LES POITRINES DES HOMMES LIBRES SONT LES TOMBEAUX DES SECRETS صدور الأحرار قبور الأسرار

samedi 22 mars 2014

L’ARCHÉOMÈTRE DE SAINT-YVES D’ALVEYDRE (II)















Avant de poursuivre nos propos sur l’Archéomètre, il est important de rappeler ce qu’il représente métaphysiquement en tant qu’« Arche des symboles » excluant toutes formes exotériques. Sa représentation géométrique est « le lieu des possibles » : symbolisant expressément l’immutabilité des principes essentiels de la Tradition primordiale, elle est de l’ordre du continu*, tandis que la complexité des significations qu’elle renferme et qu’il nous est possible de commenter indéfiniment, fait naturellement intervenir l’ordre du discontinu ; celui-ci caractérisant les représentations liées aux conditions spatiales et temporelles propres à toutes les formes traditionnelles.
Comme cela est mentionné dans les textes sacrés de l’Inde, lorsque survient la fin d’un Manvantara, tout ce qui relève du monde formel, c'est-à-dire la manifestation dans son ensemble (désignée dans les traditions des Gens du Livre par tout ce qui est compris entre « les Cieux et la Terre »), est soumis à la dissolution (pralaya). Seul le continu supra-formel peut être assimilé au « germe » qui permettra le développement des possibilités du cycle futur. C’est d’ailleurs à cette réalité supérieure que se réfère la parole de l’Evangile : «  Le Ciel et la Terre passeront mais mes paroles ne passeront pas »**

* Le continu spatial tient sa permanence de la réalité de l’Être pur, lequel présuppose le « non-être ».
**Cf. L’Evangile selon Saint Marc ; 13, 31-37. Dans ce sens, on peut dire que la totalité de l’enseignement de Guénon, par sa conformité au principe métaphysique le l’Archéomètre, en est le plus profond des commentaires. Voir également, dans l’ésotérisme islamique, les notions de thubût et de ayân thâbita d’Ibn ’Arabî (p. 36 de l’Introduction de M. Chodskiewicz à l’ouvrage collectif « Les Illuminations de la Mecque » ; Sindbad, Paris 1988).


 La formation des triangles de Terre et d’Eau.

En raison de leurs diverses fonctions interdépendantes, tous les éléments constitutifs de l’Archéomètre sont produits simultanément par l’ensemble de toutes les variations possibles, comprises dans un cycle complet, des deux axes Nord-Sud et Est-Ouest déterminés par les triangles de Terre, d'Eau, de Feu et d'Air  sur les six directions de l’espace symbolisées par la Croix. Ces variations, afin d’être interprétées, doivent se distinguer les unes des autres, selon une représentation nécessairement discontinue, dont il ne faut jamais perdre de vue, comme nous venons d'y faire allusion, qu’elles réfèrent métaphysiquement à un « mouvement continu » et intemporel. Les couleurs du spectre sont également à envisager directement, au-delà de leurs représentations distinctives, dans leur variation continue de l’une à l’autre.
Dans la figuration primordiale de l’Archéomètre telle qu’elle est présentée ci-dessus, l’axe des solstices allant du Capricorne, au Nord, vers le Cancer, au Sud, coïncide précisément avec l’axe vertical de la Croix. Dans cette position initiale, chacun des deux Signes avec les deux planètes qui y sont domiciliées, les deux lettres des alphabets Watan et hébraïque, les Nombre et notes musicales respectives, correspondent avec les pointes des deux principaux triangles inverses l’un de l’autre ; ils font ainsi l’objet du premier commentaireproprement doctrinal de T. :






