dans l’état actuel de l’humanité tout au moins, aucun individu n’est parfaitement équilibré sous tous les rapports ; et, effectivement, la réalisation du parfait équilibre de l’individualité, impliquant la complète neutralisation de toutes les tendances opposées qui agissent en elle, donc la fixation en son centre même, seul point où ces oppositions cessent de se manifester, équivaut par là-même purement et simplement à la restauration de l’“état primordial” » (chapitre XIV). On voit par ces considérations que le pôle de l’axe équinoxial qui se reflète directement dans la Balance précède métaphysiquement l’“Elan créateur” du Bélier, de même que, selon la note 1 de T., l’élément Air auquel correspond la Balance est la « première différenciation » de l’Ether.


Les articles de Guénon complétant le contenu doctrinal des commentaires ci-dessus sont les suivant :

Les Portes solsticiales (E. T., mai 38).
La Montagne et la caverne (E. T., Jan. 38).
La Caverne et l’Œuf du Monde (E. T., mars 38).
Le symbolisme du Zodiaque chez les pythagoriciens (E. T., juin 38).
Le Zodiaque et les points cardinaux (E. T., oct. nov. 45).
Un hiéroglyphe du Pôle (E. T., mai 37).
L’hiéroglyphe du Cancer (V. I., juil. 31).
Le Cœur et l’Œuf du Monde  (E. T.,  févr. 38).

Ces textes sont regroupés dans l’ouvrage posthume (épuisé) : Les Symboles fondamentaux de la Science sacrée, présenté et annoté par M. Vâlsan, Ed. Gallimard, 1962; réimprimé actuellement sous le titre Les Symboles de la Science sacrée (sans l’introduction, les annexes ni les annotations de Vâlsan).











N. B. Les textes signés T. parus dans La Gnose sont rassemblés dans  L’Archéomètre Pour la Revue La Gnose, Éditions Kalki, Rennes, 2014 (version papier et numérique), disponible sur le blog ; "Œuvre de René Guénon".











samedi 22 mars 2014

L’ARCHÉOMÈTRE DE SAINT-YVES D’ALVEYDRE (II)















Avant de poursuivre nos propos sur l’Archéomètre, il est important de rappeler ce qu’il représente métaphysiquement en tant qu’« Arche des symboles » excluant toutes formes exotériques. Sa représentation géométrique est « le lieu des possibles » : symbolisant expressément l’immutabilité des principes essentiels de la Tradition primordiale, elle est de l’ordre du continu*, tandis que la complexité des significations qu’elle renferme et qu’il nous est possible de commenter indéfiniment, fait naturellement intervenir l’ordre du discontinu ; celui-ci caractérisant les représentations liées aux conditions spatiales et temporelles propres à toutes les formes traditionnelles.
Comme cela est mentionné dans les textes sacrés de l’Inde, lorsque survient la fin d’un Manvantara, tout ce qui relève du monde formel, c'est-à-dire la manifestation dans son ensemble (désignée dans les traditions des Gens du Livre par tout ce qui est compris entre « les Cieux et la Terre »), est soumis à la dissolution (pralaya). Seul le continu supra-formel peut être assimilé au « germe » qui permettra le développement des possibilités du cycle futur. C’est d’ailleurs à cette réalité supérieure que se réfère la parole de l’Evangile : «  Le Ciel et la Terre passeront mais mes paroles ne passeront pas »**

* Le continu spatial tient sa permanence de la réalité de l’Être pur, lequel présuppose le « non-être ».
**Cf. L’Evangile selon Saint Marc ; 13, 31-37. Dans ce sens, on peut dire que la totalité de l’enseignement de Guénon, par sa conformité au principe métaphysique le l’Archéomètre, en est le plus profond des commentaires. Voir également, dans l’ésotérisme islamique, les notions de thubût et de ayân thâbita d’Ibn ’Arabî (p. 36 de l’Introduction de M. Chodskiewicz à l’ouvrage collectif « Les Illuminations de la Mecque » ; Sindbad, Paris 1988).


