LES POITRINES DES HOMMES LIBRES SONT LES TOMBEAUX DES SECRETS صدور الأحرار قبور الأسرار

jeudi 19 juin 2014

L’ÂDAB DES MAÎTRES SOUFIS












L’ÂDAB
 DANS L’ENSEIGNEMENT
 DES
MAÎTRES ÇÛFÎ



On évoque souvent l’âdab pour qualifier le comportement de telle ou telle personne, mais on se demande rarement qui peut être véritablement autorisé à parler de l’âdab. C’est afin de répondre à cette dernière question que nous publions une traduction de quelques paroles dispensées par les maîtres à ceux qui ont la capacité de les entendre et de les rendre opératives.





« Vous avez dans l’Envoyé d’Allâh un bel exemple pour ceux qui mettent leur espoir* en Allâh et dans le Jour dernier et qui se remémorent Allâh souvent. »

* Yarjû, de rajâ : espérer; mettre son espoir dans; souhaiter.

(Al-Ahzâb, 21.)



Le maître de Junayd, Sayyidî Abû Hafs al-Haddâd – qu’Allâh soit satisfait de lui – a dit :
« Le taçawwuf est tout entier âdab. L’âdab appartient à chaque instant (waqt) et doit se manifester en tout lieu ; par conséquent, si le faqîr se pare de l’habit de l’âdab, Il devient apte à cheminer dans la voie soufie et à porter* (hamala) les secrets des “gens de l’élite” (Al-khusûsiyya) ».

* Au sens de détenir.


L’imam ash-Shâfi‘î – qu’Allâh soit satisfait de lui – a dit : « Celui qui observe les règles de convenance (taâdab) à chaque instant [donne] une valeur à ce temps-là, et celui qui n’observe pas les règles de convenance à chaque instant, [rend] son temps détestable ».

Et Sayyidî Muhammad al-Bûzîdî a dit :
« Par cet âdab, tu prends un raccourcis qui écarte les peurs et les appréhensions et te rend apte à cheminer dans la voie [et à en porter les secrets] ».


Cet âdab consiste à suivre l’exemple et le comportement de l’Envoyé d’Allâh (sur lui la Grâce et la Paix) par la mise en pratique des lois (ahkâm) d’Allâh – ta‘âlâ –.

L’Envoyé d’Allâh – sur lui la Grâce et la Paix – a dit :
« Mon seigneur m’a éduqué de la meilleure façon (fahasana) ».

Ceci est le taçawwuf ; tous les “pôles” (aqtâb) de la voie sont unanimes à ce sujet.


L’Imâm Junayd (qu’Allâh sanctifie son secret) a dit : « Toutes les voies* sont sans issue (masdûda) pour tous les êtres de la création, sauf la voie de celui qui suit les traces de l’Envoyé d’Allâh (sur lui la Paix) en suivant sa sunna et en s’y conformant (lazima) en tout point**.

* Comme, par exemple, les méditations, retraites, ascèses et autres pratiques venant d’une décision individuelle.
** C'est-à-dire, par ses paroles, ses actes, et ses états.


Et Dhû-n-Nûn al-Miçrî a dit :
« De tous les signes de l’Amour d’Allâh – ‘aza wajal –, c’est l’effort assidu qui consiste à suivre l’« Aimé d’Allâh » dans ses nobles caractères, dans ses actes, son autorité et sa sunna ».

Selon al-Sarî al Saqatî – qu’Allâh soit satisfait de lui – :
« Le taçawwuf possède trois sens (à observer dans les trois attitudes suivantes) : [faire en sorte] que la lumière de la Connaissance n’éteigne pas (lâ yatfâ’) la lumière de la crainte révérencielle ; ne pas entretenir des propos sur le sens caché de la science allant à l’encontre de la clarté (zâhir) du Livre* et de la sunna ; ne pas utiliser les Karâmât** pour déchirer le voile avec lequel Allâh a recouvert ce qui est prohibé (muhâram) ».