« 1° Le triangle droit, avec les couleurs jaune, bleu, et rouge ; il est appelé triangle du Verbe et de la Terre du Principe, et de l’Immanation des Vivants en Lui ; il correspond au nom de Jésus ;
2° Le triangle renversé, avec les couleurs verte, violette et orangée ; il est appelé le Triangle des Eaux Vives, des Origines, ou de la Réfraction du Principe Eternel dans l’Embryologie Temporelle ; il correspond au nom de Marie.
Le triangle de la Terre du Principe ou de la Terre Céleste (Swargabhoumi), correspond à la Montagne qui est au centre du Monde (le Mérou), dont le sommet est le séjour d’Ishwara (Mahâ-Dêva), dans la sphère de Sani ou de Saturne. Le diamètre vertical est l’axe nord-sud du Monde (1), qui va du sommet du Mérou (pôle nord, solstice d’hiver ou Capricorne, domicile de Saturne) au fond de l’Abyme des Grandes Eaux (pôle sud, solstice d’été ou Cancer, domicile de la Lune). La ligne horizontale représente la surface de l’Océan des Grandes Eaux (réservoir des possibilités, ou passivité universelle) ; le Mérou se réfléchit dans cet Océan, au milieu duquel il s’élève (1).
Le triangle de terre, droit, représente dans cette figure l’élément actif (le Verbe), et le triangle d’Eau, renversé, représente l’élément passif (Mariah ou Mâyâ) ; ces deux triangles forment le signe de la Création (sénaire) ; le triangle passif est le reflet du triangle actif, ce qui exprime la loi de l’analogie, formulée par Hermès : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, mais en sens inverse (2).
Les deux axes de la figure forment la croix, qui, par rotation autour de son centre, engendre le cercle ; par rotation dans trois plans formant un trièdre trirectangle, elle engendrera la sphère (Œuf du Monde) (3) ».


Afin de donner une meilleure lisibilité au contenu doctrinal des notes, nous avons choisi de les reproduire dans la même taille que le corps de texte :

Note (1) :
« On situe le Mérou au pôle nord, où le Soleil peut effectuer une révolution diurne tout entière, sans descendre au dessous de la ligne d’horizon, et où même, si le plan de l’Ecliptique coïncidait avec celui de l’Equateur, le Soleil ne quitterait jamais l’horizon (voir à ce sujet les textes védiques). Dans l’état de choses actuel, notre système solaire étant rapporté à la Terre (ces deux plans ne coïncidant pas), le Soleil accomplit sa révolution diurne avec la portion de l’Ecliptique où il se trouve pendant ce temps, et qui occupe sur la sphère céleste une longueur d’un degré ; le Soleil décrit donc ainsi chaque jour sur la sphère céleste sensiblement un cercle parallèle à l’Equateur (ce cercle n’est pas fermé en réalité), et, si ce cercle se trouve au dessus (ce qui a lieu pendant la moitié de l’année où le Soleil est au nord de l’Equateur), le Soleil ne cessera pas d’éclairer le pôle nord pendant tout ce temps ; par contre, pendant l’autre moitié de l’année, où le Soleil est au sud de l’Equateur, éclairant le pôle sud, le pôle nord restera plongé dans l’obscurité ».

Note (2) :
« Le triangle renversé est le symbole de la Yoni, l’emblème féminin ; au contraire, le triangle droit est le symbole masculin analogue au Linga ».

Note (3) :
« Dans l’Œuf du Monde (Brahmânda), la manifestation de Brahmâ (le Verbe créateur) comme Pradjapati (Seigneur des créatures, identique à (Adhi-Manou), qui est aussi appelé Virâdj, naît sous le nom d’Hiranya-Garbha (Embryon d’or), qui est le principe igné involué, que les Egyptiens regardaient comme la manifestation de Phthah (Hêphaïstos des Grecs) ».

*Ce commentaire trouve son aboutissement dans divers textes et articles de Guénon, notamment « L’ hiéroglyphe du Cancer », publié dans Le Voile d’Isis (juill. 1931) et repris dans l’ouvrage posthume Symboles fondamentaux de la Science sacré, Gallimard (1962).