 La formation des triangles de Terre et d’Eau.

En raison de leurs diverses fonctions interdépendantes, tous les éléments constitutifs de l’Archéomètre sont produits simultanément par l’ensemble de toutes les variations possibles, comprises dans un cycle complet, des deux axes Nord-Sud et Est-Ouest déterminés par les triangles de Terre, d'Eau, de Feu et d'Air  sur les six directions de l’espace symbolisées par la Croix. Ces variations, afin d’être interprétées, doivent se distinguer les unes des autres, selon une représentation nécessairement discontinue, dont il ne faut jamais perdre de vue, comme nous venons d'y faire allusion, qu’elles réfèrent métaphysiquement à un « mouvement continu » et intemporel. Les couleurs du spectre sont également à envisager directement, au-delà de leurs représentations distinctives, dans leur variation continue de l’une à l’autre.
Dans la figuration primordiale de l’Archéomètre telle qu’elle est présentée ci-dessus, l’axe des solstices allant du Capricorne, au Nord, vers le Cancer, au Sud, coïncide précisément avec l’axe vertical de la Croix. Dans cette position initiale, chacun des deux Signes avec les deux planètes qui y sont domiciliées, les deux lettres des alphabets Watan et hébraïque, les Nombre et notes musicales respectives, correspondent avec les pointes des deux principaux triangles inverses l’un de l’autre ; ils font ainsi l’objet du premier commentaireproprement doctrinal de T. :






« 1° Le triangle droit, avec les couleurs jaune, bleu, et rouge ; il est appelé triangle du Verbe et de la Terre du Principe, et de l’Immanation des Vivants en Lui ; il correspond au nom de Jésus ;
2° Le triangle renversé, avec les couleurs verte, violette et orangée ; il est appelé le Triangle des Eaux Vives, des Origines, ou de la Réfraction du Principe Eternel dans l’Embryologie Temporelle ; il correspond au nom de Marie.
Le triangle de la Terre du Principe ou de la Terre Céleste (Swargabhoumi), correspond à la Montagne qui est au centre du Monde (le Mérou), dont le sommet est le séjour d’Ishwara (Mahâ-Dêva), dans la sphère de Sani ou de Saturne. Le diamètre vertical est l’axe nord-sud du Monde (1), qui va du sommet du Mérou (pôle nord, solstice d’hiver ou Capricorne, domicile de Saturne) au fond de l’Abyme des Grandes Eaux (pôle sud, solstice d’été ou Cancer, domicile de la Lune). La ligne horizontale représente la surface de l’Océan des Grandes Eaux (réservoir des possibilités, ou passivité universelle) ; le Mérou se réfléchit dans cet Océan, au milieu duquel il s’élève (1).
Le triangle de terre, droit, représente dans cette figure l’élément actif (le Verbe), et le triangle d’Eau, renversé, représente l’élément passif (Mariah ou Mâyâ) ; ces deux triangles forment le signe de la Création (sénaire) ; le triangle passif est le reflet du triangle actif, ce qui exprime la loi de l’analogie, formulée par Hermès : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, mais en sens inverse (2).
Les deux axes de la figure forment la croix, qui, par rotation autour de son centre, engendre le cercle ; par rotation dans trois plans formant un trièdre trirectangle, elle engendrera la sphère (Œuf du Monde) (3) ».