* le Coran
** Pouvoirs psychiques permettant de percevoir directement des réalités cachées derrière les apparences des êtres et des phénomènes.


Abû Nasr Bishr ibn al-Hârit al-Hâfî – qu’Allâh sanctifie son secret – a dit :
« J’ai vu le Prophète en songe – que la bénédiction et le salut d’Allâh soient sur lui – et il m’a dit : “Bishr, sais-tu par quoi Allâh t’a élevé entre tes pairs” ? J’ai répondu : Non, Ô Envoyé d’Allâh ; il dit : “Par ton observance de ma sunna, par ton service des hommes pieux et par ton amour pour mes Compagnons et pour les Gens de ma Maison. C’est cela qui t’a fait parvenir aux demeures des hommes pieux” ».

 Et l’Imâm Junayd – qu’Allâh soit satisfait de lui – a dit :
« Notre école (madhabunâ) est attachée aux fondements (bi-uçûli) du Livre et de la sunna ; notre science s’accroit avec l’enseignement par les propos (hadîth) de l’Envoyé d’Allâh – sur lui, la grâce et la paix – ».

Et Sayyidî Abû-l-Hasan al-Shâdilî – qu’Allâh soit satisfait de lui – a dit :
« Il n’y a pas de faveur (karâma) plus grande que celle de la foi et la poursuite de la sunna ». Et il dit – qu’Allâh sanctifie son secret – : « J’ai entendu par inspiration : si tu veux Ma faveur, obéis-Moi et éloigne-toi de ce que J’ai interdit ».
Et il a dit – qu’Allâh embellisse sa personne – :
« Reviens de la contradiction avec ton Seigneur, tu seras dans l’unité (muwahhidâ) ; agis selon les piliers de la Loi, tu seras brillant et élevé, et allie les deux, tu seras un homme véridique ».

Sayyidnâ Mawlâyy al-‘Arabî ad-Darqâwî – qu’Allâh sanctifie son secret – a dit :
 « Le taçawwuf est la préservation des lois de la religion, l’excellence des caractères avec les musulmans et la soumission à la Volonté d’Allâh, Seigneur des mondes ».


***






 « Seuls, sont vraiment croyants, ceux dont les cœurs frémissent à la mention d’Allâh ; ceux dont la foi augmente lorsqu’on leur récite Ses versets ; ils s’abandonnent confiants en leur Seigneur*,
Ceux qui s’acquittent de la çalât, ceux qui donnent en aumône une partie des biens que Nous leur avons accordés.
Voilà ceux qui, en toute vérité, sont les croyants ; des degrés élevés leur sont réservés auprès de leur Seigneur, avec un pardon et une généreuse récompense ».

*Ils abandonnent leur individualité (yatawakkaluna) pour leur Seigneur.

(Al-Infâl, 2 - 4.)




Et l’Envoyé d’Allâh – sur lui, la grâce et la paix – a dit :

« Fuyez ce que je vous ai rendu illicite et, de ce que je vous ai ordonné, accomplissez-le (fâqû minhu), selon vos capacités ».


Le Très haut a dit :




« Ô vous les croyants, préservez-vous, ainsi que vos familles d’un Feu dont les hommes et les pierres seront les aliments. Des Anges gigantesques et puissants se tiendront autour de ce Feu ; ils ne désobéissent pas à ce qu’Allâh ordonné et agissent selon ce qui leur est commandé ».
(Al-Tahrîm, 6.)




De Abû ‘Abdallâh bin ‘Abdallâh al-Ansârî – Qu’Allâh soit satisfait d’eux – :
« Un homme demanda à l’Envoyé d’Allâh – sur lui, la paix– “J’ai vu [quand] tu as pratiqué la çalât [les rites prescrits] et jeuné le Ramadân, rendu licite ce qui doit l’être et sacralisé ce qui est sacré [et maintenant], si je n’ajoute rien à cela [dans ma pratique], rentrerais-je au Paradis”? Il a dit : oui ».



***






 « Et tu es d’un caractère élevé ».
(Al-Qalam, 4.)