(A suivre)











vendredi 31 janvier 2014

L’ARCHÉOMÈTRE DE SAINT-YVES D’ALVEYDRE (I)




















« La partie centrale de la figure représente quatre triangles équilatéraux entrelacés inscrits dans un cercle, et formant douze sommets ou pointes, à chacun desquels correspond une couleur déterminée. Au premier triangle droit, dont le sommet est dirigé vers le haut, correspondent les trois couleurs fondamentales disposées ainsi : le jaune au sommet, le bleu à droite de la base, et le rouge à gauche. Au second triangle renversé, disposé symétriquement et de façon inverse par rapport au premier, correspondent les trois couleurs intermédiaires formées par le mélange des couleurs fondamentales deux par deux, et distribuées ainsi : le violet, résultant du rouge et du bleu, au sommet ; l’orangé, résultant du rouge et du jaune, à gauche ; enfin le vert, résultant du jaune et du bleu, à droite. Aux deux autres triangles, disposés également de façon symétrique par rapport aux deux premiers, et dont les sommets occupent les points médians, correspondent d’autres couleurs intermédiaires, toujours produites par le mélange, deux par deux, des couleurs immédiatement voisines. Au centre est le blanc, synthèse de toutes les couleurs : c’est la région de l’Unité principielle. Au dehors des divers cercles qui constituent l’Archéomètre, est supposé le noir, qui est l’absence de toute lumière, et par suite de toute couleur : c’est la région des Ténèbres Extérieures » *.



(T.)



*Extrait du premier long commentaire de l’Archéomètre figurant à la page 182 du numéro de l’année 1910 de la revue La Gnose, (rééditée intégralement en volume par les Editions de l’Homme Libre, 2009).









Il y a exactement 104 ans, l’Archéomètre de Saint-Yves d’Alveydre faisait l’objet d’une présentation dans le n° 9 de La Gnose (Juillet-Août 1910) par un auteur traditionnel signant T. qui le considère comme : « le monument le plus admirable, dans le domaine de l’Esotérisme, qui ait jamais été élevé à la gloire du Verbe Universel », et, comme une synthèse capable de ramener « toutes les manifestations verbales » à leur Principe en mesurant « la place qu’elles occupent dans l’harmonie Universelle ».

Selon Saint Yves d’Alveydre, immédiatement cité à la suite de cette brève  introduction, il s’agit d’« un rapporteur qui est cyclique, code cosmogonique des hautes études religieuses, scientifiques et artistiques ».



L’identité du mystérieux auteur signant de la lettre T. ainsi que celle du Directeur de La Gnose du nom de Palingénius ne fait aucun doute pour les familiers de l’œuvre de Guénon. Cependant, ces deux signatures  doivent faire l’objet d’une distinction en raison même de la fonction particulière de Palingénius et de celle clairement établi plus tard, par Guénon lui-même. Dans sa correspondance, il précisera qu’à l’époque, il recherchait encore les termes précis pour la composition d’un exposé traditionnel rigoureux; d’autre part, à la suite d’une assertion de Schuon concernant une prétendu fonction, il écrira du Caire à Caudron : « (…) je me demande quelles “fonctions” pourraient bien m’être retirées par qui que ce soit, puisque je n’en ai jamais accepté nulle part », ce qui, manifestement, doit s’entendre : sous le nom de René Guénon*.



* Ce terme de fonction doit être compris ici dans son acception première de charge et non dans le sens plus général qu’il prendra par la suite, notamment avec M. Vâlsan dans son Hommage «  La fonction de René Guénon et le sort de l’Occident ». (Études traditionnelles, 1951).


On est  immédiatement frappé à la lecture de cette présentation par l’autorité qui s’en dégage et par la présence des thèmes essentiels de l’enseignement intellectuel considérable que nous connaissons aujourd’hui.
« Disons ici, une fois pour toutes, que rien dans l’Archéomètre n’est arbitraire : les éléments divers s’y trouvent placés d’une façon rigoureusement mathématique, et cet instrument plus qu’humain n’a pas été créé pour servir à faire prédominer un système sur un autre, ni à inventer un système nouveau ; la synthèse qu’il comporte ne peut être exprimée dans un système quelconque, qui serait nécessairement une formule fermée. C’est une clef synthétique permettant de déterminer la valeur intrinsèque de chaque système philosophique, scientifique ou religieux, et de la rattacher à l’Arbre universel de la Science ou de la Tradition ».