Afin de donner une meilleure lisibilité au contenu doctrinal des notes, nous avons choisi de les reproduire dans la même taille que le corps de texte :

Note (1) :
« On situe le Mérou au pôle nord, où le Soleil peut effectuer une révolution diurne tout entière, sans descendre au dessous de la ligne d’horizon, et où même, si le plan de l’Ecliptique coïncidait avec celui de l’Equateur, le Soleil ne quitterait jamais l’horizon (voir à ce sujet les textes védiques). Dans l’état de choses actuel, notre système solaire étant rapporté à la Terre (ces deux plans ne coïncidant pas), le Soleil accomplit sa révolution diurne avec la portion de l’Ecliptique où il se trouve pendant ce temps, et qui occupe sur la sphère céleste une longueur d’un degré ; le Soleil décrit donc ainsi chaque jour sur la sphère céleste sensiblement un cercle parallèle à l’Equateur (ce cercle n’est pas fermé en réalité), et, si ce cercle se trouve au dessus (ce qui a lieu pendant la moitié de l’année où le Soleil est au nord de l’Equateur), le Soleil ne cessera pas d’éclairer le pôle nord pendant tout ce temps ; par contre, pendant l’autre moitié de l’année, où le Soleil est au sud de l’Equateur, éclairant le pôle sud, le pôle nord restera plongé dans l’obscurité ».

Note (2) :
« Le triangle renversé est le symbole de la Yoni, l’emblème féminin ; au contraire, le triangle droit est le symbole masculin analogue au Linga ».

Note (3) :
« Dans l’Œuf du Monde (Brahmânda), la manifestation de Brahmâ (le Verbe créateur) comme Pradjapati (Seigneur des créatures, identique à (Adhi-Manou), qui est aussi appelé Virâdj, naît sous le nom d’Hiranya-Garbha (Embryon d’or), qui est le principe igné involué, que les Egyptiens regardaient comme la manifestation de Phthah (Hêphaïstos des Grecs) ».

*Ce commentaire trouve son aboutissement dans divers textes et articles de Guénon, notamment « L’ hiéroglyphe du Cancer », publié dans Le Voile d’Isis (juill. 1931) et repris dans l’ouvrage posthume Symboles fondamentaux de la Science sacré, Gallimard (1962).





(A suivre)











vendredi 31 janvier 2014

L’ARCHÉOMÈTRE DE SAINT-YVES D’ALVEYDRE (I)




















« La partie centrale de la figure représente quatre triangles équilatéraux entrelacés inscrits dans un cercle, et formant douze sommets ou pointes, à chacun desquels correspond une couleur déterminée. Au premier triangle droit, dont le sommet est dirigé vers le haut, correspondent les trois couleurs fondamentales disposées ainsi : le jaune au sommet, le bleu à droite de la base, et le rouge à gauche. Au second triangle renversé, disposé symétriquement et de façon inverse par rapport au premier, correspondent les trois couleurs intermédiaires formées par le mélange des couleurs fondamentales deux par deux, et distribuées ainsi : le violet, résultant du rouge et du bleu, au sommet ; l’orangé, résultant du rouge et du jaune, à gauche ; enfin le vert, résultant du jaune et du bleu, à droite. Aux deux autres triangles, disposés également de façon symétrique par rapport aux deux premiers, et dont les sommets occupent les points médians, correspondent d’autres couleurs intermédiaires, toujours produites par le mélange, deux par deux, des couleurs immédiatement voisines. Au centre est le blanc, synthèse de toutes les couleurs : c’est la région de l’Unité principielle. Au dehors des divers cercles qui constituent l’Archéomètre, est supposé le noir, qui est l’absence de toute lumière, et par suite de toute couleur : c’est la région des Ténèbres Extérieures » *.



(T.)



*Extrait du premier long commentaire de l’Archéomètre figurant à la page 182 du numéro de l’année 1910 de la revue La Gnose, (rééditée intégralement en volume par les Editions de l’Homme Libre, 2009).









Il y a exactement 104 ans, l’Archéomètre de Saint-Yves d’Alveydre faisait l’objet d’une présentation dans le n° 9 de La Gnose (Juillet-Août 1910) par un auteur traditionnel signant T. qui le considère comme : « le monument le plus admirable, dans le domaine de l’Esotérisme, qui ait jamais été élevé à la gloire du Verbe Universel », et, comme une synthèse capable de ramener « toutes les manifestations verbales » à leur Principe en mesurant « la place qu’elles occupent dans l’harmonie Universelle ».