« Tu as été doux à leur égard par une miséricorde d’Allâh. Si tu avais été rude et dur de cœur, ils se seraient séparés de toi ».

(Âl-‘Imrân, 159.)




Et l’Envoyé d’Allâh a dit – que la bénédiction et le salut d’Allâh soient sur lui – :

« Aucun de vous ne croira véritablement jusqu’à ce qu’il aime pour son frère ce qu’il aime pour lui-même ».
Et il a dit – que la bénédiction et le salut d’Allâh soient sur lui – :
« Les croyants ayant la foi la plus complète sont ceux qui ont le meilleur caractère ».
Et il a dit – que la bénédiction et le salut d’Allâh soient sur lui – :
« Le bel Islam d’une personne consiste pour elle à laisser de côté ce qui ne la concerne pas ».
Et il a dit – que la bénédiction et le salut d’Allâh soient sur lui – :
 « Le musulman est celui qui préserve les musulmans contre sa langue et sa main ».


Et Dhû-n-Nûn al-Miçrî a dit :
« Celui qui désire la modestie (tawâdu‘), qu’il se tourne vers la Majesté d’Allâh, laquelle le ramènera à sa juste place, et, il se purifiera ; et celui qui regarde vers la Puissance d’Allâh voit sa propre puissance s’anéantir parce que toutes les âmes sont pauvres (faqîra) devant la crainte (haybbatihi) de la Majesté d’Allâh ».


(A suivre)













vendredi 16 mai 2014

CALLIGRAPHIE KOUFIQUE DU NOM MOHAMMAD









CALLIGRAPHIE KOUFIQUE 
EN CROIX
DU NOM MOHAMMAD












Le Nom Mohammad

Le dessin de cette calligraphie est formé par le nom du Prophète Muhammad qui s’inscrit dans les quatre directions à partir du centre comme les quatre fleuves du « Paradis terrestre »*. Chacun des côtés de cette calligraphie a pour valeur 19, nombre qui multiplié par lui-même, est égal à 361, c’est-à-dire une somme équivalente aux 360° du cercle auxquels s’ajoute l’unité de son centre**.

* On distingue également le nom du calife Siyyidî ‘Alî dans la continuité du nom Muhammad.
**Cette équivalence numérique symbolise la perfection de la Totalité universelle. Guénon précise la correspondance entre le commencement et la fin d’un cycle en indiquant que le cercle remplacé par le carré exprime « la réalisation de ce que les hermétistes désignaient symboliquement comme la “quadrature du cercle” » ; et concernant les formes circulaire et carrée : elles « se rapportent respectivement au symbolisme du Paradis terrestre et à celui de la Jérusalem céleste (…) ».




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Les quatre droites partant du centre forment la croix polaire du swastika (figure 1) relient ensemble trois « enceintes » nettement visibles dans la décomposition en trois stases des figures ci-dessus.
 Dans la première figure, les quatre mîm disposés en quartiers, entre les droites en croix qui ordonnent la composition du Nom Muhammad, sont assimilables aux
«  canaux, par lesquels, l’enseignement de la doctrine traditionnelle se communique de haut en bas, à partir du grade suprême qui en est le dépositaire, et se répartie hiérarchiquement aux autres degrés » (R. G.).

Cette disposition en croix évoque les états multiples de l’être et correspondant à autant de degrés d’initiation. Par sa composition en trois enceintes, elle évoque également les “trois mondes” (trimurti) ; les trois cercles célestes** ; les degrés hiérarchiques de l’Existence, etc.

**« les trois cercles célestes sont parfois représentés comme autant d’enceintes concentriques entourant le Mêru, c’est-à-dire la Montagne sacrée qui symbolise le “Pôle” ou l’“Axe du Monde” » (R. G.).