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*
*  *



Les significations astrologiques de l’Archéomètre

Au centre de la figure sont dessinés, sur fond blanc, « synthèse de toutes les couleurs symbolisant l’Unité principielle », les deux axes de l’“Ampleur” et de l’“Exaltation” séparant le Ciel, figuré par l’arc de cercle que mesure la droite verticale, et la Terre, représentée par les quatre traits parallèles disposés perpendiculairement le long de cette même droite mais descendant sous l’axe horizontal. La partie supérieure incluse dans le cercle au dessus de la ligne indiquant astronomiquement l’horizon comprend le Feu et l’Air et la partie inférieure, sous la ligne d’horizon, comprend la Terre et l’Eau.
 Les quatre branches de la Croix, principe fondamental de tous les éléments constituant la science astrologique, orientent spatialement les qualités élémentaires. L’Ether est figuré par le centre à partir duquel se déploient les six directions de l’espace comprenant la Croix des éléments qui va se manifester dans une cadence en trois mouvements pour produire les déterminations universelles de chacun des douze Signes.
Le commentaire de T. se poursuit avec l’énumération et l’explication des qualités élémentaires attribuées aux quatre triangles dont il vient d’être question, recevant successivement les trois couleurs fondamentales, les trois couleurs intermédiaires, les trois couleurs intermédiaires deux à deux etc. :

« Les quatre triangles (…) sont ceux des quatre éléments : le premier dont le sommet est en haut, est le triangle de Terre ; le second dont le sommet est en bas, le triangle d’Eau ; le troisième, dont le sommet est à gauche ; le triangle de Feu ; et enfin le quatrième, dont le sommet est à droite, le triangle d’Air.
Les douze signes du Zodiaque correspondent trois par trois aux quatre éléments pris dans l’ordre suivant : Feu, Terre, Air, Eau. Ces douze signes sont les domiciles des sept planètes ; chaque planète a un domicile diurne et un domicile nocturne, sauf le Soleil et la Lune qui n’ont qu’un seul domicile chacun. Le Soleil étant considéré comme essentiellement diurne, et la Lune comme essentiellement nocturne, les planètes diurnes et nocturnes alternent régulièrement sur le parcours de la circonférence. On voit que les triangles de Feu et d’Air contiennent toutes les planètes diurnes et que les triangles de Terre et d’Eau contiennent toutes les planètes nocturnes ; il importe de remarquer que ces derniers sont justement les deux triangles principaux. »



Les quatre triplicités de Terre, d’Eau, de Feu, et d’Air qui correspondent aux quatre triangles équilatéraux décrits par T. résultent d’une mesure de 120° sur le cercle écliptique séparant trois signes zodiacaux de même nature. Elles sont illustrées dans le commentaire de La Gnose par le tableau ci-dessous (mise en couleur selon  l'Archéomètre).




Correspondance des Signes et des planètes avec les couleurs de l’Archéomètre


« Saturne nocturne, dans le Capricorne, correspond au Jaune ; Saturne diurne, dans le Verseau, au Jaune-Orangé ; Jupiter diurne, dans le Sagittaire, au Jaune-Vert ; Jupiter nocturne, dans les Poissons, à l’Orangé ; Mars nocturne, dans le scorpion, au Vert ; Mars diurne, dans le Bélier correspond au Rouge-Orangé ; Vénus diurne, dans la Balance, au Bleu-Vert ; Vénus nocturne, dans le Taureau, au Rouge ; Mercure nocturne, dans les Gémeaux, au Rouge-Violet ; Mercure diurne, dans la Vierge, au Bleu ; Soleil diurne, dans le Lion, au Bleu-Violet ; Lune nocturne, dans le Cancer, au Violet.