Selon Saint Yves d’Alveydre, immédiatement cité à la suite de cette brève  introduction, il s’agit d’« un rapporteur qui est cyclique, code cosmogonique des hautes études religieuses, scientifiques et artistiques ».



L’identité du mystérieux auteur signant de la lettre T. ainsi que celle du Directeur de La Gnose du nom de Palingénius ne fait aucun doute pour les familiers de l’œuvre de Guénon. Cependant, ces deux signatures  doivent faire l’objet d’une distinction en raison même de la fonction particulière de Palingénius et de celle clairement établi plus tard, par Guénon lui-même. Dans sa correspondance, il précisera qu’à l’époque, il recherchait encore les termes précis pour la composition d’un exposé traditionnel rigoureux; d’autre part, à la suite d’une assertion de Schuon concernant une prétendu fonction, il écrira du Caire à Caudron : « (…) je me demande quelles “fonctions” pourraient bien m’être retirées par qui que ce soit, puisque je n’en ai jamais accepté nulle part », ce qui, manifestement, doit s’entendre : sous le nom de René Guénon*.



* Ce terme de fonction doit être compris ici dans son acception première de charge et non dans le sens plus général qu’il prendra par la suite, notamment avec M. Vâlsan dans son Hommage «  La fonction de René Guénon et le sort de l’Occident ». (Études traditionnelles, 1951).


On est  immédiatement frappé à la lecture de cette présentation par l’autorité qui s’en dégage et par la présence des thèmes essentiels de l’enseignement intellectuel considérable que nous connaissons aujourd’hui.
« Disons ici, une fois pour toutes, que rien dans l’Archéomètre n’est arbitraire : les éléments divers s’y trouvent placés d’une façon rigoureusement mathématique, et cet instrument plus qu’humain n’a pas été créé pour servir à faire prédominer un système sur un autre, ni à inventer un système nouveau ; la synthèse qu’il comporte ne peut être exprimée dans un système quelconque, qui serait nécessairement une formule fermée. C’est une clef synthétique permettant de déterminer la valeur intrinsèque de chaque système philosophique, scientifique ou religieux, et de la rattacher à l’Arbre universel de la Science ou de la Tradition ».

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*
*  *



Les significations astrologiques de l’Archéomètre

Au centre de la figure sont dessinés, sur fond blanc, « synthèse de toutes les couleurs symbolisant l’Unité principielle », les deux axes de l’“Ampleur” et de l’“Exaltation” séparant le Ciel, figuré par l’arc de cercle que mesure la droite verticale, et la Terre, représentée par les quatre traits parallèles disposés perpendiculairement le long de cette même droite mais descendant sous l’axe horizontal. La partie supérieure incluse dans le cercle au dessus de la ligne indiquant astronomiquement l’horizon comprend le Feu et l’Air et la partie inférieure, sous la ligne d’horizon, comprend la Terre et l’Eau.
 Les quatre branches de la Croix, principe fondamental de tous les éléments constituant la science astrologique, orientent spatialement les qualités élémentaires. L’Ether est figuré par le centre à partir duquel se déploient les six directions de l’espace comprenant la Croix des éléments qui va se manifester dans une cadence en trois mouvements pour produire les déterminations universelles de chacun des douze Signes.
Le commentaire de T. se poursuit avec l’énumération et l’explication des qualités élémentaires attribuées aux quatre triangles dont il vient d’être question, recevant successivement les trois couleurs fondamentales, les trois couleurs intermédiaires, les trois couleurs intermédiaires deux à deux etc. :