Le nombre 19 exprime le rapport existant entre l’unité et le dernier nombre de la série décimale qui est celui de la périphérie dont la mesure définit le cercle à partir du point central.
En outre, 19 est la valeur des termes Wâhad et Wujûd qui servent à désigner l’Unité de l’être (Wahdât al-wujûd). Par conséquent, il exprime également l’immanence des attributs divins par les 7 planètes auxquelles doivent s’ajouter les 12 Signes du Zodiaque (7+12). C’est aussi le nombre des lettres de la formule bismillah ar-Rahman ar-Rahîm, et celui des 19 gardiens du Paradis, de ce bas-monde et de l’enfer, comme le signale une étude intitulée « Quelques aspects de la matrice miraculeuse des attributs divins » dans laquelle, M. Abdelbaqi Meftah analyse un “carré magique” (dont la valeur de chacun des côtés est 10) contenant les 99 Noms d’Allâh et celui de Son Prophète*.

* La somme des valeurs numériques des noms contenus dans chaque ligne, colonne ou diagonale de ce “carré magique” est égale à 3394, nombre dont l’addition de ses quatre chiffres est égal à 19 (3+3+9+4=19) ; voir la revue Horizons maghrébins, numéro de janvier 1999.



Le Nom ‘Alî

Les quatre mîm de la première figure figurant sur chacun des quatre côtés de l’enceinte extérieure* se prolongent par le nom de Sayyidina ‘Alî, le quatrième calife rashidûn qui fut désigné pour succéder au califat de ‘Uthmân.
Ce prolongement s’accorde avec la légitimité de S. ‘Alî mentionné par le Prophète (‘a s) selon ces termes :
« Désormais, celui qui me reconnait pour son maître (mawlâhu), pour lui, ‘Alî est son maître »**.

Nous arrêterons là notre commentaire en faisant remarquer avec Fulan*** que la dix-neuvième lettre de l’alphabet arabe est le qâf, initiale de Qutb, qui signifie « Pôle » en arabe, ce qui vient encore souligner le caractère polaire de cette calligraphie mis en évidence par les figures de notre décomposition graphique.

* la seconde lettre mîm de mohammad est une lettre redoublée.
** La désignation (nass) de S. ‘Alî comme son représentant (khalife) ne fut jamais révoquée. Voir aussi le chapitre    de la traduction du (  ) de Deladrière ; La Profession de foi, Ed. Sinbad, Paris 19
***Voir le numéro 116 de VLT dans lequel Fulan prolonge ce commentaire selon le symbolisme maçonnique (le texte de Fulan est mis en ligne sur ce blog dans le "message" du 10/01/2016).




***





Salat al-mashashîyyah
,





Voir la traduction annotée de la Salat al-mashashîyyah par Titus Burckhardt, insérée dans Symbole Recueil d’essais, ouvrage posthume publié aux éditions ARCHÈ Milano en 1980.

Le soufi marocain ‘Abd al-Salâm Ibn Machîch vécut isolé sur une montagne au Maroc. Son renon s’était répandu, de son vivant, dans le monde islamique tout entier. A cette époque, Abû al-Hasan al-Shâdhilî, dans le but de trouver le Qutb, suivait les enseignements d’un Shaykh nommé Abû al-Fath al-Wâsitî. Ce dernier lui conseille de se rendre au Maroc pour rencontrer ‘Abd al-salâm Ibn Machîsh de Fès qui était retiré dans le Rif sur la montagne « Jabal ‘Alâm ». Lors de leur première rencontre, le maître lui demanda d’accomplir le Ghusl (la grande ablution) ; quand Abû al-Hasan se fut exécuté, il lui demanda de recommencer ; la troisième fois, Al-Shâdhilî dit : « Je me purifie de toutes les connaissances que j’ai acquis auparavant ».

‘Abd al-Salâm Ibn Machîch « mourut en l’an 1228 de l’ère chrétienne, dans son ermitage sur le mont al-‘Alam, du massif rifain ; son tombeau sur la cime de cette montagne est un des lieux de pèlerinage les plus vénérés de tout le Maghreb.
On ne possède de lui qu’un seul texte, sa célèbre prière sur le Prophète que l’on récite dans toutes les confréries de filiation shâdhilite, et qui est comme un résumé de la doctrine soufique de l’Homme universel (al-insân al-kâmil).
Rappelons que toute prière sur le Prophète se réfère implicitement à cette in jonction coranique : « Dieu et Ses Anges bénissent le Prophète ; ô qui croyez, bénissez-le et souhaitez lui la paix » (XXXIII, 55) » (T. Burckhardt).