A chaque planète, sauf au Soleil et à la Lune, correspondent deux couleurs : ce sont les couleurs des oxydes des métaux qui correspondent aux mêmes planètes, chaque métal ayant généralement au moins deux oxydes ; d’ailleurs, ce sont aussi les couleurs de la plupart des sels des mêmes métaux. Les correspondances des métaux avec les planètes sont les suivantes :

Soleil…..…Or.
Lune……...Argent.
Saturne…..Plomb
Jupiter……Etain.
Mars……...Fer.
Vénus….....Cuivre.
Mercure…..Vif-argent ».


La correspondance des couleurs avec les planètes et les Signes dans les différentes sources traditionnelles de la science astrologique, ne doit pas être confondue avec celles donnée par l’Archéomètre.
« Ainsi,  on fait généralement correspondre le noir ou le gris à Saturne, le bleu ou le violet à Jupiter, le rouge à Mars, le jaune ou l’orangé au Soleil, le vert à Vénus, le blanc à la Lune ; quant à Mercure, on ne peut lui attribuer aucune couleur particulière. Cette divergence provient de ce que les couleurs données par l’Archéomètre sont les couleurs des sels tandis que celles qu’on indique habituellement se rapportent plutôt à l’aspect des métaux eux-mêmes  ».

Les correspondances symboliques données par l’Archéomètre, selon les triplicités sont exprimées à partir
 « de plusieurs zones concentriques d’équivalents montrant les rapports respectifs des couleurs, des planètes, des signes zodiacaux, des notes musicales, des caractères alphabétiques [Watan et hébraïque], et enfin des nombres ».

Les commentaires de l’Archéomètre commencent avec le n° 9 de l’année 1910 et se poursuit jusqu’à la fin de la parution de La Gnose. Certains considèrent qu’Albéric Thomas (Marnès) serait l’auteur de ces textes auxquels Palingénius se serait contenté d’intégrer ses notes sur la tradition hindoue. Cela n’est certainement pas exact, même s’il est vraisemblable que Thomas, qui se revendiquait ouvertement « disciple » de Saint-Yves d’Alveydre, ait pu apporter sa collaboration. Quoi qu’il en soit, il est difficile de conjecturer sur les apports de l’un ou de l’autre, si ce n’est de constater que la rigueur du style guénonien est bien présente dans tous les développements signés T. D’ailleurs, au sujet de la Tradition primordiale mise en relation directe avec l’Hindouisme qui devrait, par conséquent, constituer la part de Palingénius, on constate la présence de plusieurs termes qui n’apparaîtront plus ensuite sous la plume de Guénon, termes que l’on serait tenté d’attribuer naturellement à quelqu’un d’autre, en l’occurrence, Thomas-Marnès *.
Enfin, une grande place est accordée à la tradition Juive, en raison notamment de l’intégration des 22 lettres solaire de son alphabet au faisceau complexe des éléments significatifs de l’Archéomètre. L’importance de cette tradition diminuera par la suite au profit de l’ésotérisme islamique, totalement absent des commentaires.

*Dans une note de son article, « Le Triangle de  L’Androgyne et le monosyllabe “ Om ” », Vâlsan écrit à propos de l’Archéomètre : « Cette étude était signée T., pseudonyme de Marnès, rédacteur en chef de « La Gnose », mais naturellement elle avait bénéficié de l’assistance du directeur Palingénius (René Guénon) dont on reconnait le style aussi bien que les notions dans la plupart des notes. »


 C’est en 1909, peu de temps avant la publication des commentaires de l’Archéomètre dans La Gnose que Guénon rencontre à Paris ‘Abdul-Hâdi (John Gustaf Aguéli ) qui le rattache à la tariqah Shâdhiliyyah*. les articles sur le taçawwuf signés Abdul-Hâdi seront publiés dans la revue à partir de 1911; fait marquant, car ces derniers représentent la signature d’une orientation, insoupçonnable dans l’œuvre de Guénon, mais déterminante dans son activité intellectuelle, qui va dés lors s’exercer durant quarante ans.
De même que l’ésotérisme de la tradition islamique (dînul-haqq) intègre l’essence de toutes les traditions du Livre (et pas seulement d’ailleurs) ; de même, l’enseignement délivré par l’œuvre publique guénonienne intègrera métaphysiquement toutes les connaissances intellectuelles d’Orient et d’Occident. Dans ce sens, on peut considérer que l’Archéomètre, comme l’indique son étymologie, intègre déjà à lui seul, les mesures géométriques  permettant le développement illimité des significations symboliques des toutes les traditions**.