« Les quatre triangles (…) sont ceux des quatre éléments : le premier dont le sommet est en haut, est le triangle de Terre ; le second dont le sommet est en bas, le triangle d’Eau ; le troisième, dont le sommet est à gauche ; le triangle de Feu ; et enfin le quatrième, dont le sommet est à droite, le triangle d’Air.
Les douze signes du Zodiaque correspondent trois par trois aux quatre éléments pris dans l’ordre suivant : Feu, Terre, Air, Eau. Ces douze signes sont les domiciles des sept planètes ; chaque planète a un domicile diurne et un domicile nocturne, sauf le Soleil et la Lune qui n’ont qu’un seul domicile chacun. Le Soleil étant considéré comme essentiellement diurne, et la Lune comme essentiellement nocturne, les planètes diurnes et nocturnes alternent régulièrement sur le parcours de la circonférence. On voit que les triangles de Feu et d’Air contiennent toutes les planètes diurnes et que les triangles de Terre et d’Eau contiennent toutes les planètes nocturnes ; il importe de remarquer que ces derniers sont justement les deux triangles principaux. »



Les quatre triplicités de Terre, d’Eau, de Feu, et d’Air qui correspondent aux quatre triangles équilatéraux décrits par T. résultent d’une mesure de 120° sur le cercle écliptique séparant trois signes zodiacaux de même nature. Elles sont illustrées dans le commentaire de La Gnose par le tableau ci-dessous (mise en couleur selon  l'Archéomètre).




Correspondance des Signes et des planètes avec les couleurs de l’Archéomètre


« Saturne nocturne, dans le Capricorne, correspond au Jaune ; Saturne diurne, dans le Verseau, au Jaune-Orangé ; Jupiter diurne, dans le Sagittaire, au Jaune-Vert ; Jupiter nocturne, dans les Poissons, à l’Orangé ; Mars nocturne, dans le scorpion, au Vert ; Mars diurne, dans le Bélier correspond au Rouge-Orangé ; Vénus diurne, dans la Balance, au Bleu-Vert ; Vénus nocturne, dans le Taureau, au Rouge ; Mercure nocturne, dans les Gémeaux, au Rouge-Violet ; Mercure diurne, dans la Vierge, au Bleu ; Soleil diurne, dans le Lion, au Bleu-Violet ; Lune nocturne, dans le Cancer, au Violet.

A chaque planète, sauf au Soleil et à la Lune, correspondent deux couleurs : ce sont les couleurs des oxydes des métaux qui correspondent aux mêmes planètes, chaque métal ayant généralement au moins deux oxydes ; d’ailleurs, ce sont aussi les couleurs de la plupart des sels des mêmes métaux. Les correspondances des métaux avec les planètes sont les suivantes :

Soleil…..…Or.
Lune……...Argent.
Saturne…..Plomb
Jupiter……Etain.
Mars……...Fer.
Vénus….....Cuivre.
Mercure…..Vif-argent ».


La correspondance des couleurs avec les planètes et les Signes dans les différentes sources traditionnelles de la science astrologique, ne doit pas être confondue avec celles donnée par l’Archéomètre.
« Ainsi,  on fait généralement correspondre le noir ou le gris à Saturne, le bleu ou le violet à Jupiter, le rouge à Mars, le jaune ou l’orangé au Soleil, le vert à Vénus, le blanc à la Lune ; quant à Mercure, on ne peut lui attribuer aucune couleur particulière. Cette divergence provient de ce que les couleurs données par l’Archéomètre sont les couleurs des sels tandis que celles qu’on indique habituellement se rapportent plutôt à l’aspect des métaux eux-mêmes  ».

Les correspondances symboliques données par l’Archéomètre, selon les triplicités sont exprimées à partir
 « de plusieurs zones concentriques d’équivalents montrant les rapports respectifs des couleurs, des planètes, des signes zodiacaux, des notes musicales, des caractères alphabétiques [Watan et hébraïque], et enfin des nombres ».