Silsilah de la tariqah shâdhiliyyah


L’Imâm Abû-al-Hasan al-Shâdhilî, le fondateur de la tariqah Shâdhiliyyah, occupe le 19ème rang dans la silsilah :


JIBRÎL – 1 Mawlânâ sayyidinâ MOHAMMAD (‘as), H. 11 ; 632* – 2 ‘Alî, H. 30 – 3 Hasan, H. 60 – 4 Hassan al-Basrî, H. 110 – 5 Habîb al ‘Ajamî, H. 157 – 6 Dâwûd al-Tâ’î, H. 162 – 7 Ma‘rûf al-Karkhî, H. 199 – 8 Sarî al-Saqatî, H. 253 – 9 Abû Qâsim al-Junayd, H. 298 – 10 Abû Bakr al-Shiblî, H. 334 – 11 Abû Faraj al-Tamîmî – 12 Abû Faraj al- tarasûsî – 13 Abû ‘Alî bin Yûsuf al-Hikkârî – 14 Sa‘id al-Mubârak – 15 ‘Abd al-Qâdir al-Jîlânî, H. 571 – 16 Shu‘ayb Abû Madyan, H. 589 – 17 ‘Abd al-Rahmân al-Madanî – 18 ‘Abd al-Salâm Ibn Machîsh, H 625 – 19 Abû al-Hasan al-Shâdhilî, H. 656 ; 1258*.

*Selon l’ère chrétienne.















mercredi 16 avril 2014

L’ARCHÉOMÈTRE DE SAINT-YVES D’ALVEYDRE (III)










La formation des triangles de Feu et d’Air









« Si l’on fait tourner la figure d’un quart de cercle dans son plan (sens directe de rotation, c'est-à-dire vers la gauche en partant du haut), on obtient les deux triangles de Feu et d’Air, le triangle de Feu ayant remplacé celui de Terre (élément actif), et le triangle d’Air ayant remplacé celui d’Eau (élément passif) ; on voit alors que les éléments secs sont actifs et que les éléments humides sont passifs. La ligne qui joint les sommets de ces deux nouveaux triangles est le diamètre de la surface des Grandes Eaux qui joint l’orient à l’occident ; elle unit les deux équinoxes, comme l’axe nord sud, qui lui est perpendiculaire unit les deux solstices. Pour s’orienter sur cette ligne horizontale, il faut savoir laquelle des deux extrémités correspond à l’occident, et laquelle correspond à l’orient ; étant donné que ces deux temps correspondent d’autre part respectivement à l’équinoxe de printemps (Bélier domicile de Mars) et à l’équinoxe d’automne (Balance domicile de Vénus), on voit qu’il faut pour cela choisir une origine sur le cercle horizontal (perpendiculaire au plan de la figure, sa trace sur celui-ci étant le diamètre horizontal), qui est la section diamétrale horizontale de l’Œuf du Monde, dont les Grandes eaux occupent la moitié inférieure ; ce qui signifie qu’il faut déterminer l’époque à laquelle on fait commencer l’année, et que c’est là que dépendra la solution de ce problème d’orientation.

Si l’on joint deux à deux les autres angles opposées de ces quatre triangles, on obtient deux autre croix qui sont des positions particulières et intermédiaires de la première croix considérée au cours de sa rotation autour de son centre dans le plan de la figure. On voit d’ailleurs que, dans cette rotation, chaque sommet peut occuper n’importe quelle position ; il les occupe toute successivement, parcourant ainsi tout le Zodiaque ; sa position dépendra encore du point de départ donné à l’année, si l’on place en haut ce point de départ ». 