Pourtant, cette figure complexe n’a pas été retenue par Guénon puisqu’aucune mention, ni aucune référence directe à l’Archéomètre en tant que fonctionnalité, ne figure dans ses ouvrages. Il peut y avoir à cela plusieurs raisons, mais nous pouvons retenir le fait que l’utilisation de cet instrument exige des connaissances assez approfondies dans plusieurs domaines distincts qui ne sont pas indispensables à priori pour comprendre clairement l’essence des traditions et les applications de la métaphysique. En effet, le maître des études traditionnelles prouvera à tous ses lecteurs que l’on peut commencer à lire son œuvre et entrer progressivement dans le monde de la science sacrée avec peu de connaissance et un vocabulaire simple ; un état d’esprit libre de toutes les complications philosophiques et autres disciplines propres au savoir universitaire étant même préférable.

*Voir Michel Vâlsan : L’Islam et la Fonction de René Guénon ; Les Editions de l’Œuvre, Paris 1984. La date du rattachement de Guénon donnée par Vâlsan est 1912, mais cette différence est sans importance. 
**Pour l’ésotérisme islamique, il faudrait envisager une extension des significateurs de l’Archéomètre aux coordonnées de l’astrologie lunaires ; Cf «  L’Islam et le Signe zodiacal de la Balance » (message posté ci-dessous le 23 juin 2013).


(A suivre).















lundi 16 décembre 2013

IDENTITÉ SUPRÊME (Ibn ‘Arabî – Émir Abd al-Qâdir)









RELIGION DE L’AMOUR*




Merveille ! Une jeune gazelle voilée
Montrant de son doigt pourpré
Et faisant signe de ses paupières,
Son champs est entre côtes et entrailles ;
Ô Merveille, un jardin parmi les flammes !
Mon cœur est devenu capable de toute forme :
Il est un paturage pour les gazelles
Et un couvent pour les moines chrétiens,
Et un temple pour les idoles,
Et la Kaabah du pelerin,
Et la table de la Thorah
Et le livre du Qorân.
Je suis la religion de l’Amour,
Quelque route que prennent ses chameaux,
Ma religion et ma foi sont la vraie religion.

Ibn ‘Arabî


* Dînul-hubb est traduit généralement par “Religion de l’Amour”, mais le sens véritable du terme arabe dîn est culte. 




*** 




JE SUIS UN*



Je suis Vérité**, je suis créature,
         Je suis Seigneur, je suis serviteur,
Je suis Trône, je suis tapis
         Et Jéhenne, je suis Perpétuité,
Je suis Eau, je suis Feu
         Et Air, je suis Terre,
Je suis Quantité, je suis Qualité,
         Je suis ce qui arrive, je suis ce qui s’en va,
Je suis Essence, je suis Attribut,
         Je suis proximité, je suis Eloignement,
Toute manifestation est mon Existence,
         Je suis Unique, Je suis Seul.

‘Abd al-Qâdir al jazâ’ir


*Anâ fard ; littéralement : “Je suis Seul” (fard signifie “impair”), c'est-à-dire : “Je suis Un sans second”.
**Haqq peut aussi signifier directement “Dieu” mais il convient de le traduire ici par Vérité. 






Dis : Mon Seigneur, fais- moi entrer d’une véritable entrée et fais moi sortir [par une issue] de vérité et accorde-moi, de ta part, un pouvoir victorieux [protecteur].

Coran XVII, 80.