Les commentaires de l’Archéomètre commencent avec le n° 9 de l’année 1910 et se poursuit jusqu’à la fin de la parution de La Gnose. Certains considèrent qu’Albéric Thomas (Marnès) serait l’auteur de ces textes auxquels Palingénius se serait contenté d’intégrer ses notes sur la tradition hindoue. Cela n’est certainement pas exact, même s’il est vraisemblable que Thomas, qui se revendiquait ouvertement « disciple » de Saint-Yves d’Alveydre, ait pu apporter sa collaboration. Quoi qu’il en soit, il est difficile de conjecturer sur les apports de l’un ou de l’autre, si ce n’est de constater que la rigueur du style guénonien est bien présente dans tous les développements signés T. D’ailleurs, au sujet de la Tradition primordiale mise en relation directe avec l’Hindouisme qui devrait, par conséquent, constituer la part de Palingénius, on constate la présence de plusieurs termes qui n’apparaîtront plus ensuite sous la plume de Guénon, termes que l’on serait tenté d’attribuer naturellement à quelqu’un d’autre, en l’occurrence, Thomas-Marnès *.
Enfin, une grande place est accordée à la tradition Juive, en raison notamment de l’intégration des 22 lettres solaire de son alphabet au faisceau complexe des éléments significatifs de l’Archéomètre. L’importance de cette tradition diminuera par la suite au profit de l’ésotérisme islamique, totalement absent des commentaires.

*Dans une note de son article, « Le Triangle de  L’Androgyne et le monosyllabe “ Om ” », Vâlsan écrit à propos de l’Archéomètre : « Cette étude était signée T., pseudonyme de Marnès, rédacteur en chef de « La Gnose », mais naturellement elle avait bénéficié de l’assistance du directeur Palingénius (René Guénon) dont on reconnait le style aussi bien que les notions dans la plupart des notes. »


 C’est en 1909, peu de temps avant la publication des commentaires de l’Archéomètre dans La Gnose que Guénon rencontre à Paris ‘Abdul-Hâdi (John Gustaf Aguéli ) qui le rattache à la tariqah Shâdhiliyyah*. les articles sur le taçawwuf signés Abdul-Hâdi seront publiés dans la revue à partir de 1911; fait marquant, car ces derniers représentent la signature d’une orientation, insoupçonnable dans l’œuvre de Guénon, mais déterminante dans son activité intellectuelle, qui va dés lors s’exercer durant quarante ans.
De même que l’ésotérisme de la tradition islamique (dînul-haqq) intègre l’essence de toutes les traditions du Livre (et pas seulement d’ailleurs) ; de même, l’enseignement délivré par l’œuvre publique guénonienne intègrera métaphysiquement toutes les connaissances intellectuelles d’Orient et d’Occident. Dans ce sens, on peut considérer que l’Archéomètre, comme l’indique son étymologie, intègre déjà à lui seul, les mesures géométriques  permettant le développement illimité des significations symboliques des toutes les traditions**.

Pourtant, cette figure complexe n’a pas été retenue par Guénon puisqu’aucune mention, ni aucune référence directe à l’Archéomètre en tant que fonctionnalité, ne figure dans ses ouvrages. Il peut y avoir à cela plusieurs raisons, mais nous pouvons retenir le fait que l’utilisation de cet instrument exige des connaissances assez approfondies dans plusieurs domaines distincts qui ne sont pas indispensables à priori pour comprendre clairement l’essence des traditions et les applications de la métaphysique. En effet, le maître des études traditionnelles prouvera à tous ses lecteurs que l’on peut commencer à lire son œuvre et entrer progressivement dans le monde de la science sacrée avec peu de connaissance et un vocabulaire simple ; un état d’esprit libre de toutes les complications philosophiques et autres disciplines propres au savoir universitaire étant même préférable.

*Voir Michel Vâlsan : L’Islam et la Fonction de René Guénon ; Les Editions de l’Œuvre, Paris 1984. La date du rattachement de Guénon donnée par Vâlsan est 1912, mais cette différence est sans importance. 
**Pour l’ésotérisme islamique, il faudrait envisager une extension des significateurs de l’Archéomètre aux coordonnées de l’astrologie lunaires ; Cf «  L’Islam et le Signe zodiacal de la Balance » (message posté ci-dessous le 23 juin 2013).


(A suivre).















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