Assimilé à « la surface des Grandes Eaux qui joint l’orient à l’occident », l'axe reliant les deux pôles équinoxiaux correspond au monde des possibilités formelles : Il représente la première détermination temporelle et directionnelle que l'astre solaire, pour ce qui est du cycle zodiacal lui-même indépendamment de ses diverses applications, aura pour fonction de qualifier (voir ci-dessous nos deux “messages” sur « l’Islâm et le Signe zodiacale de la Balance »).

Selon le commentaire de T., « la solution du problème de l’orientation » permet de «déterminer l’époque à laquelle on fait commencer l’année ». Nous verrons plus loin l’importance de cette question pour la qualification hiérarchique des différentes traditions.

Le calendrier lunaire de la tradition islamique dépend naturellement du rapport calculé entre le pas lunaire et le pas solaire. Cependant, pour ce qui concerne l’Islam, il faut considérer les choses différemment. Ainsi, dans l’ésotérisme islamique, selon Ibn ‘Arabî, le cycle zodiacal (envisagé comme cycle humain ou grand cycle) commence avec le Signe de la Balance ; les traditions antérieures à l’Islam étant comprises entre le temps du Bélier et celui de la Balance situé au milieu des temps* (la Balance occupe, en effet, le milieu dans la succession des douze Signes) ; et selon Guénon,

 « Il y aurait lieu d’examiner aussi le rapport qui peut exister entre la Balance polaire et la Balance zodiacale ; celle-ci est d’ailleurs regardée comme le “signe du jugement”, et ce que nous avons dit précédemment de la balance comme attribut de Justice, à propos de Melki-Tsedek, peut faire comprendre que son nom ait été la désignation du centre spirituel suprême ».

(Le Roi du Monde, chapitre X).

Tout ceci est en accord avec le caractère sigillaire de l’Islam et justifie l’abrogation de toutes les lois antérieures (abrogation dont la juridiction ne peut s’appliquer que dans le domaine appartenant proprement à la forme islamique).

« Si nous considérons en particulier le cas où deux triangles de Feu et d’Air sont devenus les deux triangles principaux, le triangle de Feu droit, et le triangle d’Air renversé, ce qui correspond à une rotation d’un quart de cercle, le commencement de l’année est alors l’équinoxe de printemps (15° du Bélier), au lieu d’être, comme dans la figure primitive, au solstice d’hiver (15° du Capricorne). Dans ce cas, symboliquement, le Mont Mérou sera remplacé par une colonne de feu soutenant le Monde, et la coupe contenant les Eaux devient, pour continuer son rôle d’emblème passif, un symbole de l’Air, comme on le voit dans les correspondances du Tarot (1).
Ce déplacement de l’origine de l’année, avec toutes ses conséquences, caractérise la modification apportée dans l’exposé de la Tradition (les Livres sacrés) (2), au début du Kali-Youga (3) (rôle de Krishna).
La modification qui correspond au commencement de l’année à l’équinoxe de printemps (au lieu du commencement de l’année à l’équinoxe d’hiver) est celle qui donne naissance aux religions naturalistes (Ioniens, Phéniciens) et aux philosophies atomistes (Kanâda, Démocrite). Les traditions ainsi déformée deviennent lunaires, féminines, tandis que les traditions basées sur l’Archéomètrie primitive sont solaires, masculines ».


[NOTES]

(1) Dans le Tarot, le principe passif, figuré par la coupe correspond à l’Air, mais le principe actif, figuré par le bâton, correspond à la Terre ; l’épée, qui représente l’union des deux principes, correspond au Feu, et le denier, qui symbolise le produit de cette union, correspond à l’Eau.
Si l’on considérait la genèse des quatre éléments à partir de l’Ether primordial, la disposition serait tout autre : l’Air, première différenciation de l’Ether, se polariserait alors en Feu, élément actif, et Eau, élément passif, et l’action du Feu sur l’Eau donnerait naissance à la Terre. Ceci montre que les correspondances diffèrent suivant le point de vue que l’on envisage.
(2) Les Livres sacrés sont l’expression de la sagesse divine adaptée à la compréhension humaine, et c’est pourquoi, chez les Egyptiens, ils étaient attribués à Thot ou Hermès ; ils ne sont pas l’œuvre d’individualités, mais de l’Université sacerdotale qui est, sur la terre, la manifestation immanente de la Sagesse.
(3) Le Kali Youga commence 36 ans après la mort de Krishna ; de mêmes 36 ans après la mort du Christ, c'est-à-dire en l’an 70, a lieu la destruction de Jérusalem par les Romains, commencement de la dispersion définitive des Juifs, qui correspond pour eux à l’ère du Kali Youga ». 