Sidî ‘Abdallah Penot note que le sens littéral de ce verset est : « “Fais-moi entrer par une entrée de vérité et fais-moi sortir par une issue de vérité”.
L’“Entrée” à laquelle il est fait allusion est celle de Médine au cours de laquelle le Prophète (‘alayhi as-salâm) espère ne rien voir de déplacé ni de désagréable (dans des conditions satisfaisantes) ; la sortie est le départ de la Mecque que le Prophète (‘alayhi as-salâm) veut quitter sans regrets (avec une ferme résolution) comme en témoigne ce hadith :
“Mon Dieu, Tu m’as fait quitter le pays qui m’était le plus cher, aussi je te demande de le remplacer par le pays qui t’est le plus cher” ».

Cette demande (‘du’a) transmise par Allâh – ta’âlâ – au Prophète Mohammad concerne tout musulman quittant un lieu, une situation, un état (maqâm) pour un autre lieu, une autre situation, un autre état. Il est dit que le cheminement (al-sayr) est de deux natures ; l’une, contrainte* et l’autre, “libre”. Pour ce qui est de l’“acte libre”, l’intention que nous avons sur la décision d’agir doit se conformer à l’ordre divin pour Sa satisfaction**. Si l’acte se soumet aux conditions qu’Allâh a ordonnées et que son accomplissement s’exprime selon l’intention droite, notre cheminement est agréé et nous vaut une récompense, tout comme l’hégire de La Mekke pour Yathrib (Médine) fût agréé et valut ensuite à l’Envoyé d’Allâh (‘alayhi as-salâm) et aux muslimûn la récompense de la rentrée victorieuse à La Mekke.
*La contrainte de la condition temporelle nous soumettant aux cycles des jours, des mois des années etc.
**Ce qui revient à dire que l’acte, dans ce cas, est totalement désintéressé.

Du point de vue du taçawwuf, une “sortie” (mukharj) doit être effectuée avec une intention sincère pour mériter une “entrée” (mudkhal), meilleure*. L’ascension de ce cheminement s’achève avec la « station » de « l’Identité suprême » (lâ maqâm).
*En effet, l’entrée n’est meilleure que dans la mesure où le pays « qui m’était le plus cher » est effectivement remplacé par le pays « qui est le plus cher à Allâh –subhâna-Llâh ta’âlâ – ».












mardi 3 décembre 2013

NOTRE MANVANTARA (Graphiques)







REPRÉSENTATION GRAPHIQUE DE NOTRE MANVANTARA

SELON LES INDICATIONS

 DE RENÉ GUÉNON






Le cycle atlantéen s’étend sur une durée équivalente à une « grande année » (12. 960) ; sa disparition ayant eu lieu vers l’an 7. 200 avant le début du Kali- Yuga , il s’étend, par conséquent, sur 6. 480 du Trêtrâ- Yuga et sur une autre période équivalente comprise dans la première moitié du Dwâpara- Yuga.

La Tour de Babel inaugure le Kali- Yuga (Âge de fer). Dans Le Roi du Monde, Guénon précise dans une note du § VIII (p.68, Gallimard) :
« Le début de cet âge est représenté notamment, dans le symbolisme biblique, par la Tour de Babel et la “confusion des langues”. On pourrait penser assez logiquement que la chute et le déluge correspondent à la fin des deux premiers âges ; mais, en réalité, le point de départ de la tradition hébraïque ne coïncide pas avec le commencement du Manvantara. Il ne faut pas oublier que les lois cycliques sont applicables à des degrés différents, pour des périodes qui n’ont pas la même étendue, et qui parfois empiètent les unes sur les autres, d’où des complications qui, au premier abord, peuvent sembler inextricables, et qu’il n’est effectivement possible de résoudre que par la considération de l’ordre de subordination hiérarchique des centres traditionnels correspondants. »

L’apparition du monde moderne, dans cette représentation de notre Manvantara*, ne peut être figurée que par la droite séparant la fin du Kali-Yuga du Satya-Yuga, l’Âge d’or du cycle futur. C’est qu’en effet, les temps modernes ne sont rien de plus qu’un seuil, une limite transitoire, destinés à disparaître avec la Fin des Temps de ce monde.

*Voir « Quelques remarques sur la doctrine des cycles cosmiques », Etudes traditionnelles, oct. 1938 ; repris dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Gallimard, 1970.













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