Les traditions dont l’année commence avec l’équinoxe du printemps, qualifiées par T. de lunaires, ne doivent pas être confondues avec celles dont le calendrier est rythmé sur les lunaisons ; ainsi, pour la communauté musulmane, le début de l’année commençant avec le mois de Muharram rétrograde de onze jours à chaque révolution solaire. Il ne dépend, par conséquent, ni des solstices ni des équinoxes, mais directement du Soleil dont il suit perpétuellement la course, intégrant les 360° du Zodiaque, si on considère un cycle complet au terme duquel il aurait occupé successivement tous les degrés.

* Ceci  nous donne l’occasion de citer un extrait des Aperçus sur l’initiation en accord avec le caractère central de ce Signe et qui vient aussi compléter notre étude sur «  l’Islam et le Signe zodiacal de la Balance ». La Balance, en effet, représente le lieu où tous les antagonismes s’annulent et où, pour le microcosme humain, la somme de tous les déséquilibres, qui a son origine dans le Feu originel du Bélier, est susceptible de se rétablir dans l’Equilibre primordial par la Justice universelle qu’elle symbolise : à propos des dissymétries corporelles, Guénon fait remarquer qu’il n’y a sans doute personne qui présente en tout point une exacte symétrie et il poursuit : « Ceci peut d’ailleurs s’interpréter comme signifiant que, dans l’état actuel de l’humanité tout au moins, aucun individu n’est parfaitement équilibré sous tous les rapports ; et, effectivement, la réalisation du parfait équilibre de l’individualité, impliquant la complète neutralisation de toutes les tendances opposées qui agissent en elle, donc la fixation en son centre même, seul point où ces oppositions cessent de se manifester, équivaut par là-même purement et simplement à la restauration de l’“état primordial” » (chapitre XIV). On voit par ces considérations que le pôle de l’axe équinoxial qui se reflète directement dans la Balance précède métaphysiquement l’“Elan créateur” du Bélier, de même que, selon la note 1 de T., l’élément Air auquel correspond la Balance est la « première différenciation » de l’Ether.


Les articles de Guénon complétant le contenu doctrinal des commentaires ci-dessus sont les suivant :

Les Portes solsticiales (E. T., mai 38).
La Montagne et la caverne (E. T., Jan. 38).
La Caverne et l’Œuf du Monde (E. T., mars 38).
Le symbolisme du Zodiaque chez les pythagoriciens (E. T., juin 38).
Le Zodiaque et les points cardinaux (E. T., oct. nov. 45).
Un hiéroglyphe du Pôle (E. T., mai 37).
L’hiéroglyphe du Cancer (V. I., juil. 31).
Le Cœur et l’Œuf du Monde  (E. T.,  févr. 38).

Ces textes sont regroupés dans l’ouvrage posthume (épuisé) : Les Symboles fondamentaux de la Science sacrée, présenté et annoté par M. Vâlsan, Ed. Gallimard, 1962; réimprimé actuellement sous le titre Les Symboles de la Science sacrée (sans l’introduction, les annexes ni les annotations de Vâlsan).











N. B. Les textes signés T. parus dans La Gnose sont rassemblés dans  L’Archéomètre Pour la Revue La Gnose, Éditions Kalki, Rennes, 2014 (version papier et numérique), disponible sur le blog ; "Œuvre de René Guénon".